La comédienne Gisèle Kayembe interprète plusieurs rôles dans la pièce adaptée du roman Samantha à Kinshasa.

Bibish de Kinshasa: la vie qui bat

CARREFOUR INTERNATIONAL DE THÉÂTRE / L'expérience de Bibish de Kinshasa s'avère multisensorielle : musique dansante, odeurs alléchantes, regard à la fois lucide, touchant et rempli d'humour sur une guerre qui s'éternise, un besoin d'exil et les défis de tout recommencer ailleurs. Lancé il y a près de trois semaines sous le signe du conte, le Carrefour international de théâtre se termine dans une célébration de la vie, la vraie.
Bibish de Kinshasa n'offre pas une rencontre théâtrale conventionnelle. Le spectacle loge quelque part entre l'adaptation d'un roman, le talk-show, la conférence sociopolitique et la soirée à la bonne franquette, où l'on cuisine un bon petit plat en sirotant un verre. 
Au centre du plateau, quelques chaises de plastique servent de décors à la comédienne Gisèle Kayembe alors qu'elle interprète avec truculence et beaucoup d'aplomb plusieurs personnages du roman Samantha à Kinshasa de Marie Louise Bibish Mumbu. Voilà pour la partie théâtrale, interrompue à plusieurs moments dans la soirée par l'auteure et le metteur en scène Philippe Ducros, qui concoctent juste à côté un plat traditionnel congolais, revisité à la Québécoise... Et qui en profitent du coup pour offrir une mise en contexte des segments joués, tandis que les spectateurs sont invités à arroser le tout au bar installé sur scène et tenu par l'artiste d'origine congolaise Papy Maurice Mbwiti. 
Regard sur le Congo
De la bouche de Bibish (qui réside au Canada depuis 2010 et qui en est citoyenne depuis avril) et de ses personnages, nous en apprenons d'abord sur la culture congolaise, la musique, les bières locales. Puis on entre dans le vif du sujet : le conflit meurtrier qui empoisonne la République démocratique du Congo depuis la fin du génocide rwandais, les compagnies minières qui l'enveniment pour s'en mettre plein les poches, la déshumanisation (épidémie de viols, enfants soldats) que tout ce guêpier implique. 
Puis arrive cette envie d'ailleurs. Parce que l'auteure comme son personnage central ont choisi de quitter Kinshasa, ce lieu qui ne leur permettait plus de «rêver» à leur guise, mais auquel elles demeurent néanmoins attachées. Entre le témoignage et la fiction, l'angle choisi pour en parler demeure généralement positif. À travers la musique festive, les effluves de bonne bouffe, la danse, une honnêteté qui fait rire ou qui émeut, on célèbre la résistance, la résilience, la dignité... Et la vie qui continue : nouvelle maman, Bibish rompra momentanément avec son public pour s'occuper de son bébé, une parenthèse permise dans la forme même de ce réjouissant spectacle. 
Notre seul regret? De n'être pas repartie avec la recette de ce plat de poisson qui nous a fait saliver tout au long de la représentation. Notre suggestion? L'imprimer dans le programme à l'avenir!
Dernier spectacle à prendre l'affiche au Carrefour international de théâtre, Bibish de Kinshasa est présenté au Périscope jusqu'à samedi.
Aujourd'hui au Carrefour
Où tu vas quand tu dors en marchant...
Parcours déambulatoire autour de l'îlot des Palais et du parc de l'Artillerie
entre 21h et 23h
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Bibish de Kinshasa
Périscope 14h
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Conte du soleil
Les Gros Becs 15h
Lecture publique
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Une toute nouvelle pièce ou Deux chiants pendant les chantiers
Premier Acte 13h
Laboratoire
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Hôtel Dieu
Studio d'essai Méduse 17h
Répétition publique