Théâtre

L’identité sous la loupe du théâtre de La Bordée

L’identité et le changement. Voilà les deux pôles qui ont guidé Michel Nadeau dans l’élaboration de la programmation de la prochaine saison de La Bordée, qu’il a voulue bien ancrée dans l’actualité. Survol avec le directeur artistique de ce qui attend le public du théâtre de la rue Saint-Joseph dès septembre.

1. La réunification des deux Corées

Théâtre

Le théâtre debout de Steve Gagnon

Il y a 10 ans, Steve Gagnon posait les bases d’une trilogie théâtrale et poétique foisonnante de questions sur le début de l’âge adulte. Après deux pièces portées en duo avec des actrices, l’auteur et comédien boucle son cycle (presque!) en tête-à-tête avec le public dans «Os, La montagne blanche», un spectacle hybride où la notion de se tenir debout s’impose sur la forme comme sur le fond.

Dans La montagne rouge (SANG), Steve Gagnon abordait la peine d’une femme après la mort de son amoureux. Il était encore question de perte dans Ventre, qui décrivait un couple brisé par une trahison. Dans Os, le deuil est une nouvelle fois au rendez-vous, alors que l’auteur se glisse dans la peau d’un archéologue qui vient de perdre sa mère et qui ira chercher ses repères en Colombie. Le spectacle vient clore la saison nomade du Périscope et s’installe dès le 24 avril à la Maison pour la danse.

Théâtre

Carrefour international de théâtre: l’art au creux de la main

Ce n’est pas une coïncidence si l’image d’une main touchant les nuages orne le programme du 19e Carrefour international de théâtre, qui se déroulera du 22 mai au 8 juin. «Je me suis rendu compte qu’elles avaient beaucoup d’importance dans plusieurs des spectacles, explique la directrice artistique Marie Gignac. Avec les mains, on donne et on reçoit. On offre quelque chose pour prendre quelque chose… C’est un peu ce qui sous-tend les propos du festival.»

Le Carrefour s’ouvrira à La Bordée (22 et 23 mai) sous les bons soins du Suisse Martin Schick, qui offre avec Halfbreadtechnique ce que Marie Gignac décrit comme un «petit traité de générosité appliquée». Lors de cette rencontre, l’interprète partagera tout avec son public : un sandwich, son espace de jeu, son cachet, etc. 

Théâtre

Échos des émeutes de la conscription en marge du Carrefour de théâtre

EXCLUSIF / En 1918, la capitale a été secouée par des manifestations contre la conscription. Quatre personnes — dont un adolescent de 14 ans — sont même tombées sous les balles des soldats qui tentaient de mater le soulèvement populaire. Cent ans plus tard, le Trident fera écho à ces émeutes en marge du Carrefour international de théâtre en présentant une mise en lecture de la pièce Québec, Printemps 1918 de Jean Provencher et Gilles Lachance.

Porté par une imposante distribution rassemblant 24 interprètes, le projet est piloté par la comédienne et metteure en scène Lorraine Côté. La mise en lecture aura à la place de l’Université-du-Québec, le 27 mai à 14h. En cas de mauvais temps, l’activité sera présentée au Zinc, le bar éphémère du Carrefour de théâtre. 

«On est super content d’offrir ça gratuitement au grand public. C’est une production qui avait été présentée au Trident dans le temps de Paul Hébert et à laquelle Jean Provencher avait beaucoup travaillé», note la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, à propos de la pièce élaborée à partir de transcriptions de témoignages de la commission d’enquête tenue à Québec au lendemain des émeutes, lors desquelles quatre personnes ont été tuées et 70 blessées lorsque les militaires ont ouvert le feu sur la foule de la Basse-Ville. 

«C’est arrivé pour vrai, c’est arrivé ici. En ces temps de libérations d’oppressions, on trouve que c’est bon de se le rappeler», ajoute Mme Olivier. 

Peut-être une suite…

Lorraine Côté a vu Québec, Printemps 1918 à sa création. «J’avais été complètement bouleversée, j’avais adoré ça. À partir de ce moment, je me suis dit qu’il faudrait y revenir un jour», confie celle qui a rassemblé autour du projet des acteurs comme Jack Robitaille, Jacques Leblanc, Patric Saucier, Jean-Michel Déry, Vincent Champoux et Lucien Ratio, notamment. Le metteur en scène Alexandre Fecteau, qui s’est lui aussi montré intéressé au texte, participera ici comme lecteur. 

Théâtre

Tremblay, Dubé et Schmitt à la salle Albert-Rousseau

Les mots de Michel Tremblay, de Marcel Dubé et d’Eric-Emmanuel Schmitt seront à l’honneur dans la prochaine saison théâtrale de la salle Albert-Rousseau.

Après un été sous le signe de la comédie musicale Footloose (adaptée et mise en scène par Serge Postigo), Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin prolongeront la chaude saison en septembre en débarquant à Albert-Rousseau avec Pierre, Jean, Jacques, production estivale du Théâtre du Vieux-Terrebonne. 

La comédie à succès Ladies Night (on parle d’une 100e représentation dans la capitale…) sera de nouveau présentée les 17 et 18 décembre, suivie un mois plus tard de Toc Toc de l’humoriste français Laurent Baffie, puis du Mystère d’Irma Vep, pièce où tous les personnages sont portés par Serge Postigo et Éric Bernier. 

Bilan de Marcel Dubé (dans une mise en scène de Benoît Vermeulen) et Laurel et Hardy de Patrice Dubois et Luc Michaud seront présentés coup sur coup au début février, tandis que mars accueillera L’homme éléphant de Bernard Pomerance, Enfant insignifiant de Michel Tremblay (une adaptation du roman Conversations avec un enfant curieux) et Tanguy, transposition théâtrale du film d’Étienne Chatiliez. 

Fais-toi une belle vie de François Chénier et Le mystère Carmen d’Eric-Emmanuel Schmitt,  — dans lequel l’auteur partage notamment les planches avec la chanteuse Marie-Josée Lord — viendront clore la saison théâtrale de la salle Albert-Rousseau. 

Détails et programmation complète au sallealbertrousseau.com.

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Lucky Lady ou la course de la dernière chance

CRITIQUE / Vingt-trois ans après sa création, «Lucky Lady», de Jean Marc Dalpé, se retrouve de nouveau sur la ligne de départ, cette fois à La Bordée, dans une mise en scène de Patric Saucier. Lancée sur l’air de «Dirty Old Town», l’épopée galopante et tragicomique de cinq marginaux étonne peut-être moins qu’en 1995. Mais portées par une efficace distribution, la précision et la musicalité du texte font toujours leur effet.

Lucky Lady, c’est la course de la dernière chance pour cinq laissés-pour-compte pauvres en moyens, mais qui aspirent à mieux.

Théâtre

«Extras et ordinaires»: petits bonheurs à partager

CRITIQUE / Pour ses 40 ans, Jonathan Gagnon s’était lancé le défi de s’attaquer à un premier spectacle solo. Avec «Extras et ordinaires», qu’il pilote à Premier Acte avec autant d’aplomb que de sensibilité, le comédien peut indéniablement dire mission accomplie.

À la fois drôle et touchante, la pièce du Britannique Duncan Macmillan adaptée ici par Joëlle Bond aborde d’ingénieuse manière le thème du suicide. Sans artifice, Gagnon y campe un homme qui a grandi avec une mère dépressive. Il a sept ans lorsqu’elle tente une première fois de mettre fin à ses jours. Pour essayer de la faire sourire de nouveau, le garçon entreprend alors de dresser la liste des choses qui donnent envie de vivre. Un projet qu’il poursuivra jusqu’à l’âge adulte. Ça va de la crème glacée à se baigner tout nu, de l’odeur des vieux livres aux crêpes au canard laqué à écouter un album pour la première fois. Une liste d’abord naïve qui deviendra vertigineuse dans son accumulation de petits bonheurs. 

Jonathan Gagnon et sa complice Maryse Lapierre, qui signe la mise en scène, n’ont pas menti en utilisant le mot «défi» pour qualifier le projet. Parce qu’au-delà du fait qu’on a affaire à un comédien qui porte fin seul une œuvre théâtrale — ce qui n’est quand même pas rien! —, la nature même de la proposition le force à jouer au maître de jeu avec le public et, du même coup, à parfois sortir de son texte pour s’ajuster aux réactions de ses interlocuteurs.  

Naturel

Difficile de demeurer passif dans cette pièce participative qui prend davantage des allures de rencontre. Disposés en deux arcs de cercle autour de l’aire de jeu, les spectateurs, jamais plongés dans la pénombre, font littéralement partie du spectacle. Certains sont d’emblée appelés à lire un élément de la liste au moment opportun, d’autres à camper momentanément un personnage secondaire : le vétérinaire avec qui Jonathan a son premier contact avec la mort lors de l’euthanasie de son chien (un dénommé Jean Chréchien), son père, une psychologue en milieu scolaire, une amoureuse. 

Gagnon sélectionne ses volontaires et les guide gentiment — et avec beaucoup de répartie, devons-nous ajouter — dans l’exercice. Avec la bouille et la présence ultra sympathique qu’il a, ce n’est franchement pas facile de lui résister. Que les plus timides se rassurent, personne ne risque gros et on ne cherche pas ici à trouver dans les gradins le dindon de la farce. Bien au contraire. 

On rigole, certes, mais pas au détriment des participants. Plutôt parce que les échanges sont cocasses, qu’une part d’improvisation est incontournable pour l’acteur, que certains spectateurs vont nécessairement le déstabiliser, volontairement ou pas. Et surtout parce que selon ce qu’on a vu mardi, Jonathan Gagnon sait merveilleusement rebondir sur les réponses qui s’offrent à lui et abattre le quatrième mur. Fallait le voir, mardi, courir dans les gradins pour tenter de faire tope-là à tous les spectateurs. «Y’a ben du monde! On se croirait au Trident!» a-t-il lancé, faisant crouler la salle de rire. 

Voilà sans doute la plus grande force d’Extras et ordinaires : miser tant sur le naturel de l’interprète qu’on en oublie (presque!) qu’on est au théâtre. Gagnon s’approprie son personnage de manière si personnelle qu’on ne ressent pas la rupture de ton quand l’acteur sort de son texte pour interagir avec le public. Le sujet est sensible et on s’y attaque avec beaucoup d’humanité, en créant un beau moment de complicité. Et ça fait du bien.

Le spectacle Extras et ordinaires est présenté à Premier Acte jusqu’au 28 avril.

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«The Dragonfly of Chicoutimi» à La Bordée

La Bordée a profité de l’ouverture du Salon du livre pour lever le voile sur une partie de sa programmation de la prochaine saison : 23 ans après sa création, The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay reprendra vie du 30 octobre au 24 novembre au théâtre de la rue Saint-Joseph.

La pièce raconte l’histoire de Gaston Talbot, un homme confiné au silence après un traumatisme et qui retrouvera l’usage de la parole, mais en anglais seulement. Patric Saucier signera la mise en scène de cette nouvelle mouture du spectacle. Jack Robitaille reprendra le rôle porté à l’origine par le regretté Jean-Louis Millette. Il partagera les planches avec Sarah Villeneuve-Desjardins. 

Le menu complet de la prochaine saison de La Bordée sera annoncé le 23 avril.  

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Soif de changement au Trident pour 2018-2019

Entre une «Antigone» revue et corrigée par la jeune génération, une nouvelle salve poétique pilotée par les sœurs Véronique et Gabrielle Côté et un grinçant souper de famille signé Fabien Cloutier, le Trident ne boudera pas ses envies de brasser un peu la cage la saison prochaine.

«Le fil rouge, c’est vraiment comment on peut changer le monde. Comment peut-on résister, se tenir debout, être clairvoyant, se dire la vérité, être conscient de nos affaires, mais en avançant? Et si on n’arrive pas à changer le monde, au moins de faire un pas dans cette direction…», résume la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, qui nous propose ici un bref survol de la programmation. 

Le vrai monde? du 18 septembre au 13 octobre 2018. Texte: Michel Tremblay; mise en scène: Marie-Hélène Gendreau

«J’aime beaucoup cette pièce-là. Je trouve qu’elle est bien construite et qu’elle a bien vieilli. Marie-Hélène, elle fait des mises en scène efficaces. J’ai très hâte de voir ce qu’elle va faire avec ça. Bien sûr, il y a Marcel Dubé et Gratien Gélinas. Mais pour moi, Michel Tremblay, c’est le père de notre dramaturgie.»

***

La détresse et l’enchantement, du 6 novembre au 1er décembre 2018. Texte: Gabrielle Roy; mise en scène: Olivier Kemeid

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Le nouveau Fabien Cloutier au Trident

EXCLUSIF / Le Soleil a appris que la nouvelle pièce de Fabien Cloutier, «Bonne retraite», Jocelyne, fera partie de la prochaine saison du Trident. Pour cette coproduction avec la Manufacture et le Centre national des arts d’Ottawa, l’auteur et metteur en scène a fait appel au duo d’artistes visuels Cooke-Sasseville pour concevoir la scénographie.

Après avoir écrit les solos Scottstown et Cranbourne et les pièces Billy (les jours de hurlement) et Comment réussir un poulet, Fabien Cloutier avait envie d’adopter une nouvelle forme, avant même de penser à un sujet. Ces dernières pièces entrecroisaient monologues et dialogues dans différentes temporalités, cette fois il a opté pour une unité de temps, d’action et de lieu. 

«J’ai mis tout le monde sur scène en même temps, avec seulement des dialogues, indique Fabien Cloutier. J’avais envie d’aller vers un théâtre comme 24 poses (portraits) de Serge Boucher, pour explorer une nouvelle rythmique et un nouveau type de conflit. Lorsque tout se déroule à la même place dans une seule soirée, c’est entre les personnages que ça se passe.»

La pièce Bonne retraite, Jocelyne nécessite neuf acteurs, qui se trouveront sur scène pendant toute la représentation. Sophie Dion, Éric LeBlanc, Josée Deschênes et Brigitte Poupart font partie de la distribution. «Il y a deux générations, des acteurs très expérimentés et de jeunes acteurs, ce qui crée une dynamique très intéressante en salle de répétition», note l’auteur, qui signe aussi la mise en scène.

«Mes personnages ne sont pas délicats, ils ne font pas attention l’un à l’autre, explique-t-il. C’est difficile à résumer en quelques lignes, sans que l’histoire ne semble très banale. C’est une rencontre familiale qui dégénère. Mais par où ça arrive, comment ça arrive, ce qui est caché, ce qu’on ne se dit pas, ce qu’on finit par se dire, là ça devient intéressant. Ça raconte notre indélicatesse, notre individualisme à outrance. C’est un portrait de société pas jojo, mais qui va faire rire pas mal par moments, je crois.»

Fabien Cloutier place sa nouvelle histoire dans la classe moyenne. «Certains [personnages] travaillent au privé, d’autres ont été fonctionnaires. Certains sont capables d’aller dans le sud chaque année et d’autres non, et ça devient entre autres une des sources de conflit», note-t-il.

L’étincelle à Où tu vas…

Les dialogues «très réalistes» de Fabien Cloutier seront livrés dans une scénographie inusitée, conçue par deux artistes en arts visuels qui ont fait leur marque en galerie et en art public, notamment avec La rencontre, dans le parc Jean-Béliveau. 

«En travaillant avec Cooke-Sasseville, je veux faire exploser le lieu, que la scénographie décolle. Moi, je n’ai pas besoin des murs au théâtre. Si, dans une lecture, on sent déjà la cuisine et le salon, on n’a pas besoin de le voir sur scène. On s’est demandé comment on pouvait exposer cette famille-là. Parfois, on va dans un musée et il y a un seul objet au centre d’une grande pièce vide. On vise un peu ça : donner l’impression qu’on observe cette famille-là comme si elle était une œuvre d’art.»

La rencontre artistique de Fabien Cloutier, Jean-François Cooke et Pierre Sasseville remonte à 2011, alors qu’ils travaillaient sur un tableau d’Où tu vas quand tu dors en marchant…? 2, présenté dans les rues de la basse ville lors du Carrefour international de théâtre de Québec.

«On avait créé de l’absurde, avec des rencontres de personnages improbables et des actions répétées, alors que Fabien travaillait à isoler des phrases, de petites perles, sur les forums de discussions. Les dialogues et les décors se répondaient», raconte Jean-François Cooke. Liés par une admiration mutuelle, les artistes et l’auteur s’étaient promis de retravailler ensemble. 

«Je les trouve très forts avec les symboles, souligne Fabien Cloutier à propos de Cooke-Sasseville. Ils sont capables de faire quelque chose qui semble très simple, mais qui a plusieurs sens, qui est un peu rebelle et un peu coup de poing. Dans leurs œuvres, je trouve qu’assez vite, ils disent de quoi. Je crois que la mise en scène devrait produire le même effet.»

En leur laissant beaucoup de liberté, il leur a donc demandé de concevoir un espace qui allait ouvrir l’imaginaire du spectateur. 

«C’est super stimulant pour nous, indique Jean-François Cooke. C’est quand même gros de se mouiller dans un domaine qui n’est pas le nôtre, mais avec les années de pratique qu’on a derrière nous, on s’est rassurés et on a décidé de foncer.» Son acolyte et lui ont assisté à une lecture de la pièce et rencontré les concepteurs. Comme pour leurs projets d’art public ou d’exposition, ils ont modélisé les scènes où sera présentée la pièce et préparent leur terrain de jeu. «Maintenant, on se donne le mois pour s’imbiber de la pièce et pondre des idées», annonce-t-il.

Bonne retraite, Jocelyne fera partie de la saison 2018-2019 du Trident (à Québec) et de la Manufacture (à Montréal), puis sera présentée à l’automne 2019 au théâtre français du Centre national des arts à Ottawa. La programmation complète du Trident sera dévoilée lundi.