Théâtre

La quête d'identité d'Olivier Arteau

Olivier Arteau avait trois ans quand les Québécois ont été une deuxième fois appelés aux urnes pour se prononcer sur la souveraineté. De ce jour historique, le jeune dramaturge ne garde aucun souvenir. Ça ne l’a pas empêché de le choisir comme point de départ pour Made in Beautiful (Belle province), un questionnement théâtral aussi coloré que percutant sur le nationalisme et l’identité québécoise.

La saison dernière, Olivier Arteau s’est imposé à Premier Acte avec Doggy dans Gravel, un portrait incisif et déjanté de sa génération. Il revient sur la même scène cette semaine en élargissant son sujet d’étude. 

«D’essayer de nous décrire à travers un portrait ludique, c’est toujours mon but. Je pense que le rire, c’est ce qui permet au spectateur de s’ouvrir complètement. Et le rire fait tout le temps appel à l’intelligence», résume l’auteur et metteur en scène.

«Il y a une volonté de fouiller des sujets que d’emblée, je ne connais pas si bien, reprend-il. L’histoire du Québec, je trouve qu’elle a été très peu racontée à la génération Y. Et on dirait qu’on n’a pas été au cœur de grands mouvements. Ça m’a donné envie de parler de la génération d’avant et même de celle de mes grands-parents pour comprendre le chemin qu’ils ont fait. C’était d’analyser ce qu’ils ont transmis pour essayer de comprendre pourquoi l’identité québécoise, pour ma génération, elle est devenue extrêmement floue.»

Son enquête théâtrale se fera sur fond de partys d’Halloween, où nous retrouverons la famille d’une dénommée Linda (Marie-Josée Bastien) à précisément 19h17 le 31 octobre entre 1995 et 2017. Des fêtes costumées où ce clan de la classe moyenne québécoise traversera, entre deux gorgées de vin ou de Coca-Cola, plusieurs événements qui ont marqué l’histoire récente du Québec : lendemain de référendum ou d’attentats, phénomène de mondialisation, légalisation du mariage gai, printemps érable, etc. 

«Le but n’est pas de dire oui ou non ou d’indiquer au spectateur la bonne réponse par rapport à la gauche ou la droite, précise Olivier Arteau. C’est de dire qu’il ne faut jamais succomber à l’ignorance. La mondialisation fait-elle en sorte qu’on perd les cultures propres? Est-ce que ça nous donne des choses positives et progressistes? Je pense que oui. Je pense qu’il faut autant critiquer que célébrer.»

Influence de la télé

Pour les fins de Made in Beautiful, Olivier Arteau a ainsi imaginé trois générations de personnages qui changent au fil du temps, sous l’influence d’événements de l’actualité ou de la télévision, notamment. Le texte stipule d’ailleurs que les scènes plus anciennes doivent être jouées dans un style s’apparentant à la comédie La petite vie avant de glisser, à mesure qu’on approche de 2017, vers une esthétique plus près de la téléréalité.

«Le texte est une trame, c’est le discours de l’heure. Mais après, la progression de la mise en scène, des costumes, des vidéos et de la musique va parler autant», promet Arteau, qui ponctue sa pièce d’une multitude de références — personnalités publiques, œuvres, objets —, question de bien camper son portrait. Il ne s’en cache pas, il en appelle ici à la nostalgie, même s’il est trop jeune pour avoir vécu tout ce qu’il décrit. 

«Il y a eu beaucoup de recherche pour cibler quand était l’époque des pagettes ou des Tamagotchis, cite-t-il en exemple. L’idée, c’était de trouver ce qui nous rend nostalgiques et pourquoi la nostalgie nous touche tant. Pourquoi on trouve ça cute de voir qu’on ne pouvait pas parler au téléphone tout en étant branché sur Internet? C’est comme la mode du cellulaire Flip qui revient parce qu’on veut se détacher de ça», dit Olivier Arteau, en pointant son téléphone intelligent. 

«C’est cette idée de dire que le passé était tellement plus beau, ajoute-t-il. J’espère qu’à la fin de la pièce, on va s’ennuyer des premières scènes parce qu’elles étaient tellement rythmées, alors qu’à la fin, c’est plus édulcoré. J’espère qu’en 1h45, on réussisse à avoir un sentiment de nostalgie par rapport au début du show…»

Avec Made in Beautiful, Olivier Arteau dit souhaiter s’éloigner du cynisme et célébrer les batailles menées par les Québécois, mais en même temps «souligner une perte de rêve collectif…»

«On dirait qu’il n’y a jamais de bonne réponse par rapport au nationalisme, estime-t-il. Il peut être dangereux comme il peut être extrêmement riche et enthousiasmant. Le show ne donne pas de réponse. Après, ce sont les discussions entre les générations qui vont être les plus pertinentes. Si ça peut créer un dialogue et un brassage d’idées, ça aura été une petite victoire.»

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Quoi : Made in Beautiful (Belle province)

Texte en mise en scène : Olivier Arteau

Texte et distribution : Léa Aubin, Marie-Josée Bastien, David Bouchard, Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Jonathan Gagnon, Lucie M. Constantineau, Marc-Antoine Marceau, Vincent Roy, Nathalie Séguin

Quand : du 23 janvier au 3 février

Où : Premier Acte

Billets : 27 $

Info. : www.premieracte.ca

Théâtre

Marie-Ginette Guay sur les pas de Madame Thérèse

La comédienne Marie-Ginette Guay n’a jamais voulu quitter la capitale pour exercer son métier à Montréal, ce qui ne l’empêche pas de mener une florissante carrière à la scène, à la télé et au cinéma. Passionnée, emballée à l’idée de côtoyer de jeunes auteurs, elle loue le ciel de pouvoir exercer ce métier dont elle a su toute petite qu’il lui était destiné, elle qui a toujours aimé raconter des histoires. Le Soleil a passé un moment avec elle, à la faveur de la reprise de la pièce Mme G. à La Bordée.

Il était dans l’ordre des choses que Marie-Ginette Guay, une des doyennes de la scène de Québec, se glisse dans la peau de Thérèse Drago, alias Madame Thérèse, figure légendaire des nuits de la capitale, tête dirigeante pendant une trentaine d’années de La Grande Hermine, un endroit fréquenté par des filles de joie. Chacune à leur façon, les deux dames ont contribué à façonner la petite histoire de la ville.

Question de s’imprégner de l’ambiance des lieux, le rendez-vous avec Le Soleil avait été fixé sur les «lieux du crime», avenue Cartier, aujourd’hui le pub Galway. Évidemment, le décor irlandais ne ressemble en rien à celui de l’époque où les péripatéticiennes faisaient les yeux doux aux clients. N’empêche, les souvenirs restent tenaces. Jusqu’à récemment encore, confie une employée, des marins ont débarqué en espérant pouvoir fricoter à l’étage avec les filles de madame Thérèse. Or, la maison n’existe plus depuis… 1994.

Même si elle n’a jamais rencontré celle qu’elle incarne sur la scène de La Bordée, Marie-Ginette Guay s’est sentie investie d’une grande responsabilité à l’égard de ce «personnage mythique», décédé à l’âge de 88 ans, en avril 2016, six mois après la première de la pièce à Premier Acte. Fort de son succès remporté par Mme G. dans le petit théâtre d’une centaine de places, l’auteur Maxime Beauregard--Martin a décidé de remettre ça dans une plus vaste enceinte.

«Quand on a joué la pièce pour la première fois, elle était toujours vivante, confie Marie-Ginette Guay. Elle devait venir la voir, mais d’une fois à l’autre, elle a reporté sa venue. Elle était très malade. Ça me rendait assez nerveuse de savoir qu’elle pourrait être là. C’est quand même une grande responsabilité de personnifier quelqu’un de vivant.»

Théâtre

Robert Lepage présente Quills en France

Deux ans après son passage au Trident, Robert Lepage revêtira à nouveau les habits du Marquis de Sade pour une série de spectacles en sol français de la pièce Quills.

Les 30 et 31 janvier, Lepage montera sur les planches du théâtre national La Comète, à Châlons-en-Champagne, petite ville du département de Marne située à une demi-heure de Reims.

L’acteur et metteur en scène s’installera ensuite pour la première fois, du 6 au 18 février, au Théâtre La Colline, établissement dirigé par Wajdi Mouawad, dans le 20e arrondissement à Paris. Il sera accompagné des comédiens Erika Gagnon, Pierre-Olivier Grondin et Mary-Lee Picknell.

Sur un texte de l’auteur américain Doug Wright qui fait s’opposer censure et liberté d’expression, Quills s’intéresse aux derniers jours du Marquis de Sade, interné à l’asile de Charenton. Un prêtre, l’abbé de Coulmier, tente de réhabiliter le personnage, prisonnier de ses pulsions sexuelles et de ses désirs immoraux.

Selon le site du Théâtre La Colline, Lepage partagera aussi «prochainement» la scène de La Colline avec Wajdi Mouawad, dans la création de Frères, quatrième volet du cycle Domestique initié avec Seuls.

Lepage avait également joué la pièce Quills à Lyon en juin 2016

Par ailleurs, deux autres productions de Lepage et d’Ex Machina poursuivent leur voyage à travers le monde. La pièce 887 tient l’affiche jusqu’au 27 janvier au Centre national des arts d’Ottawa, avant de débarquer à Minneapolis (avril) et Berkeley, en Californie (mai). La face cachée de la lune roulera dans deux villes australiennes (Perth et Adelaïde) et à Auckland, en Nouvelle-Zélande, en février et mars. Lepage et Yves Jacques alternent le rôle dans cette dernière tournée, selon leurs disponibilités.

Théâtre

«Hôtel-Dieu»: résilience, mode d’emploi

CRITIQUE / On a droit à une magnifique leçon de résilience, ces jours-ci, sur la scène des Gros Becs. Avec la pièce de théâtre documentaire Hôtel-Dieu, le collectif Nous sommes ici explore avec cran et beaucoup de sensibilité les thèmes de la souffrance et du deuil.

L’auteur et metteur en scène Alexandre Fecteau les décrit comme des «experts». À part deux participants, ils ne sont pas acteurs (et même ceux-là y sont pour raconter leur histoire et non pour interpréter un personnage). Ils sont animateur, blogueuse, chorégraphe, infirmière, étudiante, improvisateur… Et ils ont tous vu la souffrance et la mort de près. 

L’une a failli y passer quand elle a été frappée par une rare maladie du sang, l’autre a reçu un diagnostic de sclérose en plaques qui a mis un terme à sa carrière de danseuse. L’une a accompagné de nombreux patients en fin de vie alors qu’elle travaillait à l’unité des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec. Les autres ont brusquement perdu une sœur par suicide ou des suites d’une maladie. Ou une fille, morte avant de naître. Ou un fils qui a choisi d’en finir. Ou toute une famille, à laquelle un «expert» ayant grandi chez les Témoins de Jéhovah a dû renoncer pour vivre son homosexualité. 

Sur la scène des Gros Becs — où le théâtre Périscope version nomade s’est installé pour cause de rénos à son bâtiment — leurs récits se croisent, se rencontrent, s’expriment en mouvements. On pense à ce ballet impliquant une civière et un triporteur en première partie du spectacle. Et à ces histoires de deuil qui s’incarnent par des corps tombés à la renverse, prostrés, déstabilisés ou qui tentent de se relever.

Échange concret

Ces vérités livrées dans une certaine vulnérabilité nous happent de poignante manière. Mais on se surprend souvent aussi à sourire, voire à rire, devant des constats implacables, portés avec un naturel désarmant. Comme quand Ana Maria Pinto, avant de se lancer dans un exercice de vulgarisation de la maladie de sa consœur de scène, tranche avec son accent espagnol que «la sclérose en plaques, c’est d’la marde». Ou que Jacynthe Drapeau, après avoir entendu le bêtisier des pires âneries entendues par des endeuillés, déclare avec justesse qu’«il y a beaucoup de monde qui devrait se fermer la gueule». 

L’échange, déjà lourd de sens, devient encore plus concret après l’entracte, lorsque les spectateurs (une trentaine, environ) sont invités à entrer littéralement dans l’univers des «experts» et à prendre part aux rituels qui les ont réconfortés. Pas de grands symboles, ici, mais des activités bien terre à terre — course à pied, mandalas, conversations avec des étrangers, etc. — qui leur ont fait du bien. L’exercice se déroule derrière des portes closes et est filmé afin de créer en direct un documentaire projeté dans la salle sur écran géant. Et que ceux qui participent aux rituels se rassurent : ils ne manqueront pas la dernière partie du spectacle puisqu’un lien vers ledit film leur sera acheminé. 

Au terme d’une expérience théâtrale intense, on doit lever notre chapeau à ces «experts», complètement investis dans cette rencontre. Du partage sans pudeur de leur histoire à la communion qu’ils réussissent à créer avec le public (ç’a été le cas lors de la première de mardi), ils se prêtent au jeu avec une ouverture, une générosité et un courage qui forcent l’admiration. 

Le spectacle Hôtel-Dieu est présenté aux Gros Becs jusqu’au 3 février.

Théâtre

Quand la pluie s’arrêtera: de déclin et d’espoir

L’année 2018 commence au Trident dans un parfum d’apocalypse avec Quand la pluie s’arrêtera de l’Australien Andrew Bovell. Dans cette fresque familiale sur fond de changements climatiques, la fin semble proche. Mais l’espoir lui, n’est pas encore éteint, promet Frédéric Blanchette, qui en signe la traduction et la mise en scène.

Dans cette saga déployée entre 1959 et 2039, Andrew Bovell, qui a notamment coscénarisé le film Strictly Ballroom de Baz Luhrmann, dresse un sombre constat sur l’état de la planète. Mais il n’entre pas dans le sujet avec ses gros sabots. C’est justement ce qui a poussé Frédéric Blanchette à plonger dans cet ambitieux projet, porté par une dizaine d’acteurs. 

«C’est la première grande pièce environnementale que j’ai lue. Je trouve qu’on y parle d’environnement, mais sans en faire une conférence, sans être moraliste», détaille le traducteur et metteur en scène.

«Dans cette pièce, il y a des pères absents, des mères qui ne voulaient pas être mère, reprend-il. Il y a des gens qui quittent, des gens qui font des choses abominables à la génération qui les suit. Et tout ça, dans la pensée de l’auteur, ce sont des métaphores de climat et d’environnement. C’est de dire : “dans quel état on laisse la planète qu’on a habitée et qu’est-ce qu’on donne à ceux qui nous suivent?”»

Théâtre

Hôtel-Dieu, un théâtre de survivants

Souffrance. Deuil. Rituels. Trois mots lourds de sens ont guidé la création d’Hôtel-Dieu, la nouvelle pièce documentaire d’Alexandre Fecteau et du collectif Nous sommes ici. Un «spectacle de survivants», selon l’auteur et metteur en scène, qui braque les projecteurs sur des humains qui ont vécu de près la douleur et la mort… Et qui ont trouvé le moyen de poursuivre leur chemin.

Le Soleil s’est invité à une répétition d’Hôtel-Dieu en début de semaine. Sur la scène des Gros Becs (que le Périscope emprunte pour cause de travaux à son théâtre), trois femmes partageaient leur expérience dans un chassé-croisé de récits et une sorte de ballet impliquant une civière et un triporteur. L’une, Jacynthe Drapeau, a accompagné de nombreux patients en fin de vie à titre d’infirmière à l’unité des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec. Une autre, Ana Maria Pinto, a frôlé la mort lorsqu’elle a été frappée par une rare maladie du sang. La troisième, Chantal Bonneville, voit sa mobilité s’effriter depuis qu’elle a reçu un diagnostic de sclérose en plaques et elle a dû renoncer à sa carrière de danseuse. 

Elles incarnent le volet «souffrance» du spectacle. D’autres gens suivront pour parler de deuil : les frères de femmes emportées trop tôt par le suicide ou la maladie; une mère qui a dû accoucher d’un enfant mort-né; un fils contraint de quitter sa famille pour pouvoir vivre son homosexualité. Ils se racontent dans leurs mots, recueillis puis retricotés par Alexandre Fecteau, qui utilise le terme «experts» pour décrire les non-acteurs qu’il dirige. 

«Ils ont une expertise, ils ont un vécu, explique-t-il. Un acteur professionnel aurait pu prendre leurs mots, mais il y a quelque chose qui se serait perdu. C’est dans leur présence. Ça fait qu’on a une rencontre réelle avec cette souffrance-là, parce que la personne est devant nous.»

Pesant, tout ça? Pas tant, promet le metteur en scène. Parce que l’humour — même si c’est de «l’humour de salon funéraire»… — s’invite dans les confidences. Et parce que les «experts» ont assez de recul pour raconter leur histoire. «C’est un spectacle de survivants. On est dans l’espoir», tranche-t-il. 

Moments d’humanité

Alexandre Fecteau dit avoir trouvé l’inspiration pour créer un spectacle autour de la souffrance en discutant avec son amie Jacynthe Drapeau, l’infirmière dont on vous parlait plus haut. «Elle me partageait comment elle vivait des moments d’une humanité tellement forte. Ça m’a beaucoup interpellé», évoque celui qui a, lors d’une deuxième étape de travail, laissé l’idée du deuil s’inviter dans le spectacle. Parce que le thème, si près de celui de la souffrance, «flottait comme un nuage noir». 

S’est finalement imposé un troisième volet, consacré aux rituels qui aident à surmonter les épreuves ou à leur donner un sens. «Je voulais aller piger dans toutes sortes de cultures. Parce que je trouve qu’il y a un vide immense, probablement laissé par notre rejet de la religion», explique Alexandre Fecteau, précisant du même souffle que cette idée n’avait pas tellement «résonné» auprès de ses «experts».

«On est donc allé vers une définition beaucoup plus large du rituel, reprend-il. C’est-à-dire toute action concrète qui les a aidés à passer à travers les épreuves, à se sortir de leur détresse, à mieux vivre, à être heureux. On est dans des choses simples, qu’on a expérimentées tous ensemble et qui nous ont fait ressentir ce bien-être. On s’est dit que c’est ça qu’il fallait faire vivre au public.»

Course à pied, mandalas, écriture de chansons, danse «libérée»… Voilà quelques rituels à l’honneur dans la dernière partie de la pièce, à laquelle des spectateurs seront invités à participer. La rencontre, filmée et retransmise en direct, se transformera en film documentaire pour le reste de la salle. 

La douleur et la mort sont certes des expériences inévitables… Même si on préfère ne pas trop y penser. Dans l’échange avec des «experts» qui y ont goûté, voilà en somme où Hôtel-Dieu souhaiterait faire œuvre utile. 

«Tout ça fait qu’on vit un moment qui, j’espère, sème des graines, confie Alexandre Fecteau. Soit que c’est hygiénique et que ça nous fait faire du ménage dans notre propre vécu. Soit, si on a vécu moins de choses, ça nous éclaire sur : “ah, ça pourrait se passer comme ça...” C’est l’aspect que j’appelle le “théâtre vaccin”. Ça ne règle pas les affaires, évidemment. Mais peut-être qu’en se posant des questions avant que la chose nous arrive, ça peut faire en sorte qu’on soit un peu moins surpris ou incompétent quand ça va nous arriver…» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Hôtel-Dieu

Quand: 16 janvier au 3 février

Où: Les Gros Becs

Billets: 36 $ (23 $ jusqu’au 15 janvier)

Info.: www.theatreperiscope.qc.ca

Théâtre

La Jungle de Calais à Londres

LONDRES — Un jeune garçon retrouvé mort sur une route, l’air qui s’emplit peu à peu de fumée, la police qui s’apprête à charger : à Londres, un théâtre recrée le quotidien du camp de migrants de la Jungle de Calais.

«Nous avons voulu retracer la formation de cette microsociété, puis sa destruction», explique à l’AFP Joe Murphy, l’un des deux auteurs de The Jungle, une pièce présentée sur la scène du Young Vic Theater.

Avec son camarade Joe Robertson, âgé de 27 ans comme lui, ils ont découvert en 2015 le camp, installé dans la ville côtière du nord de la France. Ils y ont créé le Théâtre du Possible (The Good Chance Theater) sous un dôme géodésique racheté d’occasion et invité les migrants à se produire lors de performances nocturnes ouvertes à tous.

Trois d’entre eux participent à leur dernière création, qui dévoile des tranches de vie de ces hommes et femmes qui cherchaient à tout prix un moyen de passer au Royaume-Uni.

Au total, 33 migrants ont perdu la vie en 2015 et 2016 à proximité du camp, le plus souvent percutés par des véhicules lorsqu’ils tentaient de pénétrer dans des camions ou des trains qui devaient traverser le tunnel sous la Manche. Des épisodes douloureux et qui provoquent parfois les larmes, chez les spectateurs comme chez les acteurs.

Espoir et détresse

Très controversé, le camp a souvent été considéré comme le résultat des accords du Touquet de 2003, qui fixent la frontière britannique à Calais, y créant ainsi un goulot d’étranglement pour les émigrés cherchant à traverser la Manche.

Entre espoir et détresse, la pièce montre comment ces milliers de migrants, de nationalités différentes, ont essayé de vivre ensemble. Elle fait également apparaître des volontaires britanniques bien intentionnés mais parfois naïfs, débarquant avec leurs sacs à dos et quelques provisions à partager.

«On a cherché a être aussi honnête que possible sur le rôle qu’on a nous-même joué à Calais, comme sur celui des migrants», dit Joe Robertson.

Ammar Haj Ahmad, un réfugié syrien, joue le personnage central de la pièce.

«Mon rôle, c’est d’inviter les spectateurs à s’exposer, comme moi, à révéler leur vulnérabilité», dit-il. «Derrière les larmes qu’on n’arrive pas toujours à retenir, on regarde les gens dans les yeux pour leur dire “maintenant vous savez!”».

Les auteurs de la pièce se rendront dans le courant du mois de janvier à Paris, pour rouvrir leur Théâtre du Possible. Le chapiteau utilisé à Calais sera cette fois-ci installé à la Porte de la Chapelle, à proximité du «Centre de premier accueil» qui héberge quotidiennement des centaines de demandeurs d’asile. 

Théâtre

Harcèlement sexuel: un théâtre torontois suspend son directeur artistique

TORONTO — Un homme de théâtre canadien qui face à quatre poursuites distinctes pour agressions sexuelles et harcèlement a été relevé de ses fonctions par le conseil d’administration de la compagnie de théâtre qu’il a cofondée à Toronto il y a 20 ans.

La compagnie Soulpepper Theatre a annoncé mercredi que son directeur artistique, Albert Schultz, qui est aussi un acteur sur la scène et à l’écran, avait été suspendu pendant la durée de l’enquête.

La femme de M. Schultz, Leslie Lester, qui agit comme directrice administrative de la compagnie, a accepté de se retirer de ses fonctions le temps de l’enquête, a ajouté le conseil d’administration.

Plus tôt mercredi, l’avocate Alexi Wood avait annoncé que quatre actrices intentaient des poursuites contre la compagnie Soulpepper Theatre et son directeur artistique.

Dans un communiqué, Me Wood a soutenu que Soulpepper Theatre n’avait rien fait pour protéger les plaignantes contre les gestes d’Albert Schultz, âgé de 54 ans. Les actrices ont prévu tenir une conférence de presse jeudi, a-t-elle ajouté.

Les quatre femmes, Patricia Fagan, Hannah Miller, Kristin Booth et Diana Bentley, ont accepté d’être identifiées publiquement.

«M. Schultz a abusé de son pouvoir pendant des années», a indiqué Me Wood dans un communiqué. «Mes clientes ont la ferme intention de leur faire rendre des comptes, lui et la compagnie Soulpepper Theatre. Leurs courageuses poursuites constituent le premier pas en vue de réparer cette incroyable injustice.»

Aucune de ces allégations n’a été prouvée devant un tribunal.

M. Schultz est aussi réalisateur coordonnateur de la série à succès Kim’s Convenience, produite par le privé et diffusée sur les ondes de CBC. Emma Bédard, porte-parole de la télévision publique, a indiqué qu’«à la lumière de ces allégations sérieuses», CBC attend du producteur Thunderbird «qu’il prenne les mesures qui s’imposent afin d’assurer un milieu de travail sécuritaire et respectueux».

Fondée en 1998, la compagnie Soulpepper Theatre est aujourd’hui installée dans le quartier historique de la Distillerie à Toronto, où elle offre aussi des formations pour les aspirants acteurs et artisans de la scène. La compagnie avait révélé en octobre qu’elle rompait tous ses liens avec un vieil ami de la maison, Laszlo Marton, à cause d’allégations de harcèlement sexuel portées contre le metteur en scène hongrois.

Théâtre

Décès de l'homme de théâtre Jacques Lassalle

PARIS — Le dramaturge, metteur en scène et écrivain français Jacques Lassalle, décédé mardi à 81 ans, a marqué la vie théâtrale par son engagement ombrageux au service d’un théâtre épuré jusqu’à «l’essentiel», selon ses propres mots.

Jacques Lassalle, qui a dirigé le Théâtre national de Strasbourg de 1983 à 1990 et la Comédie-Française de 1990 à 1993, est une des grandes figures du théâtre français depuis les années 70.

Très affecté par la mort de sa femme Françoise il y a un an, il avait été hospitalisé récemment et était en maison de repos où «il n’a pas pu retrouver ses forces», a dit son fils Antoine à l’AFP.

Né le 6 juillet 1936 à Clermont-Ferrand, ce provincial gardera toute sa vie une distance vis-à-vis du parisianisme.

Après une formation au Conservatoire et des débuts de comédien, il renonce un temps au théâtre pour gagner sa vie comme professeur à l’université.

En 1966, il fonde le Studio Théâtre de Vitry, en région parisienne, où il présente des grands classiques : Comme il vous plaira de Shakespeare, Marivaux, Goldoni, Molière... et installe un style de mise en scène.

«Je crois qu’un spectacle, une mise en scène, c’est une politique du retranchement. On dénude, on retire, jusqu’à ce peu, ce presque rien, l’essentiel étant dans le presque», disait-il.

Classiques et modernes

Dans les années 70 et 80, il alterne classiques et modernes (Milan Kundera, Michel Vinaver) et propose sa première mise en scène à la Comédie-Française (La Locandiera de Goldoni).

En 1983, nommé directeur du Théâtre National de Strasbourg, il frappe un grand coup en créant Tartuffe avec Gérard Depardieu. Il reste au TNS jusqu’à sa nomination à la Comédie-Française en 1990 pour trois ans.

Sa mise en scène d’Andromaque au Festival d’Avignon en 1994 est mal accueillie et le metteur en scène s’en prend violemment à la critique, allant jusqu’à annoncer qu’il arrête le théâtre. Mais la passion est trop forte et il n’en sera rien. Il monte La Cerisaie à Oslo en 1995 et il enchaîne avec des classiques (Shakespeare, Pirandello, Labiche...) et des contemporains (l’auteur norvégien Jon Fosse notamment). Il a également beaucoup travaillé avec le théâtre national de Varsovie.

Il devait proposer à la Comédie-Française La cruche cassée de Kleist en avril 2017 mais avait dû renoncer, très atteint par le décès de sa femme, épousée en 1958 et dont il a eu trois enfants.

Retour sur 2017

Les grands disparus du théâtre et de la danse

À l’instar de l’année 2016, 2017 a été marquée par la perte de plusieurs grands noms de la colonie artistique. Voici quelques-uns de ceux à qui nous avons dit au revoir au cours des derniers mois, mais dont nous n'oublieront pas le talent.

- Paul Hébert, 20 avril, 92 ans

Doyen des comédiens de la capitale, Paul Hébert a incarné au fil d’une riche carrière d’innombrables personnages sur les planches (dont Don Quichotte dans l’adaptation de Jean-Pierre Ronfard, Prospero dans La tempête de Shakespeare mise en scène par Robert Lepage ou Tcheboutykine dans Les trois sœurs de Tchekhov, sous la direction de Wajdi Mouawad) et au petit écran (Sous le signe du lion, Le paradis terrestre, Race de monde, Cormoran ou Le temps d’une paix). Au cinéma, il a tenu des rôles dans des films de Gilles Carle (La vie heureuse de Léopold Z), Francis Mankiewicz (Les beaux souvenirs), Yves Simoneau (Les fous de Bassan) et Robert Lepage (Le confessionnal). Entre les années 50 et 80 il a posé les assises de plusieurs théâtres québécois, notamment celles du Trident, dont il a été le premier directeur artistique en 1970. Comme pédagogue, Paul Hébert a enseigné à l’École nationale de théâtre puis dirigé les conservatoires d’art dramatique de Montréal et de Québec. 

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- Réjean Ducharme, 21 août, 76 ans 

Romancier, dramaturge, scénariste, parolier et sculpteur, l’énigmatique Réjean Ducharme s’est éteint après avoir marqué la scène culturelle québécoise tout en cultivant le plus strict anonymat. L’écrivain a connu un succès monstre à 25 ans avec son premier roman, L’avalée des avalés, publié en France chez Gallimard, nommé en 1966 pour le prix Goncourt et récompensé d’un prix du Gouverneur général. On lui doit des romans comme Le Nez qui voque, L’Océantume, L’hiver de force et Les enfantômes. Parmi ses œuvres théâtrales, citons Le Cid maghané, Le Marquis qui perdit, Inès Pérée et Inat Tendu ou Ha ha!... Comme parolier, Réjean Ducharme a pu entendre ses mots dans la bouche de Robert Charlebois et de Pauline Julien. Au cinéma, il a signé le scénario des films Les bons débarras et Les beaux souvenirs de Francis Mankiewicz. Sous le pseudonyme de Roch Plante, Réjean Ducharme créait aussi des sculptures baptisées «trophoux». Son seul lien avec le public et l’industrie, sa femme Claire Richard, est décédée l’an dernier. Il était atteint d’un cancer.

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- Trisha Brown, 18 mars, 80 ans

Danseuse et chorégraphe américaine, Trisha Brown est l’une des figures marquantes du courant post-moderne. Elle rejette l’idée de la scène et apporte la danse dans des endroits insolites comme les rues ou les toits d’édifices. En 1970, elle fonde sa propre compagnie, la Trisha Brown Dance Company qui existe toujours à New York. Son travail est teinté d’expérimentation et d’improvisation, ainsi que de collaborations étroites avec les grands noms des arts visuels. Elle introduit la danse dans les musées et s’adonne elle-même à la peinture et au dessin. Au cours de sa carrière, elle a créé plus de 100 chorégraphies. Comme danseuse, elle se  retire de la scène en 2008. Daphné Bédard

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- Vincent Warren, 25 octobre, 79 ans

Né à Jacksonville, aux États-Unis, Vincent Warren est recruté à 22 ans par Ludmilla Chriaeff pour venir danser à Montréal avec Les Grands Ballets Canadiens. Charismatique et populaire auprès du public, il devient quatre ans plus tard Premier danseur de la troupe. Il restera toujours proche de la compagnie et de l’École supérieure de ballet du Québec, où il enseigne l’histoire de la danse et fonde la Bibliothèque de la danse, qui contient plus de 27 000 documents et porte aujourd’hui son nom. En mai, il recevait l’Ordre des arts et des lettres du Québec. L’an dernier sortait le documentaire Un homme de danse réalisé par Marie Brodeur, qui retrace son parcours. 

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SANS OUBLIER

- Janine Charrat, 29 août, 93 ans