Théâtre

Le metteur en scène Peter Brook reçoit le prix Princesse des Asturies

MADRID — Le Britannique Peter Brook, «considéré comme le meilleur metteur en scène de théâtre du XXe siècle», a reçu mercredi en Espagne le prix Princesse des Asturies dans la catégorie arts.

Peter Brook, âgé de 94 ans et toujours en activité, «a ouvert de nouveaux horizons pour la dramaturgie contemporaine, en contribuant de manière décisive à l'échange de connaissances entre des cultures aussi différentes que celles d'Europe, d'Afrique et d'Asie», a écrit le jury dans un communiqué.

Théâtre

«Trois petites sœurs»: la vie après la mort

CRITIQUE / Une jeune vie qui s’étiole, une famille confrontée à la maladie, puis à une perte immense... Avec «Trois petites sœurs», une pièce dédiée à un public âgé de huit ans et plus, Suzanne Lebeau s’est donné le défi de parler de deuil aux enfants. À bien des égards, le spectacle qui s’est installé mercredi au théâtre Les Gros Becs touche la cible avec beaucoup de délicatesse. Mais sa finale a de quoi laisser un peu perplexe.

Trois petites sœurs nous amène dans une famille tout ce qu’il y a de plus normale : deux parents aimants, trois fillettes enjouées qui se tiraillent à leurs heures. Alors qu’il tarde à la cadette Alice de suivre les pas de sa grande sœur à l’école primaire, elle verra sa rentrée gâchée par de vilains maux de tête. Une batterie de tests fera entrer dans le vocabulaire familial des mots que nous voudrions tous éviter : biopsie, cancer, chimiothérapie, récidive, etc.

Théâtre

Christine, la reine-garçon: souveraine liberté

CRITIQUE / Au fil d’une saison de théâtre, les œuvres qui vous chavirent et vous emportent se comptent sur les doigts d’une main. Après Antigone, présentée au Trident le mois dernier, au tour de La Bordée de frapper fort et dans le mille avec Christine, la reine-garçon. Distribution impeccable, texte d’une grande finesse aux échos contemporains, mise en scène séduisante de pénombre, tout concourt à faire de la pièce historique de Michel-Marc Bouchard un spectacle digne des plus hauts standards.

La liberté, mot à la mode s’il en est un, accompagne l’homme et sa fiancée dans leur cheminement spirituel depuis des millénaires. Le destin de la reine Christine de Suède (Marianne Marceau), coincée dans le carcan luthérien du milieu du 17e siècle qui l’empêche de vivre selon sa nature profonde, illustre avec justesse cette notion de libre arbitre permettant de donner un sens à l’existence.

Théâtre

Carrefour de théâtre : Retour de Pommerat, Le Guillerm et Mouawad

À sa 20e présentation, le Carrefour international de théâtre de Québec recevra cette année de la visite de France, de Belgique, d’Allemagne et d’Iran, en plus de renouer avec les réputés artistes Wajdi Mouawad, Joël Pommerat et Johann Le Guillerm.

Alors que la programmation du festival devait être dévoilée mardi prochain, un document envoyé hâtivement à des abonnés a vendu la mèche.

Théâtre

«Foreman»: l’homme qui a vu l’homme...

CRITIQUE / «C’est beau un homme», chantait Shirley Théroux dans les années 60. Et c’est compliqué, rétorque près de six décennies plus tard Charles Fournier dans sa pièce «Foreman», qui a pris l’affiche au Périscope. Avec une plume percutante et de redoutables pointes d’humour, l’auteur et comédien offre une réflexion fort à propos sur la masculinité, à une époque où les stéréotypes ont la vie dure.

Foreman se décline en deux axes. D’une part, un tête-à-tête avec Carlos (très juste Charles Fournier), qui s’adresse directement au public en lui racontant des chapitres marquants de sa vie dans une quête maladive de dompter sa nature sensible et d’apprendre à être un dur, un «vrai mâle». De l’autre, la rencontre de quatre de ses amis d’enfance, qui se retrouvent à la campagne afin de lui offrir un moment de réconfort alors qu’il vit un deuil. L’alcool et le pot aidant, sans fille à séduire aux alentours, les langues se délient pour mettre en exergue plusieurs préoccupations qui hantent leur esprit de jeunes hommes modernes.

Théâtre

Premier Acte: une 25e saison fidèle à son ADN

Il en a fait du chemin, le théâtre Premier Acte, depuis ses premiers pas à l’auberge de jeunesse du Vieux-Québec, rue Sainte-Ursule, en 1994. Vint-cinq ans et quelque dizaines de milliers spectateurs plus tard, l’incubateur de jeunes créateurs, maintenant installé avenue Salaberry, continue à jouer la carte de l’audace et du risque artistique. À preuve, une saison 2019-2020 qui surfe sur des thèmes en prise directe avec les grands bouleversements de notre époque.

«C’est vraiment une saison Premier Acte, une programmation qui correspond à son ADN», a déclaré fièrement, mardi avant-midi, le directeur général et artistique Marc Gourdeau, entouré de quelques-uns des jeunes comédiens et metteurs en scènes des huit pièces à l’affiche à compter de l’automne. Le dirigeant fait preuve d’enthousiasme et pour cause : plus de 40% des représentations de Premier Acte ont affiché complet la saison dernière. Et celle qui se termine s’inscrit dans une veine identique.

Théâtre

«Rashomon»: Kurosawa en cuisine

CRITIQUE / Avec des ustensiles, des légumes et un bon mélange d’imagination, d’humour et d’enthousiasme, le collectif La Trâlée et Lorraine Côté ont trouvé une manière réjouissante et inventive de raconter l’histoire de «Rashomon», dans le décor rétro de La Cuisine.

Les créateurs ont ajouté un prélude et une conclusion qui se déroulent dans un restaurant japonais où bossent des Québécois. Le couteau «enchanté» du patron a disparu, chacun raconte sa version de l’affaire. L’un d’eux évoque l’effet Rashomon et le film de 1950 réalisé par Akira Kurosawa et hop, on bascule dans un délirant théâtre d’objets construit avec tout ce qui se trouve derrière le comptoir.

Des céleris et des oignons verts deviennent une forêt, un morceau de gingembre se transforme en bel étalon et un assemblage de pots en verre, de plateau et de napperons représente la porte Rasho, où deux témoins d’un étrange procès se réfugient pour se protéger d’une pluie de grains de riz.

Chaque personnage est un assemblage à la silhouette et à la personnalité particulière. Une râpe à fromage et un chiffon rouge suffisent pour faire apparaître le samouraï «à la carrure impressionnante et au regard d’acier» dont on tentera de trouver l’assassin. Deux couteaux pointus et un infuseur à thé donne forme à sa femme aux longues jambes fuselées. Un contenant d’épices qui manie un attendrisseur à viande fait office de juge.

Chaque assemblage est inventif et habilement animé, avec des clins d’œil comiques qui rappellent la fonction première de l’objet. Les six manipulateurs sont aussi bruiteurs et se lancent corps et âme dans les scènes tragi-comiques, voire ésotériques, et dans des combats loufoques et sanguinaires à coups de céleris.

Soupe miso(gyne)

Bien qu’elle soit racontée avec beaucoup d’humour, l’histoire comporte tout de même sa part d’horreur et de drame. Une comédienne ne peut s’empêcher de protester lors de certains passages misogynes ou qui ont participé à construire une culture du viol.

Il aurait été impensable de ne rien dire — même si c’est comme ça dans le film — et les créateurs ont trouvé une bonne façon d’exercer leur esprit critique sans modifier l’histoire.

Alors que le constat final pourrait être plutôt sombre (chacun ment pour son profit et on ne peut se fier à personne), la fable est livrée avec une telle inventivité et une telle énergie qu’on y prend surtout plaisir. Le délire est orchestré avec beaucoup de doigté par Lorraine Côté. Les concepteurs Dominique Giguère (scénographie), Mathieu Turcotte (musique) et Laurence Croteau Langevin (lumières et régie) ont donné une belle texture à la pièce.

L’environnement inusité de La Cuisine est exploité à son plein potentiel. Le comptoir sert de castelet, les chaises de différentes hauteurs ont été cordées pour favoriser la convivialité. Chacun se voit forcé de s’adresser à ses voisins de siège pour réussir à se faufiler avec une bière et une tasse de soupe miso dans les mains.

Le seul bémol de cette aventure théâtro-culinaire est la livraison du prologue, qui pourrait gagner en dynamisme et en naturel, surtout lorsqu’on voit ce dont les interprètes sont capables par la suite.

Rashomon, qui fait partie de la saison de Premier Acte, est présenté du dimanche au mardi à 18h à la Cuisine jusqu’au 7 mai.

Théâtre

Mnouchkine à Rio avec Belles-Soeurs

RIO DE JANEIRO — Une quinzaine de femmes pétulantes sur scène et aucun homme en vue, Ariane Mnouchkine présente à Rio une version portugaise de la pièce québécoise musicale Belles-soeurs, s’éloignant pour la première fois du Théâtre du Soleil qu’elle a fondé.

Cette première incursion au Brésil également est aussi l’occasion pour le metteur en scène de théâtre de s’inquiéter, dans un entretien à l’AFP, de la situation «extrêmement alarmante» des artistes sous l’ère bolsonariste.

Après deux représentations au festival de Curitiba, la première de As comadres (Les Marraines), spectacle musical très enlevé, a eu lieu jeudi à Rio, devant un public le plus souvent hilare.

Dans une cuisine des années 60, des femmes de 22 à 87 ans sont réunies pour coller des timbres. Un gynécée où les répliques fusent, où l’on rit, danse, chante, se lamente, se jalouse et s’étripe.

«Ce sont des femmes qui dans le chant expriment leurs frustrations, leurs malheurs, mais au fond on les voit pendant toute la pièce subir et ne pas sortir d’une certaine servitude volontaire», dit Ariane Mnouchkine. Celle qui a réussi à s’émanciper est rejetée.

Michel Tremblay, qui a écrit en 1965 la pièce dont a été tiré le spectacle musical par René Richard Cyr, «est très dur sur leur petitesse, leur bigoterie, leur mesquinerie, leur égoïsme».

Mais «la pièce, ne serait-ce que parce qu’elle donne la visibilité à 15 actrices, est révolutionnaire. D’habitude on voit 15 hommes et deux femmes», dit Ariane Mnouchkine. Là, il y en a même 20 au total, avec le «choeur antique».

«C’est cela qui est fort, de voir la force collective de toute une palette de femmes de tous âges.»

Arts et spectacles

La souveraine fantasmée de Michel-Marc Bouchard

Présentée à la salle Albert-Rousseau en janvier 2013, après avoir recueilli un concert d’éloges au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, la pièce «Christine, la reine-garçon» reprend du service à La Bordée à compter du 16 avril. Le destin de ce personnage historique anticonformiste et épris de liberté est présenté dans une nouvelle mise en scène. L’auteur et dramaturge Michel-Marc Bouchard et celle qui incarne l’atypique reine de Suède sur les planches, Marianne Marceau, en ont discuté avec Le Soleil.

Règle générale, Michel-Marc Bouchard a l’habitude de voir ses pièces adaptées au cinéma, qu’on pense à Tom à la ferme, Les Feluettes ou Les muses orphelines. Pour Christine, la reine-garçon, ce fut l’inverse. À partir de son scénario créé à l’initiative du réalisateur Maki Kaurimäski, en 2008, baptisé The Girl King, le metteur en scène a ressuscité l’œuvre sur scène pour sa plus grande satisfaction.


Théâtre

«Les murailles»: en chair et en mots

CRITIQUE / En allant passer une semaine sur le chantier de La Romaine, Erika Soucy ne s’attendait pas à trouver «du gros ordinaire sale» et à se mettre à écrire un roman de réconciliation. Avec beaucoup d’humour, de tendresse, de non-dits et de franc-parler, l’auteure prend son récit à bras-le-corps pour nous offrir un moment de théâtre où on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Dans l’adaptation théâtrale du roman Les Murailles, l’histoire racontée est presque la même, sauf qu’il y a eu un élagage, nécessaire, des ajouts poétiques et que les personnages, incarnés en chair et en mots par de solides comédiens, deviennent plus colorés et plus poignants.

Éva Daigle se métamorphose pour camper l’enthousiaste Mindy du Lac Saint-Jean, une secrétaire aussi chaleureuse qu’un iceberg, Sonia la battante, Ti-Cœur la barmaid triste et Mme Hydro, qui dirige une hilarante rencontre de prévention sécurité sans tiquer une seule seconde.

Philippe Cousineau et Gabriel Cloutier Tremblay jouent avec aplomb les gars de chantier. Les commentaires et œillades appuyés pleuvent, l’alcool (voire la poudre) coule à flots, mais on réussit à éviter de montrer des clichés sur deux pattes. Malhabiles, «chouenneux», fiers et contradictoires, ces hommes qui triment pour éventrer des montagnes s’attirent les commentaires affûtés d’Erika Soucy (jouée par elle-même), mais aussi son oreille attentive et son respect.

L’auteure et comédienne porte une bonne partie de la pièce sur ses épaules, mais on n’aurait pu imaginer personne d’autre pour tenir ce rôle tellement Les Murailles est taillée à même sa mythologie personnelle, racontée avec sa langue rugueuse et poétique à la fois.

«J’écris pas pour des moumounes», réplique-t-elle un moment donné à un conseiller de chantier qui veut se confier sur un réveillon olé olé avec le poète Jacques Brault. N’empêche qu’elle nous tire presque des larmes à certains moments. Les bribes de poésie qu’elle insère dans sa narration seront contagieuses. Les ouvriers, tranquillement, deviendront poètes, à mesure qu’Erika se rapproche de son père (Jacques Girard). Après une scène assez dure, on comprendra que le temps des reproches est passé et que celui des réconciliations est advenu.

Le metteur en scène Maxime Carbonneau a su ne pas tomber dans le piège du spectacle littéraire. Autour et au-dessus du plateau dénudé, des dizaines de projecteurs arrimés ensemble évoquent les machines mastodontes des grands chantiers. Au fil des scènes, une simple table de cafétéria est déplacée et se remplit de canettes, de bouteilles et de vêtements, comme la chambre beige de l’écrivaine où elle laissera peu à peu sa trace.

Plus intime et colorée que la pièce-documentaire J’aime Hydro, Les Murailles dénonce parfois les mêmes contradictions et porte une part de témoignage nécessaire et trop peu souvent entendue au théâtre.  

La pièce, produite par La Messe Basse, est présentée jusqu’au 20 avril au Périscope.