Antonine Maillet sera au festival Québec en toutes lettres où sera présentée la pièce «Radi», inspirée de son enfance à Bouctouche.

Antonine Maillet au pays de l’enfance

Au bout du fil, Antonine Maillet relate une anecdote. 1972, Théâtre du Rideau Vert à Montréal, première de la pièce «La Sagouine». À l’entracte, une dame s’étonne devant elle que les Acadiens existent toujours, malgré la déportation dont ils ont été victimes. «Je découvrais à quel point nous avions été ignorés. Je n’ai aucun ressentiment vis-à-vis les Québécois. On se donne la main maintenant pour défendre le français.»

La célèbre écrivaine acadienne, lauréate du prix Goncourt pour Pélagie-la-Charrette en 1979, sera de passage dans la capitale, cette semaine, à l’occasion du festival Québec en toutes lettres où sera présentée, en première québécoise, la pièce Radi, inspirée de son enfance à Bouctouche. Deux personnages aux antipodes de la vie, les marionnettes Radi et Radegonde, se donnent la réplique dans ce qui constitue un retour sur son enfance disparue, mais également une réflexion sur la résilience acadienne.

Mme Maillet avait eu le privilège de voir le spectacle à l’été 2017 au Nouveau-Brunswick. «Je suis tombée sous le charme. Je dois noter que Geneviève Tremblay [l’auteure de la pièce Radi] a l’étoffe d’une auteure pour enfants. Elle a le ton, la vision de ce que peuvent saisir les enfants au théâtre.

«J’ai reconnu la p’tite Radi qui est mon double, poursuit-elle. C’est le premier personnage enfant que j’ai créé. Radegonde est mon double adulte. C’est la rencontre du début et d’une fin de vie. C’est à partir de Radi qu’on découvre que l’Acadie a une langue et qu’elle est française.»

Langue unique

À l’orée de sa 90e année, Antonine Maillet continue à défendre haut et fort sa langue. Le passage des ans et la mondialisation galopante n’ont pas eu raison de la fierté de ses compatriotes. «Il y a eu des hauts et des bas, on s’est battus contre le chiac [le vieux français]. Maintenant, comme pour la langue québécoise, ce n’est pas le joual qui l’emporte. Il y a une jeunesse qui veut conserver la langue acadienne, même si elle est contaminée par le franglais. 

«L’Acadie a découvert qu’elle avait une langue unique à l’intérieur de la francophonie, ajoute l’auteure d’une vingtaine de romans. C’est la plus ancienne colonie européenne en Amérique du Nord, quatre ans de plus que le Québec. C’est pas beaucoup, quatre ans, mais quand on n’a pas grand-chose à réclamer, on peut le faire…»

De l’avantage d’être Acadien

Quand on lui demande de nommer les grands auteurs qui l’ont inspirée tout au long de sa prolifique carrière, Antonine Maillet énumère les Achille, Homère, Dante, Cervantès, Tolstoï, Tchekvov, sans oublier Molière et Shakespeare. «L’avantage d’être Acadien, c’est d’avoir deux langues. Je suis de la génération qui a étudié Shakespeare dans sa langue l’avant-midi, et Molière dans sa langue l’après-midi. Ce ne sont pas tous les Canadiens qui ont eu ce privilège. On n’a pas été perdants sur toute la ligne d’avoir été déportés.»

Et l’Acadie dans 20 ou 25 ans, vous la voyez où? «Nous allons évoluer comme les Québécois. Je ne crois pas que le Québec dévore l’Acadie. On est comme deux fleurs qui poussent l’une à côté de l’autre. On va évoluer ensemble. On n’aura pas le choix d’entrer dans un monde plus vaste que nous, mais il ne faudrait pas perdre notre identité, car chacun apporte une couleur à cette vaste mosaïque.»

À noter que Mme Maillet profitera de sa présence à Québec pour aller à la rencontre de ses lecteurs, lors d’un entretien littéraire qui se tiendra le 25 octobre, à 16h, à la Maison de la littérature. L’entrée est gratuite.

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ANTONINE EN TROIS TEMPS

La veille de l’entrevue avec Le Soleil, Antonine Maillet venait de déposer un nouveau manuscrit chez son éditeur. À 89 ans, le temps d’une autobiographie serait-il venu? On devine un sourire dans sa voix. «Ce n’est pas tout à fait une autobiographie, même si c’est écrit au je», avoue-t-elle, refusant toutefois d’en dévoiler le titre au cas où la parution serait retardée. «C’est un grand coup d’œil sur toute ma vie. Le livre est divisé en trois parties: l’aube, en plein jour et la brunante. Je philosophe sur ce qui me distingue. C’est une autobiographie, très honnête et sincère, à la mode Antonine Maillet, pas une vraie autobiographie.»  

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Quoi: Radi

• Quand: du 23 au 26 octobre (20h) et 27 octobre (15h)

• Où: Premier Acte, 870, de Salaberry

• Billets: 28$

• Info: quebecentouteslettres.com/programmation