Omniprésente sur le fond, la poésie résonne avec encore plus de force dans Attentat du fait qu'elle s'invite souvent dans la mise en scène, truffée de trouvailles imagées.

Attentat: bourrasque identitaire

CRITIQUE / En pleine tempête de grésil, le vent soufflait fort sur le théâtre Périscope, mardi soir, pendant la première de la pièce Attentat. Dehors comme en dedans.
D'abord présenté à Montréal, puis repris il y a deux ans au Carrefour international de théâtre, le collage de textes imaginé et mis en scène par les soeurs Gabrielle et Véronique Côté s'est installé pour deux semaines au théâtre de la rue Crémazie. En empruntant les mots d'une trentaine de poètes québécois contemporains, la troupe d'Attentat propose un cabaret poétique plutôt ludique et se lance du même coup dans un bouillant exercice de revendication identitaire.
Frontières brouillées
Le spectacle, qui n'hésite pas à brouiller la frontière entre la salle et la scène, ne perd pas de temps à entrer dans le vif du sujet. Dès les premiers instants, des «perles» xénophobes ou homophobes puisées dans les radios poubelle trouvent une réponse dans la poésie. Les questions d'un vox-pop, absurdes d'insipidité, mériteront le même écho plus tard dans la pièce. Une sorte de ras-le-bol généralisé s'impose comme véritable fil conducteur de cet habile collage, mis en exergue par la musique et la voix (magnifique!) de Mykalle Bielinski. Qu'on soit d'accord ou non avec les valeurs véhiculées dans les textes - idéologie de gauche, préoccupations environnementalistes, etc. -, on peut difficilement rester de glace devant la fougue qui sous-tend cette envie de beauté, cette soif de mieux. 
Omniprésente sur le fond, la poésie résonne avec encore plus de force du fait qu'elle s'invite souvent dans la mise en scène, truffée de trouvailles imagées. Comme dans cette parenthèse amoureuse où les vers sont dits directement dans la bouche d'un ou d'une partenaire, comme un langoureux baiser littéraire. Ou cet autre segment dans lequel les vers, dans un bel effort d'implanter l'amour des mots aux générations futures, sont déclamés à même le nombril d'une femme enceinte. 
Bien en verve, la distribution d'Attentat porte avec panache - littéralement! - une langue vive et bouillante, qui donne le goût de retourner aux textes qui ont nourri le spectacle. Et comme ils sont justement disponibles après la représentation dans une mini librairie installée dans le hall du théâtre, l'occasion est belle de succomber à cette envie ravivée de poésie. 
Attentat est présenté au Périscope jusqu'au 4 février, puis au Théâtre du Bic le 25 février.