Théâtre

Paris: le théâtre impérial de Fontainebleau renaît après 140 ans

FONTAINEBLEAU — Le théâtre de Napoléon III au château de Fontainebleau, près de Paris, bijou précieux et symbole du raffinement bourgeois du Second Empire, rouvre à l’identique après 140 ans d’oubli et 12 ans de travaux, grâce à un chèque de 10 millions d’euros (plus de 15 millions $CAN) d’Abou Dhabi.

Soieries capitonnées, moquettes fleuries, ornements peints ou en carton-pierre doré, lustres et lampes, lourds drapés bleutés des rideaux de scène: tout dans ce théâtre et jusque dans les boudoirs, escaliers, vestibules qui l’entourent, donne l’impression d’un écrin préservé pour une époque douillette, luxueuse. Au moins pour l’aristocratie de cour...

Le 27 avril 2007, un projet de restauration étonnant voyait le jour. Cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane, président des Émirats arabes unis, émerveillé par le spectacle de ce théâtre à l’abandon, signait un chèque devant le ministre de la Culture d’alors Renaud Donnedieu de Vabres. Le théâtre de Napoléon III était rebaptisé dans la foulée à son nom.

Douze ans plus tard, le ministre de la Culture Franck Riester et le président du château de Fontainebleau, Jean-François Hébert viennent rouvrir le théâtre situé dans l’aile Louis XV, en présence du chef de la diplomatie des Émirats, Abdallah ben Zayed Al-Nahyane.

Le cheikh est venu voir si le mécénat d’Abou Dhabi a bien restauré ce «bijou» et constater que tout y fonctionne dans les moindres détails. Une certaine tension était palpable dans les derniers préparatifs à la veille du passage du grand mécène arabe.

«Tombé dans l’oubli, ce théâtre était dans un état presque parfait» quand il fut redécouvert, rappelle Jean-François Hébert. C’est d’abord que, sitôt construit, il n’avait été pratiquement pas utilisé - il aurait fonctionné une dizaine de fois entre 1857 et 1868 pour des spectacles devant quelque 400 courtisans.

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Théâtre

Le comédien Mark Rylance quitte la Royal Shakespeare Company, refusant le mécenat de BP

LONDRES — Le comédien britannique Mark Rylance a annoncé vendredi quitter la Royal Shakespeare Company (RSC) pour s’opposer au mécénat de la compagnie pétrolière BP.

«J’ai informé la RSC que je pensais devoir démissionner, car je ne souhaite pas être associé à BP, comme je ne souhaiterais pas l’être à un marchand d’armes, un vendeur de tabac ou toute personne qui détruit délibérément la vie de personnes vivantes et à naître. William Shakespeare ne le voudrait pas non plus, je crois», écrit M. Rylance, considéré comme l’un des plus talentueux comédiens britanniques de sa génération, dans le quotidien The Guardian.

Il a expliqué que son opposition exprimée de longue date au mécénat de BP n’avait rien changé à la position de la direction de la prestigieuse compagnie théâtrale basée à Stratford-Upon-Avon, ville natale de William Shakespeare.

Évoquant les grèves dans les écoles pour protester contre l’inaction face au changement climatique, le comédien ajoute : «Je suis sûr que la RSC veut être du côté des jeunes qui changent le monde, pas des entreprises qui détruisent le monde?»

La RSC s’est dit «attristée» par la décision de Mark Rylance. «Nous reconnaissons l’importance d’un débat vigoureux et engagé pour prendre ces décisions, en particulier à la lumière de l’urgence environnementale et climatique établie», a ajouté la compagnie.

De son côté, BP a refusé de commenter et précisé que son soutien financier permettait d’offrir environ 10 000 billets bon marché à des jeunes chaque année.

La décision de Mark Rylance fait suite à des manifestations d’artistes et de militants environnementaux contre les liens entre BP ou d’autres compagnies pétrolières et des institutions culturelles britanniques comme la National Portrait Gallery, le Royal Opera House ou le British Museum.

«Il n’y a aucune raison de promouvoir l’une des sociétés de combustibles fossiles les plus destructrices au monde en pleine crise climatique», a déclaré Jess Worth, du mouvement Culture Unstained, au Guardian.

«Au moment où des acteurs, musiciens, artistes et passionnés de culture manifestent en choeur leur désapprobation, la RSC, la National Portrait Gallery, le Royal Opera House et le British Museum doivent agir rapidement pour mettre fin à leurs contrats de mécénat, sinon leur réputation en pâtira», a-t-elle ajouté.

Théâtre

Carrefour international de théâtre: un 20e qui sourit

Un parcours «Où tu vas quand tu dors en marchant…?» renouvelé et qui a encore fait courir les foules, une programmation en salles qui a enfin pu se déployer dans son entièreté... Le chiffre 20 semble avoir porté chance au Carrefour international de théâtre, qui s’est terminé le 8 juin.

L’année dernière, la crainte de manifestations en marge du Sommet du G7 a poussé le Grand Théâtre à tirer le tapis sous les pieds — ou plutôt les mains… — du spectacle Cold Blood de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael. Précédemment, la pièce Murmures des murs de Victoria Thiérrée a été frappée de malchance deux années consécutives.

Théâtre

«Hadestown» et «The Ferryman» grands vainqueurs des Tony Awards

NEW YORK — «Hadestown», comédie musicale librement inspirée de la mythologie grecque, et «The Ferryman», pièce de théâtre sur le conflit en Irlande du Nord, ont été les grands vainqueurs des Tony Awards dimanche, les récompenses annuelles de Broadway.

Hadestown partait grand favori de ces 73es Tony avec 14 nominations et huit récompenses au final, dont celle de meilleure comédie musicale.

Le spectacle, version très moderne du mythe d’Orphée et Eurydice, aux sonorités folk et jazz, est arrivé à Broadway en avril après un parcours de 13 ans inhabituel pour les grandes productions de Broadway.

Après avoir démarré comme un spectacle chanté, sans chorégraphie, présenté dans le Vermont dès 2006, il est devenu un album à succès puis un spectacle off-Broadway, passé par Londres et le Canada.

«Si Hadestown a un message, c’est que le changement est possible, qu’après des périodes noires, le printemps va revenir», a souligné la productrice Mara Isaacs en recevant son trophée.

The Ferryman, pièce de Jez Butterworth née à Londres en 2017, était également parmi les grands favoris cette année avec neuf nominations et au final quatre Tony, dont celui de meilleure pièce.

Mise en scène par Sam Mendes - sacré meilleur metteur en scène -, elle raconte, avec beaucoup d’humour et d’entrain, l’histoire tragique d’une disparition dans l’Irlande du Nord de 1981, en pleine grève de la faim du militant républicain Bobby Sands.

Dans une période où l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, use de tactiques troublantes et Margaret Thatcher affiche son inflexibilité légendaire, les secrets d’une famille de la campagne, pleine de personnages hauts en couleur (21 acteurs au total, dont un bébé et une oie en chair et en os) vont progressivement se révéler.

Bryan Cranston récompensé

Théâtre

Neuf (titre provisoire) : la mort leur va si bien

CRITIQUE / Rire du temps qui passe, faire un pied de nez à la vieillesse, envoyer paître ses angoisses, se moquer de ses défaites et «de la mort qui est tout au bout», comme chantait Brel. De tout cela, et plus encore au rayon existentiel, il est question dans la pièce Neuf (titre provisoire), où Mani Soleymanlou fait tourner sa dramaturgie dans un surprenant manège d’émotions.

Woody Allen, passé maître dans l’art de parler de la Grande faucheuse, a dit qu’il n’avait pas peur de la mort, c’est juste qu’il ne voulait pas être là quand elle arrivera. Les cinq personnages réunis pour l’enterrement d’un collègue et ami, ont préféré l’affronter à visière levée, avec en main le texte inédit légué par le défunt, qu’ils garderont en main du début à la fin.

Dans un décor dépouillé — une croix géante aux couleurs changeantes, un cercueil, une table, quelques chaises —Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani —se livrent à une série de réflexions sur leur propre vécu, entre fiction et réalité, le spectateur ne sachant trop si c’est le personnage qui parle ou le comédien lui-même. Qu’importe, au final, le résultat est tragiquement drôle et drôlement tragique.

Tour à tour, les comédiens confient leurs états d’âme, leurs angoisses, leurs frustrations, leurs idéaux perdus. Voyant leur jeunesse s’éloigner dans le rétroviseur, ils revisitent des moments historiques qu’ils ont vécus, comme le Samedi de la matraque ou les deux référendums. Ils évoquent le décès de leurs propres parents et la leur, inévitable, bien entendu, tous baby-boomers qu’ils sont.

Or, malgré ce qu’on pourrait croire à première vue, Neuf (titre provisoire) n’a rien d’une pénible descente dans l’enfer de la morosité, au contraire. À de saines réflexions sur le sens à donner à notre bref passage sur Terre, Soleymanlou ajoute de désopilants segments qui font crouler de rire l’assistance.

Fort de son inimitable voix criarde et de ses mimiques, Pierre Lebeau s’en donne à cœur joie, exprimant son ras-le-bol (le mot est faible) face aux émissions de cuisine qui ont remplacé la culture et à la langue de Fred Pellerin, «le père Gédéon des jeunes». Même Éric Salvail n’échappe pas à son courroux.

C’est sans compter Marc Messier qui, debout derrière le cercueil, décrit le déclin physique lié au vieillissement, «l’antichambre de la décrépitude», où il est question de virilité masculine possible à son âge «si t’es pas trop pressé et bien entouré», du dentier qui rit de son propriétaire, dans un verre d’eau, à côté du lit. Fous rires garantis.

Cette veillée funèbre atypique est agrémentée d’extraits musicaux souvent déconcertants, qui vont de Zorba le Grec à Forever Young d’Alphaville et Eye in the Sky d’Alan Parsons, en passant par des chants grégoriens et My Heart Will Go On, de Céline Dion, rien de moins. 

Puisque la seule certitude de la vie est la mort, autant s’arrêter un moment pour en rire. Et réfléchir aussi à la façon dont on veut vivre le temps qu’il nous reste. Le propos de Soleymanlou atteint parfaitement cet objectif .

Neuf (titre provisoire) est présentée à nouveau samedi, à 16h, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre

Théâtre

«Hidden Paradise»: ingérer l’absurdité fiscale

CRITIQUE / «Hidden Paradise» est une performance alliant danse et parole pour énoncer, répéter, voire ingérer une vulgarisation de l’effet des paradis fiscaux sur notre société. Reprenant de plusieurs manières une entrevue radiophonique, Alix Dufresne et Marc Béland donnent corps à l’injuste et profonde absurdité de l’évasion fiscale.

En écoutant l’économiste et philosophe Alain Deneault exposer en quelques minutes les conséquences de l’évasion fiscale sur nos vies quotidiennes sur les ondes de la Première chaîne, l’ampleur de la supercherie nous ébahit.

Tant d’argent, de millions voire de milliards, qui glissent hors du pays grâce aux stratégies des banques, à qui on demande de faire respecter les règles qu’elles enfreignent à dessein… La situation est tellement absurde qu’elle donne envie de rire, alors qu’à l’intérieur de nous quelque chose se tord un peu plus, et que le cynisme et l’impuissance nous gagnent.

Expérience singulière

Alix Dufresne et Marc Béland, de chaque côté des haut-parleurs et du système de son, écoutent attentivement l’entrevue, en laissant transparaitre par moments de légers signes d’agacement. Ils ont auparavant planté leur décor : un tapis de linoléum beige trop petit pour couvrir le rectangle pointillé dessiné au sol. 

Sitôt l’écoute terminée, les deux interprètes reprennent à leur compte les répliques échangées pendant l’entrevue. Sauf qu’ils s’exécutent en effectuant des portées, en roulant au sol, mains entre les jambes, alors que les pieds de Dufresne enserrent la tête de Béland, comme un engrenage. L’effet est absurde, d’autant plus que les mots sont prononcés avec le plus grand sérieux, sauf pour de légères accentuations de l’intonation et des pauses bien placées, question d’apprécier le comique de leurs positions. 

Ils recommenceront l’exercice en déboulant les répliques à très grande vitesse face au public, ployés sous l’effort et essoufflés, à un débit tel qu’il suscitera les applaudissements spontanés du public à la fin de la performance. 

Puis, alors que Béland, muet hormis quelques soupirs, refusera de dire les répliques de Deneault, celles de Bazzo, dites lentement par Dufresne, résonneront dans le vide. Que des bruits de grincements, presque de criquets, pour toute réponse. 

Répéter des vérités, surtout si le discours ne semble pas avoir d’effet, lasse et essouffle. Même si les paradis fiscaux ne sont pas nouveaux et pèsent de plus en plus lourdement sur les sociétés, qui se dotent de politiques d’austérité plutôt que d’aller récupérer leur dû, l’impuissance nous paralyse.

Le manège sera repris, en cercle, sans paroles, sourire jusqu’aux oreilles. Le duo arrachera ses poches pour s’en faire des barbes et des chapeaux mollassons. Puis avec la plus grande lenteur, jusqu’à l’inintelligible et l’inconcevable, alors que Béland semble confier le discours de Deneault à ses organes, à ses muscles, à son corps en ébullition, tordu et haletant.

L’expérience est singulière, incongrue, mais aussi étrangement jubilatoire par moments. 

Hidden Paradise, vu mercredi, sera de nouveau présenté jeudi à 21h au Périscope.

Théâtre

«Pinocchio»: supplices, humour et beauté

CRITIQUE / Le titre «Magie en clair-obscur» a failli se retrouver au-dessus cette critique du «Pinocchio» de Joël Pommerat, qui a pris l’affiche à La Bordée mercredi. C’était avant de réaliser que c’est exactement celui qui coiffait la recension de sa relecture de «Cendrillon», présentée il y a trois ans au Carrefour international de théâtre. Si sa version toute en contrastes des (més)aventures du pantin qui voulait devenir humain s’avère nettement plus sombre, le lien de parenté entre les deux œuvres — dans leur justesse, leur beauté et leur ingéniosité — est indéniable.

En prenant le conte de Carlo Collodi avec un pas de côté, l’auteur et metteur en scène français propose une poétique réflexion sur l’humanité : celle qu’on acquiert, mais celle qu’on peut perdre. La directrice artistique du Carrefour, Marie Gignac, nous avait annoncé un spectacle «lumineux comme un diamant noir». Force est d’admettre qu’elle n’avait pas menti. 

Comme dans l’histoire originale, le Pinocchio de Pommerat est sculpté dans un morceau de bois par un vieil homme solitaire, qui n’a jamais eu d’enfant. Mais avant même d’avoir trouvé sa forme finale, on sent que le pantin sera fort en gueule : la bûche se plaint avec vigueur sous les coups de scie à chaîne, la marionnette en devenir donne des ordres à son artisan. Et ça ne s’améliorera pas une fois l’assemblage terminé, alors qu’on découvre un «fils» candide et influençable, mais aussi paresseux, cupide, égoïste et insolent devant un père prêt à tous les sacrifices pour lui. Chapeau à l’actrice Myriam Assouline, qui insuffle une irrésistible gouaille au personnage. 

S’égarant volontairement sur le chemin de l’école, Pinocchio ne tarde pas à se mettre dans le pétrin, lui qui n’a pas appris à réfléchir. Et quand voleurs, escrocs, tyrans et tueurs rôdent aux alentours, disons que notre pantin paiera cher les leçons apprises. Heureusement que sa spectaculaire fée veille au grain...

Sans complaisance

S’il s’adresse à des spectateurs âgés de huit ans et plus, Joël Pommerat ne joue pas de complaisance et n’hésite pas à exploiter la noirceur et la violence du conte. Certains segments dans lesquels Pinocchio se fait malmener ont de quoi effrayer un peu les plus jeunes. Mais c’est contrebalancé avec beaucoup d’humour, d’ironie et d’intelligence.

Le spectacle se déploie dans un magnifique écrin fait de clairs-obscurs. La Compagnie Louis Brouillard réussit encore à créer de la magie en faisant bon usage de moments où la salle est plongée dans le noir complet pour complètement transformer le décor en quelques secondes. Voiles, écrans de fumée, éclairages tamisés ou recréant à eux seuls des environnements distincts… Tout est mis en place pour nous plonger dans une atmosphère un peu décalée, pas trop loin d’un étrange cabaret mené par un maître de cérémonie s’adressant directement au public. 

De sa voix profonde, Pierre-Yves Chapalain captive autant dans ce rôle de narrateur bienveillant que dans les multiples personnages secondaires beaucoup moins sympathiques qu’il est appelé à interpréter : escroc, juge injuste, bourreau d’âne… Et que dire de ce «doux» meurtrier cagoulé à la manière du Ku Klux Klan? Du bonbon!

La pièce Pinocchio est présentée jusqu’à samedi à La Bordée.

Arts

Lutte, cirque et «Les sept branches de la rivière Ota» au Diamant

Les têtes pensantes du Diamant ont enfin dévoilé, mercredi. un aperçu de leur saison inaugurale: Robert Lepage reprend «Les sept branches de la rivière Ota», Flip Fabrique présente sa nouvelle création en première nord-américaine, la North Shore Pro Wrestling tient un gala de lutte professionnelle... Un amalgame de formes scéniques événementielles qui devrait continuer de s’enrichir dans la programmation à venir, promet le directeur général Bernard Gilbert.

Il semblait tout naturel d’ouvrir le bal avec une création d’Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, qui est l’initiateur du projet. Du 7 au 15 septembre, on pourra voir une nouvelle mouture de la création-fleuve de sept heures Les sept branches de la rivière Ota, créée il y a un quart de siècle. Près de 75 ans après le bombardement d’Hiroshima, le spectacle est un peu une manière de commémorer ce triste évènement. «Je voulais rappeler que les peuples avancent et perdent la mémoire», a souligné M. Lepage.

Théâtre

Le Prix Paul-Hébert à Marianne Marceau

Pour le personnage qu’elle a défendu dans la pièce «Christine, la reine-garçon» de Michel Marc Bouchard, la comédienne Marianne Marceau a reçu le 4 juin le prix Paul-Hébert, remis chaque année à un interprète s’étant illustré dans un premier rôle. Le travail de la scénographe Marie-Renée Bourget Harvey et du concepteur de costumes Sébastien Dionne sur le même spectacle présenté à La Bordée dans une mise en scène de Marie-Josée Bastien a aussi été récompensé lors de la remise des Prix Théâtre.

La comédienne Sarah Villeneuve-Desjardins a retenu l’attention du jury pour son incarnation de la mère dans The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay, aussi à La Bordée, dans une mise en scène Patric Saucier. Sa chantante prestation sur échasses lui a valu le Prix Janine-Angers, remis à un interprète dans un rôle de soutien.

Théâtre

«Tous des oiseaux»: le marathon-choc de Wajdi Mouawad

CRITIQUE / Chaque Carrefour de théâtre de Québec, ou presque, propose sa représentation marathon. Rappelons les inoubliables «Lipsynch» de Lepage, les «Tragédies romaines» d’Ivo van Hove, voire les deux trilogies de Wajdi Mouawad («Le sang des promesses», «Des femmes»). Le doué dramaturge était de retour dans la capitale lundi soir pour l’unique représentation de «Tous des oiseaux», une pièce-choc qui s’inspire du conflit israélo-palestinien pour continuer l’exploration des thèmes familiers à l’auteur d’Incendies.

On mentionne la pièce à dessein, mais cette nouvelle œuvre de quatre heures, basée sur la quête du père, est plus proche de Littoral (présentée avec Incendies et Forêt au Carrefour en 2010). Poursuivant sa réflexion sur la question identitaire, Mouawad jette aussi dans sa marmite bouillonnante de crises existentielles de grandes tasses de guerre de religion, de race, de secrets familiaux, de filiation… Un mélange explosif qui se révèle pourtant plus cérébral qu’émotif (et rate ainsi de peu le centre de la cible).

Le créateur n’a pas complètement gommé son aspect abrasif — certains monologues déferlent avec fracas de la scène vers la salle. Mais il semble (un peu) plus apaisé, proposant, à la clé, un espoir de rédemption qui passe par l’amour (avec un clin d’œil à la conclusion du monumental film Interstellaire (2014) de Christopher Nolan).

Tous des oiseaux met d’abord en scène les New-Yorkais Eitan (Jérémie Galiana), jeune scientifique juif, et Wahida, doctorante arabe d’une fabuleuse beauté interprétée par Nelly Lawson (dont le jeu inégal s’est avéré une source d’agacement). Ses recherches sur Léon l’Africain servent de pilier aux dilemmes qu’affrontent les protagonistes.

Cet amour (impossible), dont les deux années de bonheur sont résumées de magistrale façon, provoquera un épouvantable conflit entre le fils et son père David (Raphael Weinstock), un homme borné, raciste et colérique.

Cet antagonisme pousse le couple du côté de Jérusalem où un attentat laisse Eitan entre la vie et la mort. À son chevet, la famille, réunie autour du blessé et de la caustique matriarche Leah (savoureuse Leora Rivlin), va découvrir un terrible secret…