La pièce Bienveillance nous amène dans un petit patelin, alors que deux amis d'enfance renouent après des années.

Bienveillance: un objet de bonté

CRITIQUE / La nouvelle saison de La Bordée s'ouvre de manière à la fois drôle et incisive avec Bienveillance, une comédie dramatique sur fond de questionnement moral qui revit cinq ans après sa création sous les bons soins de Marie-Hélène Gendreau.
Bienveillance, c'est le nom d'un village rural où l'auteure Fanny Britt a choisi de camper son histoire. Mais c'est surtout le thème central de ce texte ancré dans la bonté: des personnages qui y sont condamnés qu'ils le veuillent ou non, qui y aspirent, mais qui s'en croient incapables, qui espèrent la voir chez leurs prochains...
Inspirée d'un fait divers, la pièce nous amène dans un petit patelin, alors que deux amis d'enfance renouent après des années. Le premier, Gilles (Emmanuel Bédard), s'est installé depuis longtemps à Montréal, où il mène une carrière d'avocat prospère. Le second, Bruno (Eliot Laprise), vit modestement avec sa blonde Isa (Nadia Girard Eddahia) et est plongé depuis un mois dans un véritable cauchemar: le jeune fils d'Isa a fait une chute et a sombré dans le coma, probablement parce que les secours ont mis un temps fou à arriver. Une poursuite est lancée par la famille contre la compagnie chargée de la répartition des ambulances. Le hic, c'est que c'est Gilles qui a hérité du mandat de défendre les répartiteurs. 
Brut et poétique
Créée en 2012 dans une mise en scène de Claude Poissant, Bienveillance revit ces jours-ci sous la direction de Marie-Hélène Gendreau. La metteure en scène campe l'intrigue dans un environnement à la fois brut et poétique, plaçant cette famille écrasée par la tragédie dans une montagne de roches et de débris. Un choix évocateur devant un texte vissé - mais pas trop serré - dans le concret, où le personnage de Gilles oscille constamment entre un rôle de narrateur s'adressant directement au public et les dialogues entre les autres protagonistes. D'un côté, les monologues déboulent et font souvent sourire: notre homme s'avère cynique, lucide... et impitoyable envers lui-même. De l'autre, les échanges sont vifs, mais plus succincts et souvent teintés de malaise. 
Dans cette habile joute de ping-pong théâtral imaginée par Fanny Britt, Emmanuel Bédard rebondit avec beaucoup d'aisance. Idem pour Eliot Laprise, qui incarne avec justesse le dilemme d'un homme qui voudrait détester son ami pour sa lâcheté et sa trahison, mais qui n'en a pas la force. Nadia Girard Eddahia incarne une Isabelle exsangue de douleur, tandis que Lorraine Côté donne corps à une mère plus grande que nature. On l'aurait toutefois souhaitée un peu plus «stridente». C'est après tout ce que le texte de Britt commande... 
La pièce Bienveillance est présentée à La Bordée jusqu'au 7 octobre.