Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau ont imaginé la première colonisation de Mars en 2035, par un équipage composé exclusivement de femmes, pour la pièce Astronettes, la longue marche vers les étoiles, présentée au Périscope.

Astronettes, la longue marche vers les étoiles: le cosmos féminin

L’histoire de la conquête spatiale s’est écrite presque essentiellement au masculin. Des 545 humains à avoir volés vers les étoiles depuis une soixantaine d’années, seulement 60 femmes. Or, si la plupart des gens peuvent nommer le premier homme dans l’espace (Youri Gagarine en 1961), voire le premier animal (la chienne Laïka, trois ans plus tôt), peu sont capables d’identifier la première pionnière du cosmos, cherchez l’erreur.

Valentina Terechkova, c’est la réponse, ça vous dit quelque chose? Et Sally Ride, Peggy Whitson, Mae Jemison? Toutes ces scientifiques ont brisé à leur façon le plafond de verre, que ce soit à titre de première Américaine dans l’espace, de première femme à commander la station spatiale internationale ou de première Afro-Américaine astronaute.

Toutes ces histoires oubliées de la contribution des femmes à l’exploration spatiale, Caroline B. Boudreau et Marie-Josée Bastien les ont apprises au cours de leur marathon de lecture et de recherches, en vue de la préparation de la pièce Astronettes, la longue marche vers les étoiles, à l’affiche au Théâtre Périscope du 12 février au 2 mars.

La première se passionne depuis sa tendre enfance pour les étoiles. Adolescente, elle a visité Cap Canaveral. Marie-Josée Bastien, elle, a toujours eu un faible pour les récits des premières pionnières à avoir foulé les lieux les plus inaccessibles de la planète. Le duo a mis son expertise et ses recherches en commun pour bâtir le propos et la mise en scène de cette œuvre d’anticipation du Théâtre Niveau Parking.

«Ça fait longtemps que je voulais faire une création et je suis tombée par hasard sur l’histoire de Valentina (Terechkova)», explique l’instigatrice du projet, Caroline B. Boudreau. À peu près au même moment, Marie-José Bastien la contacte pour lui soumettre un projet sur ces pionnières qui ont foulé des territoires inconnus.

Dès lors, poussées par une énergie communicative, les deux artistes décident de lancer le projet d’une pièce relatant à la fois la première mission de colonisation sur Mars, en 2035, avec un équipage féminin, et le parcours de l’aventurière Alexandra David-Néel, première Européenne à séjourner au Tibet, en 1924.

Le gène de l’exploration

À travers des maquettes miniatures, des vidéos, des images d’archives et des enregistrements sonores, la pièce s’intéresse aux parcours de ces femmes d’exception, poussées par une audace, une curiosité et une volonté inébranlable de repousser leurs limites. «Elles viennent toutes avec leur lot d’anecdotes extrêmement théâtrales», souligne Caroline B. Boudreau.

Marie-Josée Bastien parle du «gène de l’exploration» qui a poussé ces femmes à se lancer corps et âme dans des missions risquées, sans savoir si elles reviendront. «Il y en a qui sont bien à la maison, d’autres qui se demandent toujours ce qu’il y a derrière la montagne. C’est l’histoire de ces femmes (qui se posent cette question) que nous voulions raconter.»

Assurance dans le regard

Sur scène, quatre personnages féminins — Claude Breton-Potvin, Véronika Makdissi-Warren, Mélissa Merlo et Claudianne Ruelland — incarnent les «astronettes» en route vers la planète rouge. Guillaume Perreault, «l’allié de toutes», incarne les rôles masculins. Le récit personnel de chacune sert à construire «la grande histoire de l’aventure féminine à travers le temps».

La force de caractère de ces pionnières, les deux metteurs en scène la perçoivent dans leurs yeux, sur les photos d’archives. «Elles ont une assurance remarquable dans le regard, s’étonne Caroline B. Boudreau. Ces femmes qui lèvent les yeux vers le ciel et qui se demandent dans quoi elles s’inscrivent, c’est cette prise de conscience que nous voulons faire vivre dans le spectacle.»

Nos deux femmes de théâtre seraient-elles partantes pour un périple vers Mars, sachant que le voyage risque d’être un aller simple en regard des risques? «Je ne sais pas si je partirais, j’ai tellement peur de tout», laisse tomber Caroline. «Moi, non. La Terre me convient parfaitement...», termine en rigolant Marie-Josée.