Le comédien Dayne Simard, auteur de la pièce Beef, présentée à Premier Acte.

«Beef» de Dayne Simard : Chercher l'homme...

Comédien et désormais auteur, Dayne Simard a grandi un pied sur la ferme familiale, l’autre dans des salles de théâtre. Le jeune homme a puisé dans sa propre expérience pour échafauder «Beef», un premier texte porté à la scène dans lequel il cultive le rire en explorant le thème de la masculinité.

Beauceron d’origine, Simard incarnera lui-même Michel, le personnage principal de la pièce mise en scène par Anne-Marie Olivier. On a ici affaire à un gars de la ville qui décide de s’installer dans une région rurale. Il est végétarien, ne possède pas de voiture, carbure au bio, n’aime pas la bière. Bref, au paradis de la chasse, des gros bras et des «chain saws», il jure un peu dans le décor. S’ils sont nombreux à le traiter de «fif», il tombe néanmoins dans l’œil de la belle Manon. Ce qui ne l’empêchera pas de remettre en question sa vision de la virilité.

Précisons ici que l’insulte «fif» a pour Simard bien peu à voir avec l’orientation sexuelle. «C’est quelqu’un qui ne correspond pas à l’image qui est valorisée. La peur d’avoir l’air fif, pour moi, c’est la peur d’être différent», clame le jeune homme de théâtre, qui ajoutera plus tard qu’«on peut tous être le fif de quelqu’un, dépendamment des critères. C’est le différent qu’on n’aime pas.»

«J’ai surtout voulu questionner nos préconceptions genrées, nos modèles, reprend-il. Est-ce que ce sont de bons modèles? Pourquoi ce sont nos modèles? Il y a tellement de trucs absurdes quand on commence à parler de genres...» L’auteur et comédien, se défend bien, par ailleurs de tourner en ridicule les communautés rurales du Québec.

«Ce n’est pas une attaque contre la région. J’ai cherché à introduire un personnage dans une population très homogène. Ça aurait pu être l’inverse, un gars de région en ville, mais ça aurait été une autre histoire. Bien sûr, je viens de la région et c’est parti de moi», précise Simard, qui a grandi sur une ferme à Saint-Elzéar de Beauce, où son attrait pour les arts de la scène n’était pas partagé par le plus grand nombre.

«J’ai joué au football et au hockey, relate-t-il. Quand j’ai commencé à faire du théâtre, des amis de mon équipe de football m’ont dit : “t’as pas peur d’avoir l’air fif?” À un point où je me suis demandé si j’allais me faire mettre à l’écart. J’étais au secondaire, ça m’a travaillé. Mon père ne m’a jamais découragé de faire ça. Il a peut-être été confronté quelques fois...»

Simard cite la pièce Doggy dans gravel d’Olivier Arteau, dans laquelle il apparaissait vêtu d’une couche de bébé. «C’était particulier! résume-t-il en riant. Je réalise que je suis souvent dans des spectacles qui peuvent être trash parfois ou qui peuvent être des propositions un peu plus éclatées. Moi, j’adore ça, mais pour mon père qui est peut-être moins habitué, ç’a pu être un choc… Mais il ne me l’a jamais fait sentir.»

Au chapitre du percutant, ajoutons l’exemple de Froid de Lars Norén, toute première production de la compagnie La brute qui pleure, qu’il a cofondée avec David Bouchard, qu’on pourra aussi voir dans Beef. D’une extrême violence, le spectacle dépeignait un crime raciste et a pris l’affiche à Premier Acte quelques jours après la tuerie de la grande mosquée de Québec. «Ça, c’était délicat», se souvient Simard, qui ne voulait surtout pas que leur pièce soit vue comme une tentative de récupération du drame.

Hubert, Bastien et Olivier

Dayne Simard a eu son premier contact avec le théâtre dans une activité parascolaire animée par un certain Fabien Cloutier, compatriote beauceron à la langue bien pendue. «Il a été mon premier metteur en scène», note celui qui se décrit comme un fan de l’auteur de Bonne retraite, Jocelyne, actuellement à l’affiche au Trident. On ne s’étonnera donc pas de voir une certaine parenté dans leurs deux univers.

S’il a trouvé matière à réflexion sur la masculinité dans l’essai Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles de Steve Gagnon, il a vu son projet évoluer au fil des années auprès de trois femmes : Isabelle Hubert, Marie-Josée Bastien et Anne-Marie Olivier. Cette dernière signe la mise en scène de Beef et Dayne Simard n’a que de bons mots à son égard.

«Elle a été vraiment bienveillante envers moi, observe-t-il. Ça m’a évité plusieurs crises d’angoisse. Elle les a calmées. Elle avait la petite tape dans le dos au bon moment, quand j’en avais besoin. Elle m’a vraiment bien épaulé.»

La pièce Beef est présentée à Premier Acte du 22 janvier au 9 février.