Michel Côté, Marc Messier et Marcel Gauthier ont assisté avec émotion à l’entrée des costumes, des décors et des accessoires de la pièce «Broue» dans la collection du Musée de la civilisation de Québec.

«Broue» entre au Musée de la civilisation

Au fil de 38 ans et plus de 3300 représentations, les comédiens de Broue ont manipulé sur scène — «sans aucun respect», a précisé à la blague Marc Messier — les bouteilles de bière et le mobilier de la taverne Chez Willy. Confiés au Musée de la civilisation de Québec (MCQ), les décors et accessoires de la célèbre pièce de théâtre ont pris du galon : il faut désormais enfiler des gants blancs pour toucher à ces objets de collection.

Un an après avoir mis la clé sous la porte du débit de boisson qui a fait rire le Québec pendant près de 40 ans, les trois comédiens qui ont donné vie à Broue tout au long de son parcours ont officiellement fait don jeudi de 18 costumes, des décors et d’une multitude d’accessoires (des caisses de bière à l’immense horloge en passant par le pot d’œufs dans le vinaigre trônant sur le bar!) à la collection du MCQ.

Traités avec le même soin que tout autre artefact digne d’une institution muséale, les objets ont élu domicile au Centre national de conservation et d’études des collections. Il fallait voir jeudi Marc Messier demander une minute de silence avant de faire ses adieux à la veste du personnage de Pyromane, soigneusement emballée dans du papier sans acide avant d’être placée dans un tiroir par la conservatrice.

«C’est extraordinaire comme événement. Une pièce de théâtre, ça meurt toujours après la dernière représentation. Là, ça nous assure que ça va rester vivant», avait-il observé plus tôt.

«C’est très touchant, a pour sa part confié son confrère Michel Côté. Et ça nous enlève un problème parce qu’on se demandait quoi faire avec ça. Honnêtement, ça nous aurait arraché le cœur d’avoir à envoyer le décor à la récupération, de nous débarrasser des vêtements, des accessoires et que ça disparaisse…»

Patrimoine culturel

Marcel Gauthier s’est de son côté réjoui que Broue fasse désormais partie du patrimoine culturel des Québécois. «On s’en doutait un peu parce que la pièce a quand même vécu et fait ses preuves, a-t-il noté. Mais que ce soit maintenant conservé dans un musée, dans des conditions optimales, pour nous, c’est un rêve. C’est au-delà de toutes nos espérances.»

Selon le directeur général du Musée de la civilisation, Stéphan La Roche, une exposition consacrée à Broue devrait être montée au MCQ à l’été 2019. Et il ne fait aucun doute à ses yeux qu’elle y sera tout à fait à sa place.

«Le Musée de la civilisation est un musée de société, explique-t-il. [Avec Broue], on vient parler de deux phénomènes de société. C’est la pièce qui a récolté le plus gros succès de l’histoire du théâtre au Québec, portée pendant 38 ans par les mêmes comédiens, etc. Mais elle aborde en plus un sujet de société qui est celui des tavernes, une époque révolue où les hommes se rassemblaient entre eux dans un lieu clos en buvant de la bière. Pour un musée qui explique les phénomènes de société, c’est un sujet d’une richesse incroyable. Pour nous, c’était important de préserver ça.»