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Théâtre

«La cartomancie du territoire»: le voyage initiatique de Philippe Ducros

Philippe Ducros arpente des territoires marqués par la guerre et l’exploitation sauvage des ressources. «L’Affiche» s’inscrivait en plein conflit israélo-palestinien, «La porte du non-retour» transportait les spectateurs dans une Afrique marquée au fer rouge par les migrations et l’esclavage.

À l’hiver 2015, il a décidé de partir vers le Nord, à la rencontre des communautés autochtones. Le Canada était encore sous la gouverne de Stephen Harper. La question autochtone, les horreurs des pensionnats, les innombrables disparitions et meurtres de femmes étaient oblitérés du discours. Il voulait donner la parole, apprendre et comprendre.

Théâtre

«Pour qu’il y ait un début à votre langue»: famille, je vous hais

CRITIQUE / Face à la montée des injustices et des inégalités, l’heure est à la désobéissance. «Antigone» a fait des petits sur les planches. Le dernier en lice, «Pour qu’il y ait un début à votre langue», libre adaptation des mots de Sylvain Trudel par le metteur en scène Steve Gagnon, lancée mardi au Périscope, décline une forte charge émotive d’une jeunesse en quête de liberté.

Sur son lit d’hôpital, qui fait aussi office de linceul, Frédéric (Frédéric Lemay) attend la mort. Il a seulement 26 ans. Il ne parle plus à personne, sauf à son aide-soignante (Claudiane Ruelland). Se taire est l’ultime acte de résistance. Il refuse de partir pour l’au-delà dans la langue inutile de ses parents.

Le jeune homme ignore les membres de sa famille qui défile à tour de rôle : une mère pétrie de rage et de tristesse (Nathalie Mallette), un père silencieux (Daniel Parent), l’amour de ses 16 ans (Pascale Renaud-Hébert), un frère d’âme et de sang (Jonathan Saint-Armand), sa grand-mère accro au magasinage (Linda Laplante), un grand-père aimant, mais effacé (Richard Thériault).

Dix ans auparavant, le triangle que formait Frédéric avec l’élue de son cœur, Odile, et son meilleur ami d’origine africaine, Wilson, s’est disloqué face à leurs idées de grandeur. Il fallait fuir, loin dans une terre d’exil pour échapper à cette vie de banlieue plantée à des années-lumière de leurs idéaux, avec ces maisons trop grandes avec garage double, ces IKEA devenus symbole outrageant du consumérisme, ce troisième lien.

Pour Frédéric et Wilson, «vivre devant le Kilimandjaro ou devant un Jean Coutu, c’est pas la même chose...» Tout pour ne pas être banal, pour ne pas succomber à la médiocrité du quotidien devant un rôti de porc ou un ordinateur qu’on s’évertue à reseter.

Radicaux

Les huit personnages sont radicaux dans leur façon de voir le monde, ou plutôt leur monde. La poésie brute de Gagnon devient des armes de destruction massive. Les mots frappent fort, enveloppés à l’occasion de sonorités qui amplifient le drame choral. Les tirades de chacun, souvent bouleversantes, forcent l’admiration.

Déployée de part et d’autre de la scène, l’assistance offre un refuge à quelques personnages qui évoluent dans une mise en scène toute en sobriété. Le lit devient table pour servir un repas imaginaire. Une cuisinière sert à la fois à sa fonction utilitaire, mais devient aussi autel pour une conclusion tragique.

L’œuvre de Steve Gagnon, même si échevelée à l’occasion, s’avère un puissant réquisitoire contre le conformisme et les idées reçues. La lettre d’adieu de Frédéric à ses parents, en finale, résume parfaitement le message : «J’oppose ma colère à vos rêves tranquilles.» 

CQFD

Pour qu’il y ait un début à votre langue tient l’affiche au Périscope jusqu’au 25 janvier.

Théâtre

.ES-Chapitre 1- Soi: trouver la reine en soi

Elles sont cinq jeunes comédiennes à l’aube de leur carrière. Cinq jeunes femmes qui ont décidé de plonger au plus profond d’elles-mêmes pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à leurs peurs, leurs vulnérabilités, leurs colères. De cette réflexion est né la pièce «.ES – Chapitre 1 – Soi» où le quintette explore le rapport des femmes au pouvoir.

Le titre .ES signifie la règle de l’accord des mots au féminin pluriel. Le premier chapitre est d’abord tourné vers elles, en attendant un hypothétique second, qu’on souhaite tourné vers l’autre. «Avant de conquérir une sphère plus large, il fallait passer par l’intime et régler des affaires en nous», lance Noémie F. Savoie, rencontrée dans un café de la rue Saint-Joseph, en compagnie de Natalie Fontalvo.

Théâtre

Les Plouffe: un air de famille

CRITIQUE / Intimement liée au paysage socio-politique québécois du milieu du siècle dernier, la famille Plouffe est enracinée dans notre imaginaire collectif. Le roman de Roger Lemelin, décliné successivement en téléroman et long-métrage qui ont fait époque, revit pour la première fois sur les planches. Avec, comme plus grand défi, à moitié relevé, de créer la surprise avec des personnages connus de tous ou presque.

D’entrée de jeu, disons-le, le spectateur familier avec la mythique famille ouvrière de la Basse-Ville de Québec se retrouvera en terrain connu. La metteure en scène Maryse Lapierre et la responsable de l’adaptation, Isabelle Hubert, ne proposent pas une relecture décoiffante de l’oeuvre. Elles n’ont pas vidé les personnages de leur substantifique moelle. Ils sont tous là, quasi immuables, greffés dans un décor fort original, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs rêves et leurs espoirs déçus.

Théâtre

Sur les traces des Plouffe

À entendre Maryse Lapierre et Isabelle Hubert parler des Plouffe, on dirait presque qu’elles ont des liens de parenté avec la célèbre famille. Elles connaissent tout ou presque des personnages de Roger Lemelin, tels que décrits dans le roman d’origine, publié en 1948. Car c’est principalement de ce texte fondateur, mais aussi un peu du film de Gilles Carle, dont la metteure en scène et la responsable de l’adaptation se sont inspirées pour créer la pièce.

Roman à l’origine, puis radio roman, avant son passage au petit et au grand écran, La famille Plouffe, œuvre phare du patrimoine collectif québécois, n’avait jamais été montée sur les planches. À la demande du Trident, Maryse Lapierre et Isabelle Hubert ont été choisies pour ce travail d’envergure qui, on s’en doute, vient avec son lot de stress et d’angoisses. Le Soleil a rencontré les deux artistes dont la vie gravite depuis des mois autour de la vie des membres de la mythique famille ouvrière de la basse-ville de Québec.

Arts

Un 21e Mois Multi en version concentrée [VIDÉO]

Le 21e Mois Multi sera bref, mais sa programmation laisse présager que son intensité en sera décuplée. Plusieurs projets de création en continu, des performances punks et des conférences hybrides s’enchaîneront du 5 au 9 février à Méduse et dans divers lieux des quartiers centraux de Québec.

«L’an dernier, pour le 20e anniversaire, on s’est rendu à six semaines, indique Mélanie Bédard, nouvelle directrice générale de Recto-Verso, qui organise le Mois Multi. C’était long, pour l’équipe et pour le public. On pense qu’une durée condensée va aider à rétablir une ambiance de festival.» La mouture 2021, quant à elle, devrait tenir en 15 jours.

Arts

Des sorties réconfortantes en 2020

L’équipe des arts a épluché l’abondante offre culturelle hivernale pour vous donner le goût d’affronter la froidure et de sortir pour trouver du réconfort. Les choix de Geneviève Bouchard, Josianne Desloges, Éric Moreault et Normand Provencher.

1- Les mains d’Edwige au moment de la naissance

Théâtre

Nos personnalités de l'année: Charles Fournier

Il y a quelques années, Charles Fournier œuvrait loin de la scène, sur des chantiers de construction. Confronté à la maladie, puis au décès de son père, il s’est réinventé en devenant comédien, puis auteur. Avec sa première pièce, «Foreman», dont il signe le texte et dans laquelle il tient le rôle principal, il offre une réflexion aiguisée, percutante, drôle et bienveillante sur la masculinité. Le spectacle a remporté les honneurs aux Prix d’excellence des arts et de la culture, où il a été sacré «œuvre de l’année dans la Capitale-Nationale». L’Association québécoise des critiques de théâtre a aussi décerné à Charles Fournier le prix du meilleur texte original en 2019.

Q Quel a été ton meilleur souvenir de 2019?

Théâtre

Nos personnalités de l'année: Marie-Hélène Gendreau

Marie-Hélène Gendreau a commencé 2019 en endossant son premier grand rôle de théâtre contemporain dans «Rotterdam», à la Bordée, et l’a terminé en mettant en scène «La duchesse de Langeais» et «Hope Town». Entre les deux, il y a eu «Foreman», co-mise en scène avec Olivier Arteau. Bref, elle fut partout, en plus d'assumer son rôle de directrice artistique du Périscope.

À l’aube de la quarantaine, elle dit prendre conscience de son potentiel et gagner en assurance et en instinct. Elle entend continuer faire rayonner des textes forts dans des mises en scène éclairantes et programmer, malgré les embûches, du théâtre de création au sein du théâtre qu’elle dirige.

Théâtre

Le théâtre chinois joue avec les limites de la censure

WUZHEN — L’actrice mime un pistolet avec sa main, vise une caméra de surveillance imaginaire, puis tire : en Chine, des metteurs en scène de théâtre tentent de repousser les limites de la censure avec des dramaturgies novatrices.

Beaucoup travaillent indépendamment des salles de spectacles habituelles, dans des lieux publics, des galeries d’art, des musées, des cafés... là où les autorités sont moins regardantes sur les contenus.

Théâtre

Ariane Mnouchkine campera sa prochaine pièce sur une île japonaise

KYOTO — Sa prochaine pièce se situera « sur une île japonaise » : Ariane Mnouchkine, créatrice du Théâtre du Soleil, a fait à l’AFP cette demi-confidence lors d’une rencontre dans l’archipel dont l’art dramatique l’a tant nourrie.

Lauréate du Prix Kyoto, distinction décernée par la Fondation Inamori dans le domaine des sciences et technologies ainsi que des arts et de la philosophie, elle vient de séjourner trois mois au Japon, avec un but : s’imprégner de « la vérité, de l’essentiel » du pays.

C’est là qu’elle campe sa prochaine création, un « spectacle au sujet du monde actuel, mais dont le hasard fait qu’il se passe sur une île japonaise, qui doit être évidemment fictive, mais profondément juste ».

Voyage hippie

Enfant, ce n’est pas du Japon, mais de Chine qu’Ariane Mnouchkine rêvait, une passion brisée par un refus de visa.

« J’avais pris un bateau un beau matin d’avril 1963 à Marseille, pour arriver un mois plus tard à Yokohama », près de Tokyo.

Elle est alors restée cinq mois et demi dans l’archipel, « en le détestant au début, puis petit à petit en tombant amoureuse du pays, des gens, de la nourriture, de l’architecture et du théâtre ».

Ce n’était pas un voyage d’études, « c’était plus hippie que ça, c’était l’époque où les jeunes faisaient ce que je regrette qu’ils ne fassent plus, c’est-à-dire prendre un sac à dos pour partir voir le monde ».

«Le théâtre, c’est ça !»

«Petit à petit j’ai commencé à aller au théâtre au Japon et à comprendre que j’étais tombée dans un trésor, en plein dans le mille ! La chance, l’époque, mon pays m’avaient permis de voir des choses qui allaient me nourrir jusqu’à ma mort», dit-elle, saluant le mariage somptueux entre la beauté visuelle et rythmique, l’architecture des salles.

«Quand j’ai vu du kabuki, du nô, du bunraku (trois formes de théâtre japonais, NDLR), c’est comme si quelqu’un avait abattu devant moi le sceptre du théâtre, en me disant “tu vois, petite, le théâtre c’est ça ! ”».

À la Cartoucherie de Vincennes, quartier général du Théâtre du Soleil, les spectateurs sont accueillis par Ariane Mnouchkine : ils y mangent, y passent parfois la journée, participent à la vie de la troupe. Ce n’est pas un hasard : c’est « inspiré » du kabuki, où l’on va en kimono, où l’on déguste des « bento », où l’on lance des interjections aux moments-clés des pièces.

Et celle qui, à 80 ans, dans la lignée de feu Jean Vilar, œuvre depuis plus d’un demi-siècle pour un théâtre populaire, de déplorer que les prix des places du kabuki à Tokyo soient désormais «monstrueux».

C’est là selon elle qu’il « manque une politique culturelle. Car des théâtres comme le Kabukiza à Tokyo devraient être des théâtres publics, ce devrait être subventionné pour que les gens reprennent possession de leur théâtre ».

«Cupidité d’un certain capitalisme»

Cette inlassable avocate de la « nécessité de la pratique de l’art dès le plus jeune âge » se félicite de la chance d’être en France, «parce qu’il y a des pays où une femme qui fait du théâtre est une femme morte, parce que dans quelques pays c’est interdit». Mais elle regrette que certains territoires de l’Hexagone aient été désertés par la culture.

«Les tutelles ne veulent que des grands arbres bien taillés et faciles à contrôler», dit la metteuse en scène, pas les petites herbes « dont on ne sait que faire ». Mais pourtant, « c’est cette petite pousse-là qui est importante », dit-elle en montrant des herbes dans un jardin de Kyoto.

Ce qu’Ariane Mnouchkine sent pourtant, c’est « un désir de faire du théâtre en dehors des structures institutionnelles, d’échapper aux labels, aux formats » et, insiste-t-elle, « aux modèles économiques », qu’elle exècre et « contre lesquels les peuples se révoltent », parce qu’ils sont partout, mais pas au service de tous, selon elle.

«Je ne vois pas où est l’issue sans violence, ça me désole, mais, même si je crois aux mouvements non violents, je ne sais pas comment on peut répondre à une telle cupidité et une telle avidité d’un certain capitalisme», dit-elle.

Indice : « le prochain spectacle sera probablement là-dessus ».

Rendez-vous en fin d’année 2021 sur scène.

Théâtre

Des contes à passer du bon temps [VIDÉO]

CRITIQUE / À Québec, Noël ne serait pas complet sans la tradition des «Contes à passer le temps». Depuis neuf ans, les voûtes de la maison Chevalier, dans le Petit Champlain, deviennent un lieu de divertissement et de recueillement. Sortes d’anachronismes dans une société qui ne cesse de courir après sa queue, ces soirées se veulent «une occasion rare de s’enfarger la course, de s’offrir un répit», comme l’écrit le parrain de l’événement, Fred Pellerin, maître conteur devant l’éternel.

Dans le décor intimiste de la maison historique, avec vieux murs de pierre, horloge grand-père, lumières de Noël au plafond et sapin dans un coin, les six comédiens conteurs font étalage d’un art qui se perd, celui de la tradition orale, celle qui fait pousser des ailes à l’imagination du spectateur, à mille lieues de l’humoriste abonné aux farces grivoises et méchantes.

Vendredi soir, pour la première de la saison, la parole s’est faite drôle, tendre, touchante, triste. Seul au milieu de la place, comme c’est la coutume, devant deux rangées de spectateurs à quelque pieds de lui, chaque comédien s’est transformé en poète urbain, prenant prétexte du temps des Fêtes pour saupoudrer de magie des scènes de la vie quotidienne.

Maxim Robin a témoigné d’un soi-disant manque d’équilibre chronique pour revisiter de façon humoristique la fois où il a semé la pagaille dans la pièce Casse-Noisette, qu’il a vue un nombre incalculable de fois avec sa mère, au Grand Théâtre. Avec, à la clé, la perte de l’innocence, celle de découvrir que la fée Dragée ne vole pas...

Tuque rose sur la tête, jogging en coton ouaté et vieux manteau d’hiver sur le dos, Lorraine Côté a conquis les cœurs dans Les oiseaux mouches en hiver, avec son personnage de femme dépressive de la rue Bourlamaque qui lance des bouteilles, non pas à la mer, mais dans le fleuve, dans l’espoir que quelqu’un vienne soulager son désespoir. Le texte à la fin joyeuse d’Anne-Marie Olivier va droit au cœur. «Noël, c’est le moment de l’année où il y a le plus de soupirs qui montent au ciel.»

Dans Le temps des fraises, d’après un texte de Frédéric Blanchette, Nicola-Frank Vachon se prête aux confidences à l’endroit de son enfant à naître, à l’occasion de «ce dernier Noël que nous passons sans toi». Il ouvre son cœur, incapable de dissimuler sa peur face à l’avenir, dans une société divisée entre «ceux qui en veulent toujours plus et les autres qui essaient de survivre». Et si c’était cet enfant qui viendra éclairer la suite du monde?

Théâtre

Périscope: financement «insuffisant», nombre réduit de représentations

À cause de contraintes financières, le nombre de représentations de la nouvelle pièce de Steve Gagnon attendue au Périscope en janvier sera amputé. Initialement programmée du 14 au 21 janvier, «Pour qu’il y ait un début à votre langue sera» jouée du 21 au 25 janvier.

«L’enveloppe du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) étant grandement insuffisante, de plus en plus de spectacles, pourtant programmés en saison chez des diffuseurs, se font sans l’appui du CALQ et la majorité du temps, ce sont les artistes qui en subissent les conséquences, en acceptant un salaire et des conditions de travail inadéquats. N’ayant pas obtenu le soutien financier espéré et voulant protéger les artistes de sa production, le Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline doit réduire le nombre de représentations à Québec», a fait savoir Steve Gagnon, qui signe le texte et la mise en scène du spectacle, par voie de communiqué.

Théâtre

«Ici»: chacun cherche son chez-soi

CRITIQUE / La notion d’exil est souvent difficile à comprendre pour quelqu’un ayant vécu toute sa vie dans son pays natal. Il faut de la force et du courage pour se construire un autre chez-soi, s’adapter à de nouveaux us et coutumes, surmonter les préjugés, se faire des amis, tout cela en s’efforçant de ne pas succomber à la nostalgie qui fait parfois regretter son choix.

Sur la scène de La Bordée, jusqu’à samedi, huit membres de communautés culturelles de Québec proposent une réflexion sur ce thème dans l’air du temps, avec la production Ici, présentée au Carrefour international de théâtre en 2018, à nouveau dans une mise en scène de Nancy Bernier.

Ils s’appellent Natalie Fontalvo, Charo Foo, Carmen-Gloria Fortin, Irène Gonzalez, Ania Luczak, Michael Maynard, Mélissa Merlo et Flavia Nascimento. Sept femmes et un homme qui ont quitté leur pays, non sans regrets, que ce soit pour échapper à la dictature, suivre un amoureux ou tout simplement améliorer leur existence. Ils ont pour la plupart déjà vécu une expérience de scène dans leur pays d’origine, que ce soit comme comédien ou musicien.

D’entrée de jeu, une vidéo les montre dans leur enfance et leur tendre jeunesse, en Colombie, à Singapour, au Chili, en Pologne, en Angleterre, en Belgique et au Brésil (l’un des participantes est née au Québec). C’est le jeu des comparaisons, entre ce qu’ils avaient l’habitude de vivre là-bas et ce qu’ils vivent ici. Chez moi, tout le monde se mêle de tout / Ici, le monde se mêle de ses affaires. Chez moi, je n’ai pas eu à chercher pour trouver des amis / Ici, j’ai abandonné l’idée d’avoir des amis. Chez moi, je parlais tout le temps / Ici, je ne parle pas beaucoup.

À tour de rôle, devant une mappemonde déroulée sur le sol, ils se lèvent de leur chaise et s’avancent pour raconter leur histoire, «cette autre naissance dans la même vie». Le discret violon d’Andrée Bilodeau épouse leurs propos, drôles et touchants, jamais mièvres.

Tranches de vie

La cosmopolite troupe des huit déballe des tranches de vie de leur nouvelle existence, balance avec le sourire les préjugés qui alimentent leur quotidien, même après des années («Vous êtes Belge? Mangez-vous des frites tous les jours?»), confie tous ces moments qui font naître une bouffée de nostalgie de leur pays d’origine (sa journée d’anniversaire, les journées de grand froid, une chanson entendue à la radio, l’odeur d’un mets rappelle la cuisine maternelle, les dimanches…)

En revanche, même si ce n’est pas toujours facile, on devine à travers leurs mots l’amour et l’attachement qu’ils portent au Québec et qui les font se sentir à l’aise ici. «Je me sens vraiment chez moi lorsque je vais au marché et que j’arrive à marchander...», lance l’aînée de la troupe, Irène Gonzalez, sous les rires de l’assistance.

En cette période tumultueuse où le repli sur soi fait craindre l’étranger, Ici s’avère une main tendue vers l’autre, une invitation à porter un regard bienveillant sur le nouvel arrivant, pour ne plus voir en lui quelqu’un dont il faut se méfier, mais qui a beaucoup à offrir. Du moment qu’on prend soin de mieux le connaître...

«Chez-moi, ce n’est plus chez moi / Ici, peut-être un peu plus.»

Ici est présentée à La Bordée les 11-12 et 13 décembre (à 19h30) et le 14 décembre (à 16h). Le comédien et metteur en scène québécois d’origine iranienne Mani Soleymanlou sera présent le 14 décembre, à 19h30, pour échanger avec le public sur la thématique de la pièce.

Théâtre

Constituons!: périlleux exercice démocratique

CRITIQUE / Difficile de trouver projet plus ambitieux, voire casse-gueule, que celui de Christian Lapointe avec son ovni Constituons! Entretenir l’auditoire pendant trois heures sur les coulisses de la fabrication d’une constitution citoyenne, afin de pallier l’absence d’une véritable, celle que le Québec n’a jamais signée en 1982, représentait tout un défi.

D’entrée de jeu, avouons-le, le sujet n’est pas très sexy. Bien peu de monde voue une passion pour les affaires constitutionnelles. Les émules de Léon Dion et de Henri Brun ne courent pas les rues. Pourtant, quand on s’y attarde un moment, une constitution représente le socle de toute société. La liberté d’expression, l’égalité entre les sexes, les relations avec les nations autochtones, le fameux «vivre ensemble» quoi, autant de facettes qui façonnent ce texte démocratique indispensable.

Puisque le Québec n’a jamais adhéré à la constitution canadienne — rappelons-nous la «nuit des longs couteaux» où René Lévesque a été humilié par ses pairs des autres provinces — Christian Lapointe a décidé de prendre les choses en main et de former une assemblée constituante, tout ce qu’il y a de plus réelle. Une quarantaine de personnes, représentatives de la société québécoise, ont été invités à débattre de plusieurs enjeux.

À mi-chemin du théâtre documentaire et de la performance, la pièce de Christian Lapointe livre en trois actes les dessous de cette démarche de longue haleine. Pour le meilleur et pour le pire.

Le premier acte s’avère très didactique. Impossible d’y échapper. Il faut bien parler du pourquoi du comment. De la Commission Bélanger-Campeau, par exemple. Afin de rendre son exposé plus digeste, Lapointe se sert de figurines et de projections vidéos sur des débats citoyens. Des stores verticaux servent à projeter les images, et aussi à dissimuler la quincaillerie technologique qui sert de support scénographique.

La pièce emprunte un virage totalement inutile lorsque le très fougueux et énergique comédien entreprend de décliner le pedigree de chacun des 41 membres de son assemblée constituante, ce qu’ils font dans la vie, leurs loisirs, leurs aspirations. Comme dirait l’autre, c’est long longtemps. N’y aurait-il pas eu moyen d’abréger?

Questions au public

C’est toutes lumières allumées que se déroule la seconde partie. À l’invitation du comédien, avec une caméra qui renvoie l’image du public sur écran, les spectateurs sont invités à donner, à l’aide de cartons de différentes couleurs, leur degré d’approbation sur différents thèmes, comme le droit de mourir dans la dignité, la nomination des juges ou le service militaire obligatoire. Les questions fusent à la vitesse de l’éclair. Par tirage au sort, des spectateurs sont aussi interpellés en direct. Vite comme ça, à brûle-pourpoint, pourriez-vous dire quel est le rôle du citoyen en démocratie?

Autre moment difficile à passer que celui où Lapointe livre dans un crescendo, sur fond de musique rock, tous les commentaires déplacés qu’une certaine frange de la population vomit sur les réseaux sociaux au sujet de l’exercice démocratique. De quoi faire faire un triple axel à Tocqueville dans sa tombe. Là encore, notre patience est poussée dans ses derniers retranchements.

La solution finale

L’acte final s’avère très instructif. Le comédien cède la place, dans une présentation Facetime, à Alexandre Bacon, un spécialiste des réalités sociopolitiques des peuples autochtones. Cet invité très articulé revient, preuves à l’appui, sur les événements tragiques subis par ses pairs au fil des siècles. À une certaine époque, des politiciens fédéraux, clones des nazis, ont imaginé une «solution finale» pour faire disparaître les autochtones. Des histoires, comme le dit M. Bacon, qui ne sont pas enseignées à l’école.

Au final, il reste de cet objet théâtral inusité, fait pour public averti, une certaine confusion. Mais ne serait-ce que pour nous rappeler ô combien la démocratie demeure un processus aussi complexe que fragile, Constituons! s’avère une pièce utile et nécessaire.

Constituons! tient l’affiche au Périscope jusqu’au 15 décembre.

Actualités

Constituons! - Périlleux exercice démocratique

CRITIQUE / Difficile de trouve projet plus ambitieux, voire casse-gueule, que celui de Christian Lapointe avec son ovni «Constituons!» Entretenir l’auditoire pendant trois heures sur les coulisses de la fabrication d’une constitution citoyenne, afin de pallier l’absence d’une véritable, celle que le Québec n’a jamais signée en 1982, représentait tout un défi.

D’entrée de jeu, avouons-le, le sujet n’est pas très sexy. Bien peu de monde voue une passion pour les affaires constitutionnelles. Les émules de Léon Dion et de Henri Brun ne courent pas les rues. Pourtant, quand on s’y attarde un moment, une constitution représente le socle de toute société. La liberté d’expression, l’égalité entre les sexes, les relations avec les nations autochtones, le fameux «vivre ensemble» quoi, autant de facettes qui façonnent ce texte démocratique indispensable.

Théâtre

«Beu-Bye 2019»: une tradition qui prend de l’ampleur

En cette période de l’année, l’auteur et metteur en scène Lucien Ratio touche du bois pour que l’actualité se tienne tranquille et que 2019 se termine sans grand scandale. Avec un nouveau «Beu-Bye» qui prend forme en vue de la première du 12 décembre, l’heure n’est plus aux grands changements pour l’équipe qui pilote depuis six ans cette revue de l’année, la seule faite à Québec par des artistes de Québec. Surtout que la machine a pris du coffre depuis ses débuts.

Lucien Ratio parle volontiers de cette nouvelle mouture du Beu-Bye comme de la plus imposante à ce jour. Pour la première fois, le spectacle du temps des Fêtes quitte le théâtre de La Bordée pour s’installer un peu plus loin sur la rue Saint-Joseph, à l’Impérial. La chanteuse Mélissa Bédard, qui s’est révélée comme comédienne dans la série M’entends-tu (lire plus bas), se joint à la troupe complétée par Ariane Bellavance-Fafard, Jean-Philippe Côté, Nicolas Drolet, Philippe Durocher, Nicolas Létourneau et Monika Pilon. Philippe Grant, Gabriel Morin-Béland et Simon Guay se chargeront de leur côté du volet musical.

Théâtre

Un retour au Périscope pour la pièce «Foreman»

Après avoir connu un vif succès au printemps dernier au studio Marc-Doré, la pièce «Foreman» de Charles Fournier sera de retour au Périscope en 2020, cette fois dans la grande salle.

Articulé autour du malaise identitaire des jeunes hommes d’aujourd’hui, le spectacle mis en scène par Marie-Hélène Gendreau et Olivier Arteau s’est attiré éloges et récompenses, étant sacré œuvre de l’année dans la Capitale-Nationale aux Prix d’excellence des arts et de la culture. 

Ancien travailleur de la construction converti au théâtre, Charles Fournier a aussi accepté deux fois plutôt qu’une le prix du meilleur texte original, soit aux Prix de théâtre de Québec ainsi qu’aux Prix de l’Association québécoise des critiques de théâtre. 

La pièce sera reprise au Périscope du 15 septembre au 3 octobre 2020. Les billets sont en vente dès maintenant.

Théâtre

Les Hardings: chassé-croisé de la culpabilité

CRITIQUE / Fascinant objet théâtral, la pièce Les Hardings d’Alexia Bürger s’est installée à La Bordée jeudi avec un dosage parfait de réflexion et d’émotion. Au cœur du spectacle, une question des plus délicates : quand la tragédie frappe, qui faut-il montrer du doigt?

Dans un lieu abstrait évoquant les ruines d’un wagon de train (saluons le travail au décor de Simon Guilbault), l’auteure et metteure en scène Alexia Bürger a eu l’excellente idée de réunir trois homonymes inspirés d’hommes bien réels nommés Thomas Harding. Nous connaissions le premier (interprété par Bruno Marcil), conducteur du train qui a déraillé à Lac-Mégantic, entraînant 47 personnes dans la mort. Bürger a découvert les deux autres en faisant des recherches sur lui. Le second (Patrice Dubois) est un chercheur et auteur néo-zélandais qui a perdu sa fille dans un accident de la route dont il se sent responsable. Le troisième (Martin Drainville) est un assureur américain spécialisé dans les pétrolières. 

À qui la faute

Nous voilà donc devant deux personnages grandement traumatisés, qui ouvrent le dialogue avec un autre impitoyablement pragmatique. Dans une démarche qui loge quelque part entre le théâtre documentaire et la fiction, on assiste à un dynamique — et parfois très drôle — chassé-croisé dans lequel le récit touchant de catastrophes personnelles s’entremêle avec tout un questionnement sur la culpabilité et la responsabilité. 

Qui doit porter l’odieux de la tragédie de Lac-Mégantic? Le cheminot qui a reconnu ne pas avoir assez appliqué de freins à main tout en respectant les procédures habituelles (il a d’ailleurs été reconnu non coupable de négligence criminelle)? Ou son employeur qui coupe depuis des années dans le personnel, la formation et l’entretien du matériel (quitte à réparer des wagons à la colle époxy)? Les gouvernements qui adoptent des lois permettant ce laxisme? Ou M. et Mme Tout-le-Monde qui cultivent la pensée magique?

La question est tout aussi captivante pour ce père, qui a laissé son ado rafistoler elle-même une vieille mobylette. Quand les freins lâchent et qu’elle entre en collision avec un camion, doit-il se sentir responsable de sa mort? 

Lorsque l’assureur s’en mêle, tout se relativise. «Quand c’est la faute à God, ça facilite les choses», observera-t-il à propos de cette fameuse notion d’«Act of God», qui élimine le besoin de pointer un responsable ou un bouc émissaire. Sa sortie sur la valeur de la vie humaine n’est pas piquée des vers non plus. 

Créée l’an dernier au Centre du théâtre d’aujourd’hui, la pièce Les Hardings révèle une auteure précise et punchée. Son texte est porté par trois comédiens solides et justes. Mention spéciale à Bruno Marcil, bouleversant dans le rôle du cheminot. Le récit de cette nuit apocalyptique de juillet et le moment où il récite le nom des 47 victimes donnent des frissons. 

La pièce Les Hardings est présentée à La Bordée jusqu’au 7 décembre.

Théâtre

«Les Hardings»: entre culpabilité et responsabilité

Pour Alexia Bürger, le point de départ de la pièce «Les Hardings» est ancré dans une simple recherche sur le Web. Bouleversée par la tragédie de Lac-Mégantic et troublée par la responsabilité que d’aucuns voulaient faire porter au cheminot Thomas Harding après l’explosion qui a emporté 47 personnes le 6 juillet 2013, l’auteure et metteure en scène a voulu en savoir plus sur lui. Et elle a vu qu’il était loin d’être le seul à porter ce nom.

Ainsi lui est venue l’idée de réunir sur scène trois Thomas Harding : le Québécois accusé, puis acquitté, de négligence criminelle dans la foulée du désastre ferroviaire de Lac-Mégantic, un chercheur néo-zélandais ayant perdu une fille dans un accident pour lequel il se sent responsable et un assureur américain spécialisé dans les compagnies pétrolières.

Arts

«Les Belles-Soeurs»: une plainte pour discrimination raciale dans un théâtre peut aller de l’avant

VANCOUVER — Quand Ravi Jain a entendu parler de l’expérience d’une actrice de Victoria qui dit s’être vu refuser une audition pour un rôle dans «Les Belles-soeurs» parce qu’elle était noire, il a tout de suite pu s’identifier à l’histoire.

Ravi Jain, qui est le directeur artistique et fondateur du Why Not Theatre à Toronto, affirme que certains metteurs en scène canadiens soutiennent depuis longtemps que les acteurs de minorités visibles ne peuvent pas jouer certains rôles parce qu’ils se déroulent à une époque et dans un lieu qui les excluraient.

«Ce n’est tout simplement pas vrai. C’est une vision limitée de l’époque et des structures de pouvoir qui existaient», a-t-il avancé.

Il a tenu ces propos après une décision du Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique, plus tôt ce mois-ci, autorisant une plainte de Tenyjah Indra McKenna contre la Victoria Theatre Guild and Dramatic School et sa metteuse en scène bénévole.

Les documents du tribunal indiquent que Tenyjah Indra McKenna avait contacté la metteuse en scène Judy Treloar en août 2017 à propos d’une audition pour jouer un rôle dans la production par le théâtre du récit de Michel Tremblay «Les Belles-soeurs».

Judy Treloar a d’abord invité l’actrice à prendre le scénario, mais lorsque celle-ci lui a dit qu’elle était une femme noire, la metteuse en scène lui a répondu qu’une femme noire ne serait ni une soeur ni une voisine dans la pièce, selon les documents.

«Même si je n’aime pas dire cela, les quinze femmes de cette pièce sont des Québécoises et la pièce se déroule à Montréal en 1965. Une femme noire ne serait ni une voisine ni une soeur dans cette pièce, mais j’aimerais beaucoup vous rencontrer et vous entendre lire», peut-on lire dans un courriel envoyé par Judy Treloar à Tenyjah Indra McKenna.

Les documents indiquent que Judy Treloar a déclaré que son commentaire ne s’appuyait pas sur des préjugés raciaux ou des stéréotypes, mais plutôt de mois d’étude et de préparation pour la production de la pièce. Elle décrit le sujet de la pièce comme portant sur «les femmes québécoises blanches, xénophobes et de la classe ouvrière du quartier montréalais du Plateau-Mont-Royal», indiquent les documents.

Tenyjah Indra McKenna a mis en doute les sources de Judy Treloar dans une réponse par courrier électronique, ajoutant qu’elle avait grandi à Montréal.

«Fait intéressant, au cours des années 1960, ma famille a vécu et travaillé dans le même arrondissement de Montréal où se déroulent «Les Belles-soeurs»», a écrit l’actrice.

«Je me demande également - si vous hésitez à faire appel à une actrice noire pour assurer l’exactitude historique, combien d’actrices québécoises ou francophones allez-vous choisir?»

Depuis lors, le théâtre a offert 1500 $ à Tenyjah Indra McKenna, mis en place une formation sur la diversité pour les membres du conseil, le personnel de production et les employés, et nommé deux médiateurs pour traiter les plaintes de harcèlement ou de discrimination.

Le tribunal a décidé que cela ne suffisait pas pour rejeter la plainte.

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Théâtre

Alain Platel de retour au Carrefour de théâtre

Après quatre visites remarquées au Carrefour international de théâtre, le metteur en scène belge Alain Platel sera de retour au festival en 2020 avec le spectacle «Requiem pour L.», hommage métissé à l’œuvre inachevée de Mozart porté par la compagnie Les ballets C de la B.

Le spectacle sera présenté une seule fois le 2 juin à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre. Les billets seront en vente en avril prochain.

Théâtre

Robert Lepage dans «887»: une première en solo au Diamant

Après l’avoir jouée plus de 300 fois à travers le monde, Robert Lepage a vécu une soirée émouvante, mardi, en présentant pour la première fois sa pièce solo «887» dans l’écrin magnifique dont il rêvait depuis si longtemps, Le Diamant.

Aucune cérémonie n’a marqué ce moment historique. Ni avant ni après la pièce, le comédien ne s’est adressé à l’assistance. Lepage a plutôt choisi de laisser parler son talent, toujours aussi impressionnant. Seul sur scène pendant deux heures, l’auteur-metteur en scène-acteur a entraîné l’assistance dans un mémorable voyage au pays de la mémoire. 

Fort d’un récit au croisement de la petite et de la grande histoire, entre l’intime et l’universel, Lepage déploie des trésors d’ingéniosité techniques et scénographiques pour rendre hommage à son père Fernand, revisiter des pans de son enfance et quelques moments historiques de notre histoire (visite du général De Gaulle, le samedi de la matraque, les bombes du FLQ...).

887 — titre inspiré du numéro civique de l’immeuble que Lepage a habité dans les années 60 avec sa famille, sur l’avenue Murray — fait toujours aussi forte impression, même pour ceux qui ont eu la chance de la découvrir au Trident, à l’automne 2016. Drôle, touchant, bouleversant — on pense à la finale d’anthologie où le comédien livre le poème Speak White, de Michèle Lalonde —, la pièce fait passer par toute la gamme des émotions.


Théâtre

Antonio Banderas inaugure son théâtre en Espagne

L’acteur Antonio Banderas a inauguré vendredi le théâtre qu’il a fondé dans sa ville natale de Málaga, en Espagne, avec la première de la comédie musicale A Chorus Line dont il est l’un des interprètes.

Pour marquer l’ouverture du tout nouveau Teatro del Soho à Málaga, Banderas a choisi une œuvre qui évoque les artistes anonymes et « toutes les souffrances qu’il y a derrière » ce genre de spectacle, a-t-il expliqué à la presse cette semaine.

L’histoire de A Chorus Line met l’accent « sur ces personnes qui soutiennent réellement l’industrie du théâtre musical, mais dont les noms ne brillent pas en lettres de lumière et ne sont pas connus », a-t-il insisté.

Lui-même figure parmi les 26 interprètes. Il joue le rôle de Zach, un chorégraphe qui doit auditionner d’autres artistes.

Banderas importe ainsi un classique de la comédie musicale américaine, qui avait battu des records de longévité à New York en étant à l’affiche, sans discontinuer, de 1975 à 1990 à Broadway.

Un orchestre de 22 musiciens accompagne en direct le spectacle, dans ce nouveau théâtre de plus de 800 places.

A Chorus Line partira ensuite en tournée en Espagne, pour des représentations à Bilbao, à Barcelone puis à Madrid.

«Ensuite, il faut voir s’il y a la possibilité de faire le saut vers l’Amérique », a dit Banderas, qui espère que le spectacle — « en espagnol » — pourra être présenté à New York.

Banderas inaugure ce théâtre six mois après après avoir été récompensé au Festival de Cannes par le prestigieux Prix d’interprétation masculine pour son rôle dans le film Douleur et gloire de son compatriote Pedro Almodovar.

L’infarctus qu’il a subi en 2017 et les délicates opérations du cœur qui ont suivi ont incité l’acteur à réaliser sans tarder son rêve d’ouvrir un théâtre dans la ville qui l’a vu naître en 1960.

Il s’est engagé à investir plus de 200 000 euros (293 000 $) par an dans l’établissement, parrainé par une banque espagnole.

Pour le diriger, il a embauché Lluis Pasqual, un ancien directeur du Centre dramatique national d’Espagne, du théâtre de l’Odéon à Paris, de la Biennale de théâtre de Venise et du Théâtre Lliure à Barcelone.

L’acteur rappelle que Lluis Pasqual avait « changé sa vie », en 1981, en lui confiant un rôle au théâtre national à Madrid, avant qu’Almodovar ne le lance au cinéma en 1982.

Théâtre

Robert Lepage se souvient [VIDÉO]

Quelques jours avant la présentation de sa pièce 887 au Trident, en septembre 2016, Le Soleil avait suivi Robert Lepage dans des lieux marquants de son enfance, dans le quartier Montcalm.

L’auteur, metteur en scène et comédien s’apprête à reprendre dès le 19 novembre son magistral solo sur la scène du Diamant. 

Théâtre

«La duchesse de Langeais»: le deuil de l’amour

CRITIQUE / Ç’a été écrit il y a une cinquantaine d’années comme un spectacle solo. Voilà que sur les planches du Trident, dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau et portée par une prestation admirable de Jacques Leblanc, «La duchesse de Langeais» de Michel Tremblay se dédouble, se danse, se chante, s’actualise… Et s’avère d’autant plus pertinente et touchante.

Sans doute moins connu que sa célèbre sœur Albertine, le personnage d’Édouard est récurrent dans l’œuvre de Tremblay. Homosexuel refoulé de jour, travesti flamboyant et grandiloquent de nuit, il s’imposera comme un pilier de la vie nocturne montréalaise en s’autoproclamant duchesse.

Théâtre

«Nikki ne mourra pas»: déjouer la spirale

CRITIQUE / «J’ai peur de finir à jamais triste comme toi», lancera à un moment le personnage central de «Nikki ne mourra pas» à sa mère, qui sombre peu à peu dans l’alcool. Ces dix petits mots résument le cœur de cette première pièce du Collectif des sœurs Amar, qui aborde avec vivacité et sensibilité le thème de la maladie mentale et des dommages collatéraux vécus par les proches de ceux qui en sont atteints.

Nikki ne mourra pas, qui vient de prendre l’affiche à Premier Acte, c’est d’abord une relation parent-enfant devenue toxique à cause des problèmes de dépendance de la mère. C’est aussi un récit initiatique racontant le passage à l’âge adulte — transition complexe même dans des contextes plus cléments — d’une jeune femme angoissée par le legs que lui ont laissé un père suicidé et une mère alcoolique.

Théâtre

Jacques Leblanc: chez Tremblay comme chez Racine

Au détour de la conversation, une phrase de Jacques Leblanc étonne et fait sourire : «je m’embarque là-dedans comme en religion», lance l’acteur à propos du rôle-titre qu’il s’apprête à incarner dans «La duchesse de Langeais» de Michel Tremblay. L’expression semble d’autant mieux choisie quand on sait que le personnage qu’il y embrasse serait sans doute fier de soulever l’ire des adeptes de la soutane.

Un an et demi après avoir triomphé au Trident dans Amadeus, Jacques Leblanc remontera sous peu sur la même scène avec un nouveau défi théâtral où il bouclera une sorte de boucle. Deux décennies après s’être mesuré au personnage d’Hosanna à La Bordée (lire plus bas), il se glissera dans la peau d’Édouard, alias la duchesse de Langeais, un autre célèbre travesti aussi coloré que torturé imaginé par Michel Tremblay.

Livres

9e festival du Jamais Lu Québec: documenter la survivance

«Nous sommes des programmateurs d’impulsions», illustre Marcelle Dubois, directrice générale du Jamais Lu. La 9e mouture «Québec» du festival, qui se déploie aussi à Montréal et à Paris, honore cette maxime. Le théâtre documentaire y sera mis à l’honneur sous la thématique «Pour ne pas disparaître», à travers les textes d’une quinzaine d’auteurs, du 28 au 30 novembre.

Cette urgence de préserver et d’éviter la disparition des êtres aimés, des communautés et de la nature qui nous entoure était un dénominateur commun dans les textes soumis à Marianne Marceau, la directrice artistique du Jamais Lu Québec, et à son équipe de lecteurs aguerris. À cette époque de «Do It Yourself» (faire soi-même), de recrudescence du survivalisme et d’écoanxiété, on sent que nos contemporains cherchent de nouveaux modèles, des sorties de secours. «C’est aussi le cas lorsqu’on veut s’informer, note Marianne Marceau. On se tourne vers le documentaire pour approfondir des sujets qu’on peine à attraper dans le flot de nouvelles continues des médias de masse.»