Créé en 2013, Attentat n'est pas le récit d'une attaque terroriste, mais plutôt un exercice voulu rassembleur autour d'une prise de parole poétique.

Attentat au Périscope: «On ne le renie pas, ce titre-là»

Deux jours après la fusillade qui a fait six morts au Centre culturel islamique de Québec, l'équipe de la pièce Attentat est remontée sur les planches du Périscope mardi soir. Un retour chargé d'émotions pour les soeurs Gabrielle et Véronique Côté, qui ne renient pas leur titre, même s'il est depuis dimanche infiniment plus lourd à porter.
«C'est sûr que quand il arrive des choses comme ce qui s'est produit en fin de semaine, notre titre nous apparaît insupportable. C'est sûr. On le voit passer et tout à coup, la réalité est tellement violente, tellement puissante. Et ça se passe dans la même ville, en même temps qu'on joue. Cette réalité vient assurément nous ébranler dans nos choix», a confié la comédienne et metteure en scène Gabrielle Côté mardi après-midi. «Mais on ne le renie pas, ce titre-là, a-t-elle ajouté. Parce que l'idée de redonner aux mots leur sens premier, ça fait aussi partie du spectacle.»
Gabrielle Côté a hésité avant d'accorder une entrevue au Soleil. Parce que ni sa soeur - avec qui elle a élaboré le collage de textes poétiques Attentat - ni elle-même ne voulaient avoir l'air de récupérer le tragique événement de dimanche pour mettre leur projet de l'avant. Au lendemain de la vigile à laquelle elles ont assisté lundi, elles ont souhaité donner suite à leur manière à un «besoin d'être ensemble» : les billets encore disponibles pour la représentation de mardi soir ont été offerts gratuitement à quiconque voulait assister au spectacle. 
«Ce qu'on a voulu faire, c'est de recréer cet espace-là où les gens peuvent venir et trouver du réconfort dans la parole, dans les mots, dans le fait d'être ensemble, évoque Gabrielle Côté. On a un théâtre à notre disposition. On a la possibilité d'accueillir 150 personnes chez nous, ce qu'on ne peut pas faire dans notre salon.»
«Reconstruction massive»
Créé en 2013 à partir des écrits d'une trentaine d'auteurs québécois contemporains, Attentat n'est en rien le récit d'une attaque terroriste, mais plutôt un exercice voulu rassembleur autour d'une prise de parole poétique. Le terme s'est imposé pour les soeurs Côté, qui ont souhaité le ramener à ses racines latines. «Le mot vient du latin attentatum, attemptare qui veut dire "tenter audacieusement, faire une tentative". On a tendance à penser à une action criminelle quand on dit attentat, mais cela veut aussi dire un acte qui heurte un principe, qui attaque quelque chose», précise le dossier de présentation de la pièce, qui s'est installée au Périscope jusqu'à samedi. 
«On avait besoin de dénoncer des choses, note Gabrielle Côté. Dans le spectacle, il y a ce texte de Jocelyn Pelletier qui parle de la poésie comme une "arme de reconstruction massive". Le titre nous est venu comme ça. Dans cette idée de prendre les armes, mais avec la parole, avec notre intelligence, avec notre réflexion, notre sensibilité. Dans l'idée que cette parole-là peut être une réponse directe au cynisme, aux discours haineux, à la violence qui nous entoure. Dans cette optique-là, oui, c'était un attentat. Un attentat de beauté.»
À quelques heures de monter sur scène, mardi, Gabrielle Côté disait vivre des émotions contradictoires. «C'est à la fois extrêmement difficile de voir que [la fusillade] s'est produite au moment même où on fait un spectacle qui s'appelle Attentat, a-t-elle observé. Mais en même temps, ce qu'on dénonce dans ce spectacle, c'est exactement ce qui peut faire en sorte que des événements comme ça se produisent. Tout à coup, notre spectacle nous semble encore plus important...»