Les comédiens Valérie Boutin, François-Guillaume Leblanc et Paul Fruteau de Laclos, de la pièce La Cour suprême.

Bas les masques: La cour suprême

Le lancement de la nouvelle saison s'annonce singulier à Premier Acte : le théâtre de l'avenue de Salaberry confie ses planches à trois bouffons (Wannabe, Douchebag et Lacharrue), qui se promettent bien de brasser un peu la cage dans la pièce La Cour suprême. Le comédien François-Guillaume Leblanc - qui a porté le personnage central du spectacle OVO du Cirque du Soleil jusqu'en Australie et au Japon - est l'idéateur de cette oeuvre mordante, ancrée «la surexposition médiatique et la radicalisation de l'opinion publique» et créée en collaboration avec les complices Paul Fruteau de Laclos et Valérie Boutin, avec qui il partage la plume et la scène.
1. Quel a été le point de départ de ce projet?
Au milieu des années 2000, j'ai vu pour la première fois un bouffon dans la rue au Festival d'été. Les bouffons sont difformes et ils avaient vraiment une forme étrange. Mon regard a été happé par ce personnage-là. Le bouffon a une forme bizarre pour ça : pour attirer le regard et lui permettre de critiquer, de caricaturer la société. Après, j'ai vu le show d'Eric Davis. Son personnage de Red Bastard est très connu dans le monde du bouffon. C'est un spectacle très percutant. J'ai dit : "wow, ça m'intéresse". J'ai suivi deux stages à l'École de clown et comédie Francine Côté. Là, j'ai vraiment découvert c'est quoi le bouffon. 
2. Faire le bouffon est donc quelque chose qui s'enseigne?
C'est une discipline et c'est une technique. Le bouffon est dans la même famille que le clown. Mais si le clown est un ange, le bouffon est un diable. Le clown est plus naïf, c'est basé sur des émotions humaines qu'on rend plus grandes que nature. C'est ce qui rend ça comique. Si le public rit du clown, le bouffon rit du public. Pas au sens littéral, il ne rit pas des gens dans la salle. Mais il rit de la société. Il se penche sur la société pour en caricaturer les travers. Et il a beaucoup de plaisir à le faire. Il n'a pas de limites, il va utiliser tous les termes et les vulgarités qu'il veut pour exprimer quelque chose. Mais c'est tout le temps dans la caricature et dans la rigolade. Dans notre cas, c'est trois bouffons qui s'amusent à la Cour suprême. On joue aux juges et aux avocats. Ça part dans tous les sens, c'est super éclaté parce qu'on rit des conventions sociales, autant les choses plus officielles que les trucs de la vie de tous les jours et dont on ne se rend même pas compte. 
3. Vous insistez sur l'aspect difforme du bouffon. Jouez-vous aussi ce jeu-là?
Oui, tout à fait. On a des costumes qui vont nous déformer le corps. Le visuel est un aspect super important. Pour l'instant, on n'en laisse pas paraître beaucoup dans nos publicités parce que la surprise va arriver pendant le spectacle. 
4. Dans le jeu, nous pouvons présumer que vous ne misez pas sur la retenue...
Le jeu physique, c'est vraiment ma tasse de thé. C'est du théâtre limite, on va dans la zone grise. Le bouffon peut être extrême et le clown plus léger. Notre défi, c'est d'être dans la zone grise entre les deux pour que ce spectacle-là soit agréable et qu'on ait envie d'y retourner et de retourner voir la compagnie Hommeries! dans d'autres contextes. Mais on va gratter les bobos quand même. 
5. Est-ce que le public joue un rôle dans La Cour suprême?
Notre public, c'est le jury. Et oui, le jury va avoir un rôle à jouer. Certaines personnes vont avoir des actions à poser qui vont aider au déroulement du spectacle, qui vont mettre un focus sur certains points de vue. Mais ce n'est pas trop impliquant non plus. Quand je suis allé voir Eric Davis, j'ai trouvé ça fascinant. Il est excellent, ce gars-là. Mais quand il s'approche, tu te dis : "pas moi, pas moi, pitié!" Est-ce que ça va être ça avec nous? Peut-être!
Vous voulez y aller?
Quoi : La Cour suprême
Quand : du 19 au 30 septembre
Où : Premier Acte
Billets : 27 $
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Sur les planches
Marathon de lecture au Musée
Le lancement de la saison du Périscope se fera finalement au Musée national des beaux-arts du Québec. Alors que des rénovations sont en cours au théâtre de la rue Crémazie - les gouvernements ont investi 2,8 millions $ dans la mise aux normes du bâtiment -, des «imprévus» ont provoqué des retards sur le chantier. C'est donc la salle Multi du musée qui accueillera le rendez-vous littéraire Notre bibliothèque, imaginé par Christian Lapointe et le Théâtre Blanc. Entre 18h et minuit les 29 et 30 septembre, 24 lecteurs se succéderont sur scène, accompagnés par deux musiciens. Le contenu des lectures sera déterminé au hasard puisque les lecteurs puiseront dans un lot monté grâce aux bouquins récupérés dans les bibliothèques libre-service installées dans Montcalm et à ceux apportés par le public (le prix d'entrée est un livre).
Au MNBAQ les 29 et 30 septembre
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Vers le pôle Sud avec Rémi-Pierre Paquin
Il risque de faire frisquet à L'Anglicane le 22 septembre, lors de la représentation de la pièce Antarctique Solo, inspirée des exploits de l'aventurier Frédéric Dion, qui s'est offert en 2014 une petite virée au pôle Sud en solitaire. Rémi-Pierre Paquin porte seul ce spectacle adapté d'un livre de Bryan Perro, dans une mise en scène de Pierre-François Legendre. Proche collaborateur de Fred Pellerin, Jeannot Bournival signe de son côté la musique. Après avoir passé l'été à Shawinigan, la pièce entreprend à Lévis une tournée québécoise qui doit se terminer à Montmagny le 28 octobre. Détails au antarctiquesolo.com
À L'Anglicane le 22 septembre
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Le chouchou des abonnés
Robert Lepage continue de récolter les honneurs pour son spectacle solo 887 : il a reçu mardi dernier
le Prix des abonnés du Trident. L'homme de théâtre a été choisi parce qu'il a «fasciné le public avec sa grande capacité à orchestrer à la fois l'intime et l'universel, l'émotion et la réflexion ainsi que l'art et la technique», a fait savoir l'équipe du Trident. Lepage avait reçu le même honneur pour ses performances dans Le projet Andersen et La face cachée de la Lune. Dans 887, présenté à Québec il y a un an, il s'intéresse à la mémoire en revenant sur son enfance dans le quartier Montcalm, alors que ses souvenirs font écho au contexte sociopolitique des années 60 et 70.
La pièce sera jouée cet automne au Luxembourg, en France et en Grèce, puis à Ottawa en janvier.