Théâtre

Catherine de Léan: rire, réfléchir et vice versa

En cette époque où le débat sur la laïcité revient souvent sur le tapis, la dramaturge Isabelle Hubert gratte à son tour le bobo identitaire avec «Le baptême de la petite», qui s’installe au Périscope le 23 octobre. Catherine de Léan y interprète Marie-Ève, un personnage sans censure qui défend ses valeurs avec la subtilité d’un bulldozer. Et de son propre aveu, elle s’en donne à cœur joie.

«Je prends mon pied comme rarement dans ma carrière», précise au bout du fil la comédienne, qui a d’abord porté le personnage l’été dernier au Théâtre du Bic, où la comédie a été créée. «J’ai joué beaucoup de rôles plus lourds, plus tragiques ou dramatiques, ajoute-t-elle. C’est la première fois que je joue un personnage qui fait rire les gens. Ça m’a surpris et j’ai vraiment beaucoup aimé ça. C’est un personnage qui n’a pas de filtre. On aime rire de ça, mais on reconnaît aussi beaucoup de nous ou de gens qu’on connaît. C’est ça qui est le fun là-dedans. Elle dit tout ce qu’on n’a pas le droit de dire. C’est vraiment un défoulement!»

Le baptême de la petite, c’est d’abord le récit d’un souper de famille qui tourne au vinaigre. Un couple qui adoptera sous peu une fillette chinoise (Marie-Hélène Gendreau et Maxime Denommée) en reçoit un autre (Catherine de Léan et Jean-Michel Déry). On le sait: ce n’est pas parce qu’on est du même clan qu’on est nécessairement sur la même longueur d’onde. La question somme toute banale de faire baptiser ou non le bébé déclenchera débats, malaises et autres prises de bec, entre les idées progressistes des uns et l’attachement aux traditions des autres. 

«Il y a tout un questionnement sur notre héritage religieux, décrit Catherine de Léan. Qu’est-ce qu’on en fait? Est-ce que c’est culturel? Est-ce que c’est religieux? Est-ce qu’il faut avoir la foi pour y prendre part? Ou est-ce que juste vouloir s’inscrire dans la tradition justifie le fait qu’on refasse certains rites religieux? Ça questionne comment on fait pour marquer les grands rites de passage dans nos vies. Si on ne participe pas aux rites catholiques qui font partie de notre culture, qu’est-ce qu’on fait, alors?»

Des questions qu’on pourrait croire réglées, mais qui sont loin de l’être, selon la comédienne, qui a été témoin de plusieurs discussions l’été dernier, pendant les représentations de la pièce au Bic. «Il y a quelque chose de tabou là-dedans, croit-elle. On parle de laïcité au Québec, mais en même temps, on n’enlèvera pas le crucifix à l’Assemblée nationale ni la croix en haut du Mont-Royal. On aime voir les clochers de chaque village quand on sillonne le Québec. Ça fait partie de notre paysage. Mais si c’était des mosquées, ça nous dérangerait ou ça changerait quelque chose. Et s’il n’y avait rien? On est laïcs jusqu’où?»

Pour décrire son personnage, Catherine de Léan évoque une petite sœur qui a beaucoup de bonnes intentions. «Elle pense que ça suffit, mais elle ne sait pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions», explique la comédienne, qu’on peut voir le lundi soir dans Demain des hommes à ICI Radio-Canada Télé. Au cinéma, elle figurera sous peu dans Wolfe, premier long-métrage de Francis Bordeleau, qui prend l’affiche le 26 octobre. Et elle fera entendre sa voix le mois prochain à la Maison de la littérature le temps de lectures consacrées à Réjean Ducharme.

«Ça va faire 14 ans que je suis sortie de l’école et que je travaille, indique Catherine de Léan. Je me rends compte que plus j’avance, plus il y a des projets signifiants qui [qui me sont proposés]. Ce sont des rôles que j’ai envie de jouer. Rendue à l’âge que j’ai, on dirait que les personnages qu’on me propose me stimulent plus et sont plus intéressants que ceux qu’on me proposait quand j’avais 25 ans.»

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Arts

16 visages de la nouvelle garde artistique

On entend souvent dire, au Québec, que ce sont toujours les mêmes qui tournent, qu’on voit à la télé, qu’on entend… C’est de moins en moins vrai. Déjà de nouveaux artistes ont pris leur place et d’autres, sans aucun complexe, débarquent avec leurs propositions originales et détonantes. Le Soleil vous fait découvrir 16 visages de cette nouvelle garde.

Marie-Pier Lagacé, comédienne et auteure

Théâtre

«Manifeste de la Jeune-Fille»: derrière les beaux discours

CRITIQUE / Dans un monde de plus en plus complexe et en perte de repères, où les crises s’accumulent au nom de la sacro-sainte économie libérale, rester en symbiose avec ses valeurs profondes n’est pas chose aisée. Être en paix avec soi-même sans devenir l’esclave des discours à la mode sur l’écologie, l’épanouissement personnel ou l’implication militante représente un défi de tous les instants.

Avec sa pièce Manifeste de la Jeune-Fille, présentée au Périscope jusqu’au 20 octobre, l’auteur et metteur en scène Olivier Choinière s’amuse à gratter le vernis des apparences pour forcer une saine et nécessaire réflexion sur ce thème ambitieux.

À partir d’un texte aussi dense que percutant, le créateur d’Ennemi public et de Chante avec moi place le spectateur devant ses propres contradictions citoyennes, au cœur d’une société de consommation qui s’acharne à vendre le bonheur à grands coups de stéréotypes et de discours creux.

Sur scène, dans un décor blanc immaculé, deux carrousels remplis de vêtements, et autant de podiums et de salles d’essayage. Un présentoir d’articles de mode, surmonté d’un écran vidéo, fait office de portes tournantes pour la présentation successive de sept personnages, aux âges et aux physiques différents, dignes représentants de l’idéal féminin véhiculé par les magazines féminins, terreau d’inspiration de Choinière.

À l’image des mannequins automates d’une parade de mode, Raymond Cloutier, Stéphane Crête, Muriel Dutil, Joanie Martel, Catherine Paquin Béchard, Sébastien René et Isabelle Vincent, tous excellents et unis par une belle complicité, défilent à tour de rôle. Les costumes revêtent dans le contexte une importance capitale, chacun passant beaucoup de temps à les enlever pour en enfiler d’autres, plus appropriés à leur état d’esprit fluctuant. Après le prêt-à-porter, le prêt-à-penser. 

«Happycondriaques»

Un à un, les personnages se rebellent contre leur propre discours, chacun se croyant plus épanoui que son voisin. C’est le règne des «happycondriaques». Mais à chaque jeune fille sa contradiction. Et son impuissance à changer les choses.

La vie en apparence parfaite de l’une d’elles, 32 ans, mère de jumeaux (Catherine Paquin Béchard), sera mise à mal dès lors que ses comparses chercheront à en savoir davantage sur sa personne, ses choix de lectures par exemple. Je ne lis pas des romans, finira-t-elle par avouer, honteuse mais «tout ce qui me sort de l’ostie de roman de ma vie et qui me fait pas pleurer sur le drame de quelqu’un qui fatalement me ressemble».

Il y a aussi cette autre (Joanie Martel), vendue à la cause environnementale, qui se fera remettre à sa place parce que ses pellicules biodégradables pour envelopper ses sandwichs contribuent davantage à ce qu’elle croyait à l’émission de gaz à effet de serre. «Je sais que je participe sans le savoir à la destruction de la planète», dira-t-elle, en éclatant d’une rage contenue.

Chaque discours, qu’il parle de vieillesse, de quête de performance, du mouvement Zéro déchet ou de militantisme social, se fait ainsi déboulonner et passer cruellement à la moulinette. Même le terrorisme est récupéré par une logique marchande, dans un segment dérangeant où les puissants de ce monde sont la cible d’un discours vitriolique qui témoigne de l’impuissance et de l’anxiété des personnages face à l’avenir.

Le dernier droit est particulièrement réussi, alors que les personnages brisent le quatrième mur pour se donner la réplique, assis parmi les spectateurs. C’est l’occasion pour Choinière de remettre tout son espoir de ce monde en décomposition entre les mains des créateurs de théâtre. «C’est votre job de nous faire croire en quelque chose d’autre, en quelque chose de beau». En cela, le metteur en scène peut dire mission accomplie.

Théâtre

Olivier Choinière: incitation à l'indignation

De notre société envahie par la logique marchande, où chacun court après le bonheur et une façon de vivre en accord avec ses convictions les plus profondes, le metteur en scène Olivier Choinière a beaucoup à dire. Sa pièce «Manifeste de la Jeune-Fille» se veut le dépositaire de ses propres peurs face à ce système qui multiplie les discours déstabilisants.

«On est tous une jeune fille. Ça fait partie du mystère que propose la pièce», résume au bout du fil le dramaturge, au sujet du titre de sa création, dont la genèse remonte à la lecture d’un article d’une revue philosophique, Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, il y a une vingtaine d’années. La jeune fille en question étant, de façon symbolique, «l’archétype qui représente la complexité du citoyen contemporain des années 2000».

Théâtre

«Celle qu’on pointe du doigt»: les nuances d’une tragédie

CRITIQUE / Marie-Pier Lagacé n’a pas choisi le sujet le plus simple en plaçant l’infanticide au cœur de sa première pièce de théâtre, «Celle qu’on pointe du doigt», qui a pris l’affiche à Premier Acte. Partant du point de vue que tout le monde cache en soi une zone d’ombre qui peut, si les conditions sont réunies, nous pousser à commettre l’irréparable, l’auteure et comédienne ne rate pas la cible avec ce texte sensible, percutant et tout en nuances.

Celle qu’on pointe du doigt, c’est l’histoire d’une fille ordinaire qui, de fil en aiguille, en viendra à commettre le crime odieux du meurtre de son enfant. Pas de mèche vendue ici, c’est la prémisse de la pièce, qui débute alors que la jeune mère est déjà incarcérée. Par une série de flashbacks, nous en viendrons à comprendre — ou du moins à essayer de comprendre — ce qui l’a menée là : des troubles anxieux, une relation quasi inexistante avec sa propre mère, une piètre estime d’elle-même, une dépendance affective, une rupture amoureuse, une grossesse imprévue, de l’épuisement, etc. Pas d’excuse, pas de justification, pas de jugement ni de réelle prise de position. Juste l’exposition d’un contexte. À chacun, ensuite, de se faire sa propre idée. 

Dans une facture cinématographique, la pièce se déroule dans une série de courtes séquences qui s’enchaînent, qui s’enchevêtrent, qui font constamment des bonds dans le temps. La mise en scène dynamique de Simon Lemoine met en exergue ce ballet spatio-temporel, qui utilise parfois des ambiances oniriques pour nous amener dans la tête de la protagoniste. 

L’espace de jeu est divisé en plusieurs sections évoquant ici la cellule d’une prison, là le bureau d’un psy. Au centre, une zone plus impressionniste qui se transforme à l’aide de quelques accessoires. Y trônent deux amoncellements de toutous servant parfois l’action, comme dans ce segment où le chum convertit des animaux en peluche en convives du party de fête de sa blonde, qui n’a visiblement pas d’amis proches. Ils prennent une symbolique beaucoup plus porteuse lorsque des lampions leur sont ajoutés, à l’image de ces mémoriaux improvisés sur les lieux d’une tragédie où un enfant a perdu la vie. 

Personnages crédibles

Pilier de ce projet théâtral, Marie-Pier Lagacé signe un texte aussi punché que sensible, qu’elle porte avec un aplomb impressionnant. Elle nous fait sourire dans ses élans cinglants et nous bouleverse dans la vulnérabilité et la grande douleur vécue par la jeune mère qu’elle incarne elle-même sur scène.

La jeune auteure a surtout su broder des personnages crédibles, très nuancés, à part peut-être la Roommate campée de manière plus caricaturale par Anne-Marie Côté et qui sert de soupape humoristique au cœur du drame. 

On n’entre pas dans un sujet comme l’infanticide avec de gros sabots. Lagacé et ses complices l’ont bien compris et ils ont fait preuve de beaucoup de doigté dans l’exercice, qui s’avère fort réussi.

La pièce Celle qu’on pointe du doigt est présentée à Premier Acte jusqu’au 20 octobre.

Arts

Prix littéraires du gouverneur général: Fontaine et Olivier finalistes

L’écrivaine Naomi Fontaine et la comédienne Anne-Marie Olivier, directrice artistique du théâtre Le Trident, comptent parmi les finalistes des prestigieux Prix littéraires du Gouverneur général annoncés mercredi.

Naomi Fontaine, une romancière d’origine autochtone, a été retenue dans la catégorie Romans et nouvelles pour son deuxième ouvrage, Manikanetish. Les autres nommés dans cette catégorie sont De synthèse de Karoline Georges (publié par la maison d’édition Alto, de Québec), La bête creuse de Christophe Bernard; Les noyades secondaires de Maxie Raymond Bock et noms fictifs d’Olivier Sylvestre.

Théâtre

Anne-Marie Olivier a pour sa part retenu l’attention dans la catégorie théâtre, avec Venir au monde, aux côtés de Christine Beaulieu (J’aime Hydro), Steve Gagnon (Os : la montagne blanche), Michel Tremblay (Enfant insignifiant!) et Guillaume Lapierre-Desnoyers (Invisibles)

Dans la catégorie Essais, soulignons la présence de Denys Delâge, de Saint-Antoine-de-­Tilly, auteur, en collaboration avec Jean-Philippe Warren, du livre Le piège de la liberté : les peuples autochtones dans l’engrenage des régimes coloniaux. On note aussi Avant l’après : voyages à Cuba avec George Orwell de Frédérick Lavoie, qui a déjà collaboré au Soleil.

Les Prix littéraires du Gouverneur général ont reconnu plus de 700 ouvrages depuis leur création en 1936. Chaque gagnant reçoit un montant de 25 000 $, alors que son éditeur touche 3000 $ pour la promotion du livre gagnant.

Les gagnants seront annoncés le 30 octobre. La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, remettra les prix le 28 novembre, à Rideau Hall, à Ottawa.

La liste complète des finalistes est disponible sur le site https://conseildesarts.ca

Théâtre

Marie-Pier Lagacé: rattrapée par la réalité

Marie-Pier Lagacé a commencé à écrire «Celle qu’on pointe du doigt» en 2015, mais l’idée de cette pièce de théâtre articulée autour d’un infanticide, elle la mijote depuis huit ans. Parce qu’elle s’intéresse à la part d’ombre qui se cache en tout être humain et parce qu’elle pense que quiconque, une fois poussé dans ses derniers retranchements, peut vouloir passer à l’acte. Puis, elle a vu apparaître dans les médias le visage d’Audrey Gagnon, accusée du meurtre de sa fillette de deux ans, Rosalie, trouvée morte dans une poubelle au printemps dernier. Le choc.

«J’ai eu une claque dans la face. J’ai fait des recherches, je sais que ça existe, ces choses-là. Mais on a toujours l’impression que ça n’arrive pas chez nous. Que la fiction soit rattrapée par la réalité comme ça, ça m’a vraiment [choquée]», raconte l’auteure et comédienne, qui campe le rôle principal du spectacle. 

«C’était vraiment troublant. J’ai même hésité. Je me suis dit : “mon dieu, on n’a plus le droit de parler de ces choses-là parce que c’est trop frais dans la mémoire collective”», ajoute celle qui a choisi d’aller de l’avant. Parce que de voir son sujet rebondir dans l’actualité, «ça souligne l’importance de parler de ces affaires-là», croit Marie-Pier Lagacé. 

La voix douce et le regard pétillant, la jeune auteure — elle signe ici sa première pièce — le précise d’emblée : son texte ne brosse pas le récit d’un infanticide, mais décrit plutôt le cheminement qui a poussé son personnage à commettre l’irréparable. Et si le sujet est grave, le spectacle a aussi ses zones de lumière, promet-elle. 

Quand la pièce commence, la jeune mère est déjà incarcérée. «À coup de flashbacks et de ce qu’on devine être des entretiens avec son psychologue, on revoit ses souvenirs et on découvre des pistes de ce qui aurait pu l’amener là : des enjeux relationnels, une rupture, un lien avec sa mère qui est difficile, détaille Lagacé. Mais il n’y a pas de réponse. J’ouvre une porte, je pose des questions. Après, c’est au public de se faire une idée. Est-ce que c’est pardonnable? Est-ce qu’on peut passer par-dessus ça?»

La goutte qui fait déborder le vase

Marie-Pier Lagacé a eu l’idée de créer une pièce abordant l’infanticide pendant sa formation universitaire, alors qu’elle avait bonifié son programme en théâtre de cours de criminologie. «On étudiait les facteurs qui peuvent prédisposer quelqu’un à devenir un criminel, précise-t-elle. Je me reconnaissais dans certains de ces facteurs. Au point où je me suis demandé : “quand est-ce que ça va m’arriver? Ça va être quoi la goutte d’eau qui va faire déborder le vase?”»

Elle évoque des exemples comme un milieu défavorisé, la pauvreté, une famille dysfonctionnelle... «Évidemment, tout ça ne s’applique pas à moi, mais quand tu te reconnais dans de petites choses, tu peux avoir un questionnement, précise-t-elle. Et je me dis que ça peut arriver à tout le monde. Des raisons de tuer, on en a tous. Évidemment, on ne passe pas tous à l’acte. Mais une blessure assez grande pour avoir envie de poser ce geste-là, je pense que ça peut arriver à tout le monde.»

Marie-Pier Lagacé croit que si elle n’avait pas été comédienne, elle aurait sans doute œuvré dans le service social. En ce sens, elle espère qu’aborder sur scène des sujets comme l’infanticide puisse susciter la réflexion. «Mon point est de voir ce qu’on peut faire en tant que société pour aider ces gens-là avant qu’il soit trop tard, avance-t-elle. Le titre le dit, c’est extrêmement facile de juger ces gens-là. On s’enflamme super rapidement sans prendre le temps de considérer tous les faits, tout ce qui a pu mener cette personne-là à poser ce geste. Si on avait accès à l’intérieur de la situation, peut-être qu’on pourrait voir ce qu’on aurait pu faire pour éviter ça...»

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Théâtre

Un géant du théâtre allemand censuré en Chine

PARIS — En invitant le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier pour présenter «Un ennemi du peuple» d’Ibsen, les autorités chinoises ne s’attendaient certainement pas à voir des spectateurs scander des slogans pour la liberté d’expression.

C’est pourtant ce qui s’est passé un soir de début septembre lorsque la pièce — dont le héros est un médecin qui se bat contre la corruption des autorités locales — a été présentée à l’Opéra de Pékin, près de la place Tiananmen, assure le directeur de la Schaubühne de Berlin, une des scènes les plus créatives d’Europe.

Arts

Sorties culturelles scolaires: le pire a été évité

Mise en péril un moment par une diminution des subventions gouvernementales, la saison des sorties culturelles dans les écoles ne sera finalement pas la catastrophe appréhendée. Après une période d’incertitude qui a semé le trouble cet été chez les diffuseurs de spectacles et les établissements jeunesse et fait diminuer le nombre de réservations, la situation semble se rétablir.

«On a une saison qui est au minimum de nos évaluations, c’est vraiment dans la fourchette basse», explique le directeur général et délégué artistique du Théâtre Les Gros Becs, Jean-Philippe Joubert.

Théâtre

«Le vrai monde?»: toujours d’actualité

CRITIQUE / De deux choses l’une : soit certains débats et comportements demandent beaucoup de temps pour évoluer, soit Michel Tremblay était un peu visionnaire en signant il y a plus de 30 ans «Le vrai monde?», qui fait résonner ces jours-ci au Trident des thèmes ayant défrayé la manchette dans les derniers mois.

Créée au Rideau-Vert en 1987, la pièce reprend vie dans la capitale dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau, au terme d’un été où il a souvent été question de liberté d’expression et des limites qu’un artiste devrait ou non s’imposer, dans la foulée de l’annulation des spectacles SLAV et Kanata de Robert Lepage. Si ce dernier a été accusé par ses détracteurs d’appropriation culturelle envers les communautés noires et autochtones, Michel Tremblay se penchait sur la même question dans Le vrai monde?, mais à un autre degré. 

Dans le programme, l’auteur évoque une «appropriation culturelle au niveau personnel» pour parler de l’œuvre de Claude, son personnage central repris ici par Jean-Denis Beaudoin. Dramaturge novice, celui-ci s’est inspiré de sa famille pour écrire sa première pièce… Ou plutôt pour régler ses comptes avec son père et mettre au jour sa vision de grands tabous familiaux. 

De là un autre thème qui a fait beaucoup de bruit ces dernières années. En cette ère de #MeToo qui a provoqué des vagues de dénonciations d’agressions sexuelles, ce père «tripoteux» campé par Tremblay dans les années 60 ne détonne malheureusement pas vraiment 50 ans plus tard. Tout comme cette honte décrite par les femmes devant des comportements déplacés et qui peine à changer de camp.

Affrontements

Sur scène, les personnages se dédoublent et les points de vue s’affrontent. D’une part, il y a la «vraie» famille de Claude (Nancy Bernier, Christian Michaud et Claude Breton-Potvin) avec ses secrets, son expérience, ses perceptions. De l’autre, il y a les personnages que Claude a créés (Anne-Marie Olivier, Jean-Michel Déry et Ariel Charest) selon sa propre vision des événements survenus dans le passé. Les uns affirment, accusent et s’insurgent, les autres nuancent, nient, se sentent trahis. Le doute s’installe et la vérité, elle, se trouve quelque part entre les deux… 

Porté par une convaincante distribution, le texte vif et punché de Michel Tremblay — qui n’a d’ailleurs pas pris une ride — se déploie sur la scène du Grand Théâtre de dynamique manière sous la direction de Marie-Hélène Gendreau. Si c’est la danse à gogo (incarnée par la double sœur de Claude) qui part le bal, la chorégraphie changera vite de rythme, mais ne s’arrêtera jamais vraiment : dans un décor qui évoque une maison des années 60 (dont la baignoire servira autant de lieu de détente que d’arène de combat) les personnages sont pratiquement constamment en mouvement au fil de cette danse entre le vrai et le faux, entre l’eau et le feu. 

Le vrai monde? est présenté à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre jusqu’au 13 octobre.

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