Claude Breton-Potvin, Véronika Makdissi-Warren, Mélissa Merlo et Claudiane Rulland, le quatuor féminin de la pièce d’anticipation «Les Astronettes, la longue marche vers les étoiles», présentée au Périscope

«Astronettes, la longue marche vers les étoiles»: l’étoffe des héroïnes

Il était épais le plafond de verre que les premières femmes dans l’espace ont tenté de défoncer pour avoir l’opportunité de filer dans le cosmos à bord des fusées américaines et soviétiques, dans les années 50 et 60. Aussi méconnue que fascinante, l’histoire de ces intrépides exploratrices est au cœur d’«Astronettes, la longue marche vers les étoiles», une instructive et divertissante pièce du Périscope qui expose toute la discrimination dont ces pionnières ont été victimes.

S’il existe un «gène de l’explorateur» qui incite l’humain à toujours chercher à voir ce qui se cache derrière l’horizon, pourquoi seulement les hommes en seraient-ils pourvus? La pièce, née d’une idée originale de Caroline B. Boudreau et mise en scène conjointement avec Marie-Josée Bastien, déploie cette réflexion dans l’espace féminin, suivant le mouvementé parcours de la première femme dans l’espace, Valentina Terechkova, et de quatre astronautes du programme spatial américain Mercury 13.

Claude Breton-Potvin, Véronika Makdissi-Warren, Mélissa Merlo et Claudiane Ruelland endossent avec conviction et doigté ce quatuor de choc, auquel les conceptrices ont greffé le récit de l’exploratrice Alexandra David-Néel (Makdissi-Warren), première Européenne à se rendre dans la ville de Lhassa, au Tibet, en 1924, et celui d’une astronaute du futur, la fougueuse Emma (Merlo), appelée à prendre part à une historique mission vers Mars, avec un équipage exclusivement féminin.

Entre passé et futur, dans un environnement scénique minimaliste, la pièce revisite le cheminement de nos «astronettes». Ce terme, volontairement diminutif, permet d’exposer au grand jour la ségrégation à l’égard de ces femmes de caractère confrontées à l’opposition et à la méfiance de leur entourage, que ce soit un mari, un patron de la NASA, voire le vice-président américain Lyndon B. Johnson, autant de personnages endossés par l’unique présence masculine, celle de Guillaume Perreault.

Des faits sidérants

La plupart du temps, l’aspect pédagogique de la pièce l’emporte sur l’émotif, malgré le beau travail d’unité et de complicité de la distribution. En cela, les faits rapportés dans la pièce sont pour le moins sidérants, comme ce sévère blâme porté à l’endroit de Terechkova, tenue responsable par erreur de la défaillance technique de sa capsule. Au plan anecdotique, pour la petite histoire, son cœur battait au rythme de 84 battements à la minute, lors du décollage de sa fusée; celui de Youri Gagarine, premier humain dans l’espace, à… 110 battements.

S’il faut un certain moment pour apprivoiser la juxtaposition des aventures d’Alexandra David-Néel à celles des pionnières du cosmos, le jeu en vaut la chandelle, permettant au public de découvrir les exploits de cette voyageuse solitaire, qui a passé sa vie à défendre une soif de liberté inédite à l’époque pour une femme. Pour elle, comme pour les premières femmes astronautes désireuses de s’envoler coûte que coûte vers les étoiles, le meilleur moyen de se débarrasser de cette obsession a été de la réaliser...

La scénographie se fait inventive dans son approche minimaliste. En toile de fond s’impose un immense écran où sont projetés des films d’archives et des plans de maquettes captés par des caméras miniatures. Un rail en hémicycle permet à une autre caméra de se mouvoir et de recréer une conférence de presse ou la vidéo porte-folio de la jeune aspirante astronaute vers Mars. La projection d’images sur la visière des casques est aussi du plus bel effet.

Astronettes, la longue marche vers les étoiles est à l’affiche au Périscope jusqu’au 2 mars.