Théâtre

Soulpepper Theatre: les poursuites contre Albert Schultz «résolues»

TORONTO — Un avocat représentant Albert Schultz a déclaré que des poursuites judiciaires alléguant que l’homme de théâtre a harcelé sexuellement plusieurs actrices ont été «résolues».

Peter Wardle a précisé que les poursuites intentées contre le cofondateur du Soulpepper Theatre ont été réglées «d’une manière satisfaisante». Il n’a toutefois fourni aucun détail.

Albert Schultz a démissionné de Soulpepper en janvier après que quatre actrices eurent affirmé qu’il les avait harcelées pendant des années en toute impunité.

L’homme a nié les allégations et a déclaré à l’époque qu’il prévoyait de se défendre contre celles-ci.

La compagnie de théâtre a de son côté indiqué qu’elle n’était au courant d’aucune allégation d’inconduite contre Albert Schultz ou qui que ce soit d’autre, ayant mené des enquêtes sur la question aussi récemment qu’à l’automne 2017.

Le scandale a également incité Soulpepper à mettre fin à ses liens avec Leslie Lester, l’épouse d’Albert Schultz et directrice générale de la compagnie.

Théâtre

«Kanata»: Michel Nadeau remet les pendules à l’heure

Dans la tempête de commentaires de pertinence et d’acuité variables suivant l’annulation de la pièce Kanata, coproduite par Ex Machina et le Théâtre du Soleil, Michel Nadeau, coauteur de la pièce et dramaturge bien connu à Québec, soulève plusieurs points d’importance.

Dans un message publié sur Facebook et repris intégralement dans notre application et sur notre site Web, M. Nadeau évoque d’abord le contexte de la création, amorcée en 2015, alors que Stephen Harper refusait une enquête sur la disparition des femmes autochtones. «Il n’y avait pas de commission Vérité et réconciliation, il n’y avait pas le Théâtre autochtone du Centre national des arts ni les nombreux programmes de subventions du Conseil des arts du Canada dédiés aux artistes des Premières Nations, et on ne parlait pas d’appropriation culturelle — ou si peu», écrit-il.

LIRE LE MESSAGE INTÉGRAL DE MICHEL NADEAU SUR LE SITE DU SOLEILComprendre la démarche derrière «Kanata», et aller plus loin

À la question «Pourquoi ne pas avoir engagé d’acteurs autochtones?» il rappelle que la troupe d’Ariane Mnouchkine, offerte à Robert Lepage, est composée de comédiens d’origines diverses (mais sans Canadien ou Autochtone) qui travaillent ensemble à longueur d’année. «C’est un esprit, c’est un corps. On ne peut, pour un projet, y intégrer quelques acteurs étrangers, qui viendraient, épisodiquement, faire quelques laboratoires de création étalés sur deux à trois années, puis quelques semaines de répétition avant la première.» L’ampleur d’une coproduction sur deux continents impliquait également que les deux compagnies travaillent avec des concepteurs qu’ils connaissent de longue date.

«L’idée maîtresse du Théâtre du Soleil est que le théâtre rassemble les humains au-delà de leurs différences», rappelle également M. Nadeau. Au-delà de leur appartenance à une culture et à une nation, les artistes y sont sensibles à toutes les histoires humaines. «La situation des Autochtones du Canada s’élargissait et devenait la métaphore de la tragédie de la perte d’identité de tous les peuples.»

L’affaire SLAV, les commentaires de plus en plus acides sur les réseaux sociaux, les procès d’intention ont transformé la perception du projet Kanata. «Tout à coup, nous ne racontions plus une histoire que nous voulions universelle, nous faisions de l’appropriation culturelle; nous ne faisions plus un travail de recherche et de documentation respectueux et rigoureux, nous étions des extracteurs de cultures et nous instrumentalisions les personnes consultées; tout à coup, on nous distribuait dans le rôle des “Blancs”.»

Pendant la rencontre de cinq heures avec les signataires d’une lettre adressée au Devoir, les concepteurs du spectacle ont eu l’occasion d’exposer leur démarche et l’histoire de la pièce. Dans les médias le lendemain, c’est toutefois le fait que Kanata se ferait sans les Autochtones qui a fait les manchettes, ravivant les commentaires incendiaires et faisant craindre des débordements aux diffuseurs.

«Je suis très déçu de la situation mais je n’ai pas baigné trois ans dans cette culture sans comprendre la colère légitime dont Kanata a fait les frais, et tout le processus de guérison dans lequel sont plongées les personnes des nations autochtones. Quelqu’un a dit: “Ils nous ont volé nos terres, ils nous ont volé nos ressources, ils nous ont volé nos enfants, maintenant, ils veulent voler nos larmes.” La formule est très forte. C’est vrai, tout leur a été volé, mais nous, les larmes, nous voulions les partager», expose-t-il.

Il mentionne que les offres d’Ariane Mnouchkine et de Robert Lepage de réserver du temps de création au Théâtre de la Cartoucherie et au Diamant pour les artistes autochtones étaient sincères et sont maintenues malgré l’annulation de Kanata.

«Ce qui est le plus dommage dans toute cette histoire, c’est que 40 000, 50 000 personnes, peut-être plus, en France, en Europe, au Canada, au Québec, aux États-Unis et même en Asie ne pourront voir cette grande histoire de rencontres, d’amitiés, de transformation de l’un par l’autre, et de prendre conscience de ce que le Canada colonial a fait à toute cette grande communauté. L’occasion ne se représentera pas de sitôt», conclut M. Nadeau, en souhaitant que quelque chose de positif sorte de cette histoire.

Théâtre

Konrad Sioui à la défense de son ami Robert Lepage

Le grand chef de la Nation huronne-wendat de Wendake, Konrad Sioui, est attristé de l’annulation du spectacle «Kanata». Malgré la polémique, il n’hésite pas à prendre la défense de son ami, le metteur en scène Robert Lepage.

«Robert [Lepage] a toujours été un précurseur, et moi, je demeure convaincu que son cœur a toujours été avec nous autres et il va toujours l’être. Je l’invite à continuer et à travailler et à ne pas se décourager», mentionne Konrad Sioui, qui ne cache pas sa grande amitié avec le metteur en scène.

«Il vient à l’hôtel, il vient manger, il vient rencontrer des gens. Il a adapté une pièce de Shakespeare il y a quelques années dans notre ancien amphithéâtre. Il a été l’un des premiers à nous encourager, et c’est quelque chose qu’on n’oublie pas», affirme-t-il.

«L’un des nôtres»

Konrad Sioui n’a pas échangé avec son ami depuis le début de la polémique ni lu le scénario de Kanata, mais il est persuadé que la pièce de Robert Lepage allait apporter une bonne image des Premières Nations. 

Lire aussi: Robert Lepage annule Kanata

«Il n’aurait jamais porté atteinte à l’intégrité des Premières Nations, à la culture. C’est un homme instruit avec de l’expérience et une sagesse. C’est une personne de bonne foi. Il ne nous a jamais décrits comme des victimes. Il a vu des gens entreprenants, des gens qui avancent, qui travaillent très fort pour leur nation», plaide-t-il.

Selon M. Sioui, Robert Lepage a fait ses preuves avec tout ce qu’il a entrepris. «C’est l’un des nôtres. C’est un ami des Premières Nations. Il faut aussi réaliser tout ça et dire qu’on est entre de bonnes mains», fait-il valoir. «Il a travaillé sur Totem avec le Cirque du Soleil, qui est encore joué dans le monde entier. Et la vedette principale, c’est le huron-wendat Christian Laveau», poursuit-il.

Théâtre

«Kanata»: le Théâtre du Soleil dénonce une «intimidation inimaginable»

MONTRÉAL — La troupe du Théâtre du Soleil, qui devait présenter le spectacle «Kanata« à Paris cet automne, déplore l’annulation de la pièce et promet de «répondre avec ses propres outils».

Ex Machina, la compagnie de production du metteur en scène Robert Lepage, a annoncé jeudi que le spectacle n’aurait finalement pas lieu, faute de moyens, puisque les coproducteurs nord-américains ont retiré leurs billes du projet dans la foulée de la controverse.

Plusieurs groupes autochtones ont dénoncé la pièce, qui traite de la relation entre les Blancs et les Autochtones, étant donné qu’elle n’incluait aucun artisan des Premières Nations. Robert Lepage et la femme de théâtre Ariane Mnouchkine, qui produisait le spectacle, avaient rencontré les intervenants la semaine dernière, mais la grogne ne s’était pas calmée.

Dans un communiqué diffusé vendredi, la troupe du Théâtre du Soleil dénonce «l’intimidation inimaginable dans un pays démocratique» et s’est engagée à «répondre avec ses propres outils».

La troupe dit qu’elle réfléchira dans les prochains jours à «la façon de répondre, avec les armes non violentes de l’art théâtral, à cette tentative d’intimidation définitive des artistes de théâtre».

Bien qu’elle regrette «la décision extrême» de Robert Lepage, la troupe rappelle qu’elle lui voue «une fidèle affection et une inébranlable admiration».

Le groupe a par ailleurs réitéré son intention d’accueillir éventuellement un festival de théâtre autochtone à la Cartoucherie, l’un des théâtres de la troupe.

«Une occasion de réfléchir»

Selon l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), les événements des derniers jours offrent une occasion de réfléchir à la survie et la diffusion des langues et des cultures autochtones.

«Le débat actuel autour de l’annulation du spectacle Kanata prend une tournure regrettable qui risque de ne faire que des perdants. Pourtant, ce débat réunit des intervenants qui souhaitent rendre hommage aux cultures des Premières Nations. Que se passe-t-il?» a déclaré le chef Ghislain Picard.

«Les thèmes abordés par Kanata sont autant de blessures encore très vives chez beaucoup de membres des Premières Nations. Ce n’est pas uniquement de notre passé dont il est question, mais aussi de notre présent qui demeure très souffrant pour beaucoup. La sensibilité est à fleur de peau», a-t-il ajouté.

M. Picard a par ailleurs invité les politiciens à regarder leur bilan pour ce qui est du respect des Premières Nations avant de commenter le sujet.

«Je n’en connais aucun qui ait de leçons à donner», a-t-il conclu.

Critiques à Québec

Tant le gouvernement libéral, que le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont dénoncé la décision d’annuler le spectacle.

«On doit protéger la liberté d’expression. Je comprends qu’il faut peut-être voir plus de membres des minorités dans les spectacles, dans les émissions de télévision, mais il ne faut pas mélanger tous les dossiers», a déclaré vendredi le chef de la CAQ, François Legault, en point de presse en Beauce.

«Je trouve ça malheureux que, et ce spectacle, et SLAV aient été annulés, a-t-il ajouté. Je trouve ça dangereux qu’une société s’oppose à ce genre de spectacle.»

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a lui aussi parlé d’un «recul de la liberté d’expression».

«Les pressions des censeurs et la faiblesse morale des coproducteurs ne doivent pas avoir le dernier mot en matière de liberté artistique. Le débat, oui. Le soutien à davantage de diversité dans les arts, absolument. Le recul des libertés, jamais!», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Dans une déclaration relayée jeudi par Radio-Canada, la ministre de la Culture Marie Montpetit a parlé d’un «rendez-vous manqué» dans lequel personne ne gagne.

«C’est une occasion manquée de découvrir l’oeuvre d’un grand créateur québécois et aussi une occasion ratée de parler de la culture autochtone. Les dernières semaines nous ont rappelé l’importance du dialogue et de l’ouverture à l’autre», a déclaré la ministre dans ce communiqué.

Théâtre

Robert Lepage annule «Kanata»

Robert Lepage a baissé les bras devant la controverse qui lui colle au corps depuis la présentation puis l’annulation des représentations de «SLAV». Sa compagnie Ex Machina a fait savoir par communiqué qu’il renonçait à présenter «Kanata», projet commun avec la compagnie de la célèbre Ariane Mnouchkine. Le désistement de coproducteurs nord-américains a entraîné le retrait de la pièce qui devait prendre l’affiche en décembre au Théâtre du Soleil à Paris.

C’est la publication d’une lettre le 14 juillet, d’un collectif autochtone, d’artistes et d’universitaires, qui a attaché le grelot. Ceux-ci déploraient le manque de représentativité de la pièce et le manque de collaboration avec les artistes des Premières Nations alors que la pièce souhaitait raconter l’histoire de la relation entre les Autochtones et les colonisateurs du Canada.

Cinq jours plus tard, les créateurs ont rencontré 35 personnalités autochtones à huis clos afin de trouver une solution, mais les discussions n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente malgré des échanges «qui nous ont semblé très féconds».

«Mais la controverse infiniment complexe et souvent agressive dans laquelle baigne malgré tout le spectacle touche maintenant des coproducteurs nord-américains qui s’y intéressaient, et dont certains nous annoncent aujourd’hui leur retrait. Tenant compte de ce que nous avons vécu récemment, nous comprenons certainement leurs inquiétudes. Mais sans leur apport financier, il ne nous est pas possible de compléter la création de Kanata avec le Théâtre du Soleil. Nous mettons donc un terme au projet», écrit-on dans le communiqué publié jeudi matin.

On n’a pas demandé l’annulation, a précisé la réalisatrice Kim O’Bomsawin, qui semblait un peu étonnée du résultat. Nous voulions offrir des conseils, dit-elle, car «on se disait que si on ne faisait pas partie de l’aventure, ça allait être très mal reçu.»

C’est justement ce que ceux qui ont assisté à la rencontre la semaine dernière souhaitaient éviter: «on voulait trouver des façons d’apaiser les tensions autour de la pièce», et qu’elle ne subisse pas le même sort que SLAV.

Mme O’Bomsawin souligne qu’il était impensable que les Autochtones soient absents de ce genre de pièce. «Mais en aucun cas on a souhaité la fin de Kanata». Elle tient à souligner que Robert Lepage a tendu la main aux représentants des communautés autochtones.

Contrairement à SLAV, offerte dans le cadre du Festival de jazz de Montréal qui avait eu droit à quelques représentations avant qu’on baisse le rideau, Kanata n’aura même pas pu être présentée devant public — on a tiré sur le messager plutôt que de poursuivre la discussion, ce que souligne d’ailleurs Ex Machina.

«Au-delà de cette troublante situation, il nous faudra bien, tôt ou tard, tenter de comprendre, calmement et ensemble, ce que sont fondamentalement l’appropriation culturelle et le droit à une expression artistique libre.»

Michel Marc Bouchard (Tom à la ferme) était plus tranché en apprenant la nouvelle: «Aussi contestable et discutable un spectacle puisse-t-il être, son annulation est une aberration et une insulte à l’intelligence. Et je plains le jour où un conseil des arts me dira quoi ou ne pas écrire. Ça aussi, c’est une aberration. Je suis absolument attristé par l’épreuve innommable que traversent Robert Lepage et ses équipes.»

En entrevue samedi à Radio-Canada, Lepage avait néanmoins admis une possible erreur de jugement dans le processus de création de la pièce amorcée il y a quatre ans. Le célèbre dramaturge a pourtant souvent collaboré avec les Autochtones dans le passé, notamment en montant La tempête de Shakespeare à Wendake avec des interprètes hurons.

«Dans tout ce que j’ai fait, j’ai toujours essayé de faire de la place aux Autochtones, d’inclure les Autochtones. L’erreur de jugement que j’ai eue, ça a été de penser que ça m’autorisait [à] aborder ces thèmes-là», a-t-il déclaré au micro de Radio-Canada.

Dans son communiqué, Robert Lepage s’est néanmoins dit prêt à poursuivre les discussions amorcées: «les portes du Diamant leur seront largement ouvertes». Une rencontre avec des opposants à SLAV, qui souhaitaient une plus grande présence d’artistes noirs, est également prévue cet automne.

Lorsque la poussière sera retombée, on souhaite que tout ça «mène ici, un jour, à des rencontres artistiques et interculturelles plus sereines». Avec La Presse canadienne

Théâtre

Une pièce de Serebrennikov au Festival d’Avignon 2019

PARIS — Une pièce du metteur en scène et cinéaste russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov sera au programme du Festival d’Avignon, dans le sud-est de la France, en 2019, a annoncé son directeur Olivier Py.

Avant son arrestation à Moscou en août 2017, Kirill Serebrennikov préparait une pièce pour le Festival sur le photographe chinois Ren Hang, provocateur et censuré pour son œuvre osée, mort en 2017 à l’âge de 29 ans. C’est cette pièce qui sera présentée en 2019. 

«On ne sait pas comment ça va se faire, mais cette pièce sera au programme», a indiqué le directeur de la plus importante manifestation de théâtre dans le monde, avec Édimbourg.

Le 18 juillet, la justice russe a prolongé de près d’un mois l’assignation à résidence de l’artiste accusé de détournements de fonds dans une affaire qu’il a qualifiée d’«absurde».

Le Festival d’Avignon, de plus en plus en résonance avec l’actualité, était axé cette année sur la thématique du genre, avec de nombreux spectacles touchant aux questions d’identité et à la cause LGBTQ (lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers).

«Le fil rouge de l’édition 2019 sera autour de l’Odyssée», à la fois au sens strict, mais également dans le sens «des odyssées contemporaines, des réfugiés, de l’accueil de l’autre», a expliqué M. Py, affirmant vouloir lier «le poétique au politique».

Participation record

L’édition 2018, qui se terminait ce mardi, a connu le plus haut taux de fréquentation depuis la nomination en 2014 de M. Py à la tête du Festival : 95,5 %, contre 91 % l’année dernière. En 2016, ce taux avait atteint près de 95 %.

Les spectacles ont attiré cet été 108 000 spectateurs pour 112 775 billets mis en vente, contre 112 000 spectateurs pour 123 500 billets en 2017. Au total, le festival a engrangé 150 800 entrées, avec les spectacles gratuits.. Plus court de deux jours cette année, le Festival en 2018 comptait 47 spectacles contre 59 en 2017 et 63 en 2016.

Théâtre

SLAV: Webster claque la porte du Diamant

En profond désaccord avec le concept du spectacle SLAV, le rappeur Aly Ndiaye, alias Webster, a décidé de quitter le conseil d’administration du Diamant, ce lieu de diffusion qui servira principalement à Ex Machina, la compagnie de théâtre dirigée par Robert Lepage. «Je voulais être conséquent avec mes positions, a-t-il déclaré. Or, je suis en net désaccord avec le concept du spectacle de SLAV.»

L’artiste, originaire de Limoilou, faisait partie du conseil d’administration du Diamant depuis avril dernier. Sa démission s’est faite en catimini. «J’ai tout simplement prévenu le directeur général, Bernard Gilbert, que je désirais me retirer du conseil d’administration.»

Consulté par les créateurs à partir de l’été 2017, Webster affirme qu’il leur a dit à plusieurs reprises qu’une plus grande présence d’artistes noirs serait souhaitable dans le spectacle. «Je leur ai dit au moins trois fois. La première fois qu’on a discuté du concept, j’étais persuadé que les artistes seraient tous des Noirs [deux artistes sur sept étaient noirs]. Pour moi, c’était l’évidence. Je n’en revenais pas de voir que ce n’était pas le cas. Puis, ils m’ont invité à un enchaînement le 14 avril dernier. Je leur ai alors dit que je voulais prendre mes distances face à ce spectacle.»

Quelques jours plus tard, Webster recevait un appel téléphonique du Diamant lui demandant de faire partie du conseil d’administration. «Je suis conscient que le Diamant n’appartient pas à Robert Lepage, mais je préfère quitter le C.A. Je veux qu’on prenne ces choses au sérieux. Ces choses sont souvent banalisées, et je n’en peux plus de cela.»

Le 29 juin dernier, Webster a publié une lettre sur les réseaux sociaux dans laquelle il exprimait son désaccord. Il a remis sa démission au Diamant quelques jours avant la publication de cette lettre.

Les propos tenus par Robert Lepage samedi, sur les ondes d’Ici Première, quant au nombre idéal de Noirs qui devraient faire partie de SLAV, fut l’un des moments forts de cette entrevue. «Ça ne se quantifie pas, ces choses-là», a déclaré l’homme de théâtre. Au sujet de Kanata, pièce en création qui est également sous le feu de la controverse, il a ajouté : «En ce moment, il y a 34 acteurs de différentes nationalités dans mon spectacle. Combien devrais-je en congédier pour les remplacer par des artistes autochtones? Quel est ce chiffre-là? Ce chiffre-là ne sera jamais le bon.»

Irritation

Cette pensée irrite au plus haut point Webster. «J’ai une réponse toute simple pour lui concernant SLAV: 100 % des artistes devraient être des Noirs. Point.»

Il a beaucoup été question au cours des derniers mois de la diversité culturelle sur les scènes québécoises. Webster croit que la controverse autour de SLAV aurait pu être évitée si la réalité était différente et reflétait une meilleure représentativité de la société québécoise.

«S’il existait une plus grande diversité, c’est sûr qu’on n’en serait pas là. Des gens ont vu le cas de SLAV venir et se sont dit que ça allait trop loin. Cette réaction, je l’ai vu venir gros comme ça. C’était tellement prévisible.»

Théâtre

Le retour sur les planches de la Gaspésie de Denise Guénette

SAINTE-ANGÈLE-DE-MÉRICI — «Vrai comme t’es là», c’est le titre du nouveau spectacle de Denise Guénette présenté à Sainte-Angèle-de-Mérici, près de Mont-Joli. L’artiste fait un retour sur les planches de la région touristique de la Gaspésie, qu’elle a quittée en 2013, après avoir dirigé le Théâtre de la Pente douce de Saint-Damase, dans la Matapédia, pendant près d’un quart de siècle.

À l’aube de ses 80 ans et de ses 58 ans de carrière, elle revient avec la même énergie, tout en étant très émue de retrouver son public de l’Est-du-Québec qui ne l’avait pas oubliée. La femme de théâtre est entrée sur scène les yeux dans l’eau et en est sortie de la même façon, sous les applaudissements nourris des spectateurs qui lui ont réservé une ovation. 

Pendant le spectacle d’humour qu’elle a entièrement écrit et qu’elle interprète seule, elle enchaîne 18 personnages tous aussi colorés et distinctifs les uns que les autres, sous forme de monologues théâtralisés, de sketches et de chansons. Elle introduit certains nouveaux personnages, mais revient aussi avec certains de ses anciens numéros qui ont été actualisés.

Des textes toujours d’actualité

S’inscrivant toujours dans une démarche féministe et de promotion de la langue française québécoise, ses textes invitent à la réflexion. Dans la foulée récente de dénonciations du mouvement #MeToo et, il y a trois ans, des allégations de harcèlement sexuel contre Marcel Aubut, la chanson Marcel, tu m’harcèles est de circonstance. «C’était le titre de ma première pièce en 1984, rappelle l’auteure-compositrice-interprète. C’est malheureusement encore d’actualité!» C’est aussi le cas de son monologue, On sait jamais. Puis, son personnage où elle interprète une fillette met en relief le clivage sexiste qui prévaut encore dans l’éducation des garçons et des filles. Si la forme est drôle, le fond est triste.

Après la projection d’un vieil extrait d’émission animée par Michel Louvain, lors de laquelle Denise Guénette avait interprété un florilège de chansons de La Bolduc, l’artiste entre en scène avec la même robe et enchaîne avec d’autres chansons de la fameuse auteure-compositrice-interprète gaspésienne. Avec la sortie récente du film biographique du personnage légendaire, Denise Guénette est encore dans le ton.

Après avoir débuté sa carrière en 1962, c’est le prix de la meilleure interprète remporté lors premier Festival de la chanson de Granby en 1971, qui l’a propulsée sur les scènes des boîtes à chansons du Québec et des émissions de télé, tout en lui permettant d’enregistrer un premier album: Chu née ici, pis j’reste ici. Elle a également publié trois livres. Denise Guénette a quitté La Matapédia en 2013 pour retourner dans son patelin natal de Prévost, dans Les Laurentides. «Mais, je m’ennuie de la Gaspésie», admet-elle.

Vrai comme t’es là est présenté du mercredi au samedi à 20h à la salle paroissiale de Sainte-Angèle-de-Mérici jusqu’au 2 septembre. Une partie des fonds est remise au comité du 150e de la municipalité.

Théâtre

En rafale: 3 questions à Véronique Côté

Le Théâtre Petit Champlain aime la comédie française, qui le lui rend bien. Voilà plusieurs années que le volet théâtre d’été fait la part belle aux «Dîner de cons», «Un air de famille» et autres pièces venues de l’Hexagone. Cette année, c’est la pièce de Carole Greep, «J’aime beaucoup ce que vous faites», qui a été adaptée par Jean-Denis Beaudoin sous le titre «Les meilleurs amis du monde», qui prendra l’affiche du petit théâtre.

Dans cette pièce, Ariane Bellavance-Fafard, Emmanuel Bédard, Charles-Étienne Beaulne et Marianne Marceau interprètent deux couples d’amis qui doivent se rejoindre pour une fin de semaine dans une maison de campagne. Une erreur de manipulation sur un cellulaire révélera à l’un des deux couples comment leurs «amis» les perçoivent vraiment, à leur insu. Voilà une belle réserve de malaises, que Véronique Côté, à la mise en scène, s’est efforcée d’exploiter. 

1. On ne vous a pas souvent vue dans du théâtre d’été. Qu’est-ce qui vous a attirée dans l’aventure?

J’ai pourtant souvent travaillé avec l’équipe qui œuvre au Petit Champlain l’été! Nous étions dans la même classe au Conservatoire — on adore jouer et créer ensemble.  Je suis là cet été parce que c’est une pièce que nous reprenons pour la troisième fois (ça marche très fort!).  Nous l’avons d’abord montée dans sa version originale française il y a presque 10 ans. Et l’an dernier, nous avons travaillé sur cette adaptation en québécois, qui a connu un succès fou à la Dam-en-Terre, à Alma. On se retrouve pour offrir cette mouture au public de Québec. Je suis donc là par plaisir, et par amitié. Et parce que c’est un sacré bon show

2. À quel genre d’humour peut-on s’attendre dans Les meilleurs amis du monde?

À un humour d’acteurs, de personnages. Tout est dans le jeu. À partir de là, le spectre est large : il y a des gags physiques, des grosses jokes, des mots d’esprit, mais il y a surtout une place énorme pour le plaisir des interprètes. À cause de la structure de l’histoire, de l’argument de la pièce, le public est forcément complice d’un des couples sur scène. Ça produit une sorte d’empathie euphorique avec les personnages, qui s’amusent à manipuler le cours de la soirée, à voir jusqu’où leurs amis vont aller dans l’hypocrisie. C’est jouissif.

3. Les adaptations de comédies françaises ont la cote ces dernières années dans les théâtres d’été. Qu’est-ce qui rend les pièces françaises si bonnes au niveau de l’humour?

Ce qui rend une pièce bonne, quel que soit son origine ou même son genre, c’est la situation qui est nouée entre les personnages. Dans le cas qui nous occupe, la situation est irrésistible, et elle met la table pour que les acteurs déploient des merveilles de finesse et de drôlerie. Les spectateurs, tout comme l’un des couples de l’histoire, savent pertinemment que l’autre couple ment. Et le mensonge, c’est un moteur comique imparable. Si on rit, c’est parce qu’on voit le mensonge se déployer et les êtres s’y prendre au piège.

Les meilleurs amis du monde est présentée au Théâtre Petit Champlain jusqu’au 18 août, du mardi au samedi. Pour infos : theatrepetitchamplain.com

Théâtre

La Comédie-Française s’exporte à New York avec «Les Damnés»

NEW YORK — La Comédie-Française est à New York jusqu’au 28 juillet pour jouer «Les Damnés», une pièce présentée pour la première fois à l’étranger et dont le thème résonne, selon son metteur en scène, dans le climat actuel aux États-Unis.

Montée à Avignon en juillet 2016, puis passée salle Richelieu, dans l’antre habituelle de la Comédie-Française, Les Damnés est adaptée du scénario du film du même nom, du réalisateur italien Luchino Visconti.

Il évoque le destin des membres des Von Essenbeck, une famille d’industriels allemands qui pactise avec le régime nazi et est en proie à des luttes de pouvoir.

«Quand on a fait ce spectacle à Avignon, j’ai immédiatement rêvé de venir à New York», explique le metteur en scène belge Ivo van Hove, qui a reçu en 2016 un Tony Award, les récompenses de Broadway, pour son adaptation de la pièce d’Arthur Miller A View From the Bridge.

«J’aime beaucoup New York. J’y habite une partie de l’année», précise-t-il. «Je crois aussi que le thème [de la pièce] à New York, mais aussi en Amérique, est très important en ce moment.»

The Damned, son nom anglais, est joué à l’Armory, ancien bâtiment militaire à la salle principale gigantesque (60 m sur 90 m environ), qui se prête parfaitement à la pièce.

«C’est un spectacle international», considère le directeur artistique de l’Armory, Pierre Audi. «On raconte une histoire universelle. Elle se passe en Allemagne, mais elle a un impact historique qui continue malheureusement à résonner.»

Selon lui, parmi les créations de langue française, seul ce théâtre à dimension internationale peut séduire dans le monde anglo-saxon.

«Les auteurs français de théâtre, il y en a très peu», observe-t-il. «Ils ne voyagent pas très bien. C’est un théâtre très littéraire. Donc je pense que c’est soit les classiques, soit un spectacle comme ça.»

«Ce spectacle ne ressemble pas du tout aux spectacles qu’on amène généralement avec la Comédie-Française. Et tant mieux, c’est bon signe», se réjouit Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française.

Après son séjour à New York, Les Damnés sera jouée, la saison prochaine, au Barbican de Londres et à Anvers.

Ivo van Hove va de nouveau collaborer avec la Comédie-Française pour monter Electre et Oreste d’Euripide, qui seront joués fin avril 2019 à Paris et en juillet 2019 à Epidaure, en Grèce.