La pièce Abadou veut jouer du piano est présentée à Premier Acte jusqu’au 25 novembre.

Abadou veut jouer du piano: une poisse assourdissante

CRITIQUE / Des malentendus à profusion, des portes qui claquent et une bonne dose d’absurde. Si l’automne a bel et bien pris ses aises, on se croirait au théâtre d’été ces jours-ci à Premier Acte, avec la bruyante comédie Abadou veut jouer du piano.

Dès le début du spectacle, alors qu’une simple visite d’appartement tourne à une décalée tentative d’agression sexuelle, on comprend que Jacquelin (Nicolas Centeno) a la poisse. Il nous le confirme avant longtemps en énumérant ses déboires : parents morts, femme suicidée, faillite et on en passe. Voilà que ce comptable de région beige à souhait espère se réinventer en s’installant en ville et en réalisant son rêve de devenir professeur de piano. Le pauvre n’aura pas la tâche facile avec sa première cliente, une femme qui s’entête à vouloir que son fils adoptif joue du Beethoven. Le hic, c’est que l’élève en question, Abadou, est un «enfant-tronc» autiste et sourd et que sa mère espère le voir à l’œuvre le soir même. 

Alors que le prof tente de s’atteler à la tâche d’enseigner à Abadou à jouer du piano avec sa tête, une ribambelle d’intrus, tous plus cinglés les uns que les autres, viendront cogner à sa porte et l’empêcheront de faire son travail : l’ami perdu depuis un moment qui réapparaît par hasard (Dayne Simard, qui déride principalement le public lorsque son personnage est inconscient, dans une sorte d’hommage au film Week-end chez Bernie…), un policier cocaïnomane beaucoup trop intense, une amoureuse suicidaire elle aussi branchée sur le 220 (Nathalie Séguin), etc. 

Surenchère

L’auteur et metteur en scène Hilaire St-Laurent Sénécal mise ici sur le potentiel comique de la surenchère. La table est bien mise avec la rencontre de ce personnage ridiculement louche (Mathieu Grignon) avec ses avances peu subtiles, tout comme celle de la mère, aussi absurde qu’autoritaire (Marie-Ève Bérubé). Le concierge serviable, mais xénophobe et psychorigide en matière de stationnement campé par Maxim Paré Fortin et le livreur psychopathe d’Olivier Arteau touchent aussi la cible. 

Mais le spectacle, peut-être trop long, finit par s’enliser dans une série de détours qui nous ramènent dans le même registre criard. Entre les comédiens qui hurlent une bonne partie de leurs répliques, les portes qui claquent et ces coups de feu à répétition qui viennent finir de nous casser les oreilles, l’expérience d’Abadou veut jouer du piano s’avère souvent assourdissante, voire un peu pénible par moments.

La pièce Abadou veut jouer du piano est présentée à Premier Acte jusqu’au 25 novembre.