Paul Hébert en 2011

«Bon voyage», M. Hébert

Avant de monter sur scène, Paul Hébert avait l'habitude de lancer un tonitruant «Bon voyage!» aux comédiens avec qui il partageait les planches. Au lendemain du décès du grand homme de théâtre, ils ont été nombreux à lui rendre le souhait.
Paul Hébert, Marie Gignac, Anne-Marie Olivier, Hugues Frenette et Jean-Jacqui Boutet dans <i>Les trois soeurs</i> de Tchekhov en mars 2002.<strong></strong>
«C'était une façon de dire qu'on est tous dans le même bateau, nous qui racontons l'histoire et ceux qui sont venus l'entendre le temps d'une traversée. Maintenant, il est parti pour un autre voyage», évoque Marie-Ginette Guay, qui a par deux fois joué la fille de Paul Hébert, dans les pièces Je ne suis pas Rappaport et Quelque part... un lac
«Cette rencontre avec le public, c'était le moteur de sa vie, reprend la comédienne. Il parlait lui-même beaucoup d'engagement social, avant même de parler de théâtre. Il plaçait le théâtre dans un engagement et il disait que si ça devenait un objet d'art, c'était tant mieux. Il avait la volonté de faire avancer les choses. C'était un grand porteur de rêves.»
Roland Lepage a connu Paul Hébert en 1945, alors qu'ils faisaient tous deux leurs premiers pas sur scène. «J'avais 16 ans et lui 20. On ne s'est jamais perdus de vue», raconte celui qui a marqué des générations d'enfants en incarnant Monsieur Bedondaine dans La Ribouldingue. Il décrit son ami comme «entrepreneur de rêves». Et il souligne du même coup le lien qui a uni le grand comédien à certains de ses rôles les plus marquants : l'idéaliste Don Quichotte et le magicien Prospero. 
«Prospero dit que nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves. Paul, c'était ça. Son grand rêve aurait été qu'il y ait un festival comme on en voit en Europe, où on aurait joué Molière et Shakespeare dans le Vieux-Québec. Ça ne s'est pas concrétisé. Il rêvait d'avoir son théâtre sur l'Île d'Orléans. Il l'a eu pendant un moment...» indique M. Lepage à propos du théâtre Paul-Hébert, plombé par des problèmes financiers, puis déménagé près de la chute Montmorency où il est devenu La dame blanche. 
«L'argent, ce n'est pas facile à trouver. Mais il ne se décourageait pas. Il avait toujours l'espoir que ça fonctionne», ajoute M. Lepage, qui voit dans le Trident, fondé en 1970, le plus grand legs de son ami. «C'est ce qui a amené les théâtres à se développer à Québec, pointe-t-il. Il y avait le Conservatoire qui formait des comédiens, mais il fallait qu'il y ait un débouché pour jouer. Et il a été un exemple par la carrière qu'il a eue à la télévision, au cinéma, au théâtre.»
«Une leçon vivante»
L'actuelle directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, a travaillé avec Paul Hébert dans Les trois soeurs de Tchekhov, dans une mise en scène de Wajdi Mouawad. «Quand il jouait, on se rendait compte à quel point les gens l'aimaient, se souvient-elle. Il y a des acteurs comme ça. Les gens sont gagnés d'avance, ils ont soif et ils ne sont jamais déçus. On pouvait le sentir, c'était palpable.»
Mme Olivier loue l'engagement qui a été celui de Paul Hébert pour son art. «Il croyait follement, éperdument, amoureusement au pouvoir du théâtre», évoque celle qui salue également sa loyauté envers la capitale. «Il était connu nationalement et il avait choisi de faire sa vie à Québec, rappelle-t-elle. Il n'y en a pas beaucoup qui le font. C'est important parce que ç'a de grandes répercussions pour tout un milieu.»
La directrice artistique du Carrefour international de théâtre, Marie Gignac, était aussi de l'aventure des Trois soeurs. En tout début de carrière, elle avait aussi côtoyé Paul Hébert dans la distribution de Don Quichotte. Elle se rappellera notamment de la présence «impressionnante» de l'acteur, mais aussi de son humilité. «Il n'avait pas un gramme de prétention, assure-t-elle. Il n'était absolument pas imbu de lui-même. Au contraire, c'était quelqu'un qui doutait. Il réfléchissait beaucoup, il cherchait, il travaillait fort. C'était une leçon vivante.»
Soirée hommage au Trident
Une soirée célébrant l'héritage et la carrière de Paul Hébert se tiendra ce printemps au Trident, théâtre qu'il a fondé en 1970. «On va faire un événement où il va y avoir des lectures et des témoignages pour souligner le départ de Paul. On va faire résonner Shakespeare et de grands rôles qu'il a joués. Je ne sais pas encore la forme que ça va prendre, mais tous les artisans du milieu qui le voudront pourront y participer», a avancé vendredi la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier. La date n'a pas encore été arrêtée, mais le rendez-vous devrait se tenir vers la fin du mois de mai, près de l'anniversaire de naissance de M. Hébert, qui aurait eu 93 ans le 28 mai.
Ils ont dit...
«Au cours de son immense carrière, M. Hébert a joué un rôle de premier plan dans la démocratisation de l'art théâtral à Québec, notamment grâce à la fondation du Théâtre du Trident, une institution majeure de notre ville. Son apport à la vitalité culturelle de Québec est précieux, et nous lui en sommes très reconnaissants.»
- Régis Labeaume, maire de Québec
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«Paul Hébert m'était très cher; un homme rêveur, visionnaire, fonceur, disert, brillant... Québec, la ville et Québec, la province, seraient différentes s'il n'y avait mis son immense talent! Nous, ses rejetons, lui devons beaucoup. Nous continuerons à rêver le théâtre comme il l'a rêvé : près des gens, rigoureux, essentiel.»
- Jacques Leblanc, directeur du Conservatoire d'art dramatique de Québec 
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«Vous êtes un Grand qui continuera d'inspirer encore longtemps. Merci pour votre passion contagieuse et votre foi profonde pour le plus beau métier du monde. Bon voyage Monsieur Paul Hébert.»
- Marie-Hélène Gendreau, coordonnatrice artistique du théâtre Périscope
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«Paul Hébert était un homme de théâtre immense. Sa voix, reconnaissable entre toutes, était aussi chaude et profonde que son regard était doux. Rêveur engagé, il a dédié sa vie à son art, qu'il aimait d'amour.»
- Michel Nadeau, directeur artistique de La Bordée
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«Son départ nous attriste, c'est un père qui nous a quittés. En parlant du théâtre comme d'un engagement social, Paul Hébert a su rendre compte de l'importance du travail des artistes et de la création pour le progrès social. Il s'agit d'un message fort et percutant que nous avons le devoir de transmettre.»
- Marc Gourdeau, président de Conseil de la culture