Théâtre et cinéma

Sous le soleil de Mamma Mia! la folle année de Romane Denis

Romane Denis a beau avoir passé la moitié de sa vie à jouer devant les caméras, le métier de comédienne n’a pas fini de la surprendre. La jeune femme monte sur les planches pour la première fois pour «Mamma Mia!» et tient un premier rôle en anglais dans le film d’horreur «Slaxx», dont la sortie est prévue cet automne.

«C’est l’année où je fais plein d’affaires que je n’avais jamais essayées», constate-t-elle. Souriante et posée malgré la canicule estivale, Romane Denis entrevoyait avec bonheur ses vacances d’une dizaine de jours entre la présentation de Mamma Mia! à Montréal et à Québec. Elle prévoyait sagement se reposer, en cuisinant un peu, tout au plus, afin d’être en pleine forme au moment de reprendre le rôle de Sophie pour 24 représentations.

Cirque

«Cirque du Soleil X : Land of Fantasy»: un théâtre magique à Hangzhou

Le Cirque du Soleil et son partenaire chinois XTD présenteront dans quelques jours un spectacle inédit dans un théâtre nouveau genre qui permettra aux spectateurs de vivre une expérience immersive sur 360 degrés.

Nous avons posé quelques questions par courriel au directeur de création Neilson Vignola. Il nous raconte son expérience dans l’Empire du milieu en nous dévoilant quelques aspects du spectacle Cirque du Soleil X : Land of Fantasy, où un duo de héros affronteront les dangers pour réunir deux anciens royaumes.

Théâtre

Décès du géant de Broadway Hal Prince

NEW YORK — Le producteur et metteur en scène américain Harold «Hal» Prince est décédé mercredi à l’âge de 91 ans, a indiqué à l’AFP le porte-parole de cette légende de Broadway, qui a notamment mis en scène Le fantôme de l’opéra et Cabaret.

Au cours de sa longue carrière, Hal Prince a reçu 21 Tony Awards, les récompenses du théâtre à Broadway, de très loin le record en la matière. Il est décédé à Reykjavik, en Islande, des suites d’une «brève maladie», a indiqué le porte-parole.

Né en 1928 à New York dans une famille juive d’origine allemande, il fait partie des très rares metteurs en scène de Broadway à avoir traversé plusieurs époques différentes et survécu à la modernisation de l’univers des comédies musicales.

Hal Prince, qui disait avoir été contaminé par le théâtre après avoir vu Orson Welles dans Caesar à huit ans, a ainsi débuté sa carrière durant l’âge d’or de la comédie musicale, repéré par un autre monstre sacré du théâtre, George Abbott.

Engagé à 20 ans comme homme à tout faire par celui qui allait devenir son mentor, Hal Prince a gravi les échelons, au point de se voir finalement associé à la production, même si la fonction lui déplaisait.

Dès 1955, à 27 ans seulement, il décroche le Tony Award du meilleur producteur, sa première récompense, pour The Pajama Game en 1955.

Suivra une impressionnante série de succès, notamment West Side Story (1957), avant qu’il ne passe finalement à la mise en scène, sa véritable passion.

«Je voulais écrire», expliquait-il lors d’un entretien au site Broadway.com. «Mais je n’étais pas assez bon. Donc l’étape suivante, c’était la mise en scène.»

Il fera ses débuts de metteur en scène à Broadway avec She Loves Me en 1963, avant de s’attaquer, en 1966, à ce qui allait devenir l’une des comédies musicales les plus célèbres du théâtre, Cabaret.

Décors minimalistes

Son style était empreint d’économie, avec des décors assez minimalistes. Il s’est souvent vanté d’avoir produit ses premiers spectacles pour des budgets bien inférieurs à la moyenne.

Hal Prince a traversé les années 70 avec le même succès que lors des deux décennies précédentes, notamment grâce à Sweeney Todd (1979), puis est parvenu à négocier le virage des années 80 et 90, période durant laquelle Broadway s’est profondément transformé.

Il a notamment mis en scène Le fantôme de l’opéra, écrit par Andrew Lloyd Webber, qui détient le record de longévité à Broadway. 

Théâtre

Deux nouveaux lieux pour le théâtre en été

L’offre théâtrale estivale continue de se transformer à Québec. Alors que la Bordée accueillera dès le 6 août la pièce Le Prénom, produire par le théâtre Dream Team, La Fenière vient de s’installer à LaScène Lebourneuf, une toute petite salle où elle présente la création Elektro.

La Fenière format poche dans Lebourgneuf

Carol Cassistat a une longue histoire avec La Fenière, qui présentait jadis plusieurs pièces en été dans son théâtre de L’Ancienne-Lorette. «Le théâtre La Fenière a été mon premier employeur quand je suis sorti de l’école de théâtre. J’ai joué là en 1989, dès le premier été. Les grandes chaleurs, qui a ensuite donné un film, nous avait permis de jouer pendant quatre ans dans la région», raconte celui qui y a ensuite été comédien dans une trentaine de productions en 20 ans, en plus de mettre en scène sept ou huit pièces. 

Après la perte de son lieu de diffusion, La Fenière a coproduit quelques pièces avec le Nouveau théâtre de l’île, à l’île d’Orléans, puis a redéfini sa mission. Carol Cassistat agit maintenant comme directeur artistique. «Je trouvais ça important que ça puisse revivre et avoir une seconde chance. Les déboires financiers sont derrière nous, on repart à zéro avec des productions à petit budget et un mandat renouvelé par rapport au théâtre du rire. Je ne veux pas nécessairement axer sur le théâtre d’été pour la suite des choses», indique-t-il.

Il espère que la pièce Elektro, dont il situe l’humour «entre Sacha Guitry et Ionesco», permettra à la compagnie d’affirmer ses nouvelles bases. On y suit deux histoires d’amour en fin de course. «Pierre [Sylvain Perron] se fait larguer le matin de l’enterrement de sa mère. Ce soir-là, ils devaient aller magasiner des électros. Il se rend au magasin en espérant que sa blonde [Catherine Côté] vienne tout de même au rendez-vous. Il y rencontre l’épouse [Valérie Boutin] d’un vendeur [Nicolas Boulanger] venue quitter son mari. Le largué et la largueuse vont se rencontrer. L’histoire est sur un fond de critique sociale de la société de consommation et ses excès», résume Carol Cassistat.

Cet humour «actuel», qui s’appuie sur une vérité humaine plutôt que sur des enchaînements de blagues et de quiproquos, lui semble être la voix à suivre pour attirer un public aimant la comédie. «On veut sortir du carcan de théâtre d’été, voir plus large, évoluer au rythme de la comédie d’aujourd’hui, affirme-t-il. Je ne veux plus forcer la mécanique de la comédie. Je veux qu’on aille vers quelque chose de plus simple.»

Comme La Fenière l’a toujours fait, le directeur artistique et metteur en scène souhaite mettre en valeur des acteurs de Québec et de la relève, plutôt que des acteurs du petit écran. «On n’est pas dans le vedettariat, mais dans le talent local», formule M. Cassistat.

Il souhaite aussi travailler avec différents auteurs. Elektro est la première pièce du romancier Olivier Challet et de l’auteure jeunesse Anne Bernard Lenoir — qui signe aussi la pièce Le Petit Avare, que le Gros Mécano, autre compagnie dont Carol Cassistat est directeur artistique, présentera aux Gros Becs en janvier.

LaScène Lebourneuf, un petit auditorium de 182 places, permettra de monter des spectacles «format poche», faciles à reprendre en tournée par la suite. «La communauté théâtrale cherche souvent de petites salles intimes et il n’y en a pas tant que ça à Québec, note-t-il. Il y a une belle ouverture de la part de LaScène Lebourgneuf d’accueillir de nouveaux projets.» Selon la réponse du public, il souhaite y présenter d’autres pièces, tant l’été que pendant les autres saisons.

«Il y a de la place. Il y a 25 ans, il y avait une dizaine de théâtres d’été dans la région de Québec. Il y avait une belle dynamique, il y avait de tout. Il y a eu un mouvement vers d’autres types de spectacles, mais je crois qu’il y a encore de la place pour du théâtre en été.»

Théâtre

«Ta maison brûle, une comédie un peu triste»: le feu du souvenir

CARLETON-SUR-MER — Pour sa pièce de théâtre «Ta maison brûle, une comédie un peu triste», Simon Boulerice, s’est inspiré d’un fait divers pour amorcer l’écriture.

Ce fait divers évoquait l’obligation pour une famille d’incendier sa maison en raison de la présence de la mérule pleureuse, un champignon dévastateur s’attaquant au bois.

«J’avais envie de donner un second souffle à cette histoire», aborde Simon Boulerice. Ce second souffle prend la forme de discussions familiales animées par quatre femmes, la propriétaire de la maison à détruire, ses deux filles, auxquelles se joint leur tante, belle-sœur de la proprio.

La venue de Simon Boulerice comme auteur pour les Productions à tour de rôle découle d’un petit détour, l’intervention de la metteure en scène Édith Patenaude, précise Dany Michaud, directeur artistique du théâtre gaspésien.

«J’ai vu plusieurs productions d’Édith Patenaude, dont 1984, au théâtre Denise-Pelletier. Je lui ai proposé de venir travailler avec nous, de faire son choix d’auteur […] C’est Édith qui a eu l’idée d’inviter Simon à écrire la pièce», souligne Dany Michaud.

«On me donnait carte blanche, ce qui n’est pas souvent facile», précise Édith Patenaude, qui y a vu l’occasion de proposer à Simon Boulerice, son cousin proche et son ex-­colocataire, l’écriture de la pièce.

«C’était le contexte idéal pour avoir juste du plaisir, avec des côtés tendre et drôle. Ta maison brûle, c’est venu après», précise-t-elle, à propos de la pièce qui explore le rôle de la famille pour donner une âme à une maison, et sans doute aussi le rôle d’une maison pour animer une famille.

Le Théâtre à tour de rôle a toujours eu un fort penchant pour les comédies dramatiques, se tenant loin du théâtre d’été «tarte à la crème», bien que l’humour prenne généralement beaucoup de place, un humour fin.

«Édith a été très présente dans le processus dramatique. Je ne voulais pas seulement de la colère et de la vengeance, comme on voit à la télé. J’avais envie de tendresse aussi», précise Simon Boulerice.

Ainsi, la maison de Murielle, jouée par Micheline Bernard, est infestée de mérules pleureuses. La veuve de 61 ans se voit donc contrainte de brûler sa demeure ancestrale et ce qu’elle contient. Mais avant, pour commémorer leur vie dans cette précieuse maison, Murielle convie ses deux filles, interprétées par Anne Trudel et Ariane Côté Lavoie, à manger un repas qui tournera au délire dès l’arrivée imprévue de sa belle-sœur, Agnès, jouée par Monique Spaziani.

«C’est une “ma tante” cinglée, vive, très vive même, et colorée», résume celle-ci à propos de son personnage, qui participe encore à des concours de beauté et qui adore la menuiserie.

Cette 38e production du Théâtre à tour de rôle voyagera après son passage en Gaspésie. «On discute avec des théâtres de Québec et de Mont­réal. Cette pièce devrait avoir une deuxième vie», note Dany Michaud.

Ta maison brûle, une comédie un peu triste est présentée jusqu’au 16 août 2019, au Quai des arts de Carleton-sur-Mer. Réservations au 418 364-6822, poste 351, en ligne au www.productionsatourderole.com.

Théâtre

L’hommage érotico-poétique de Serebrennikov à la liberté

AVIGNON — Du nu, du rock, et des pseudo agents du FSB sur scène : au festival d’Avignon, Kirill Serebrennikov, interdit de quitter Moscou, a présenté à distance sa pièce-hommage au photographe chinois censuré Ren Hang et, au-delà, à des artistes épris de liberté et rebelles malgré eux.

Le public a accueilli mardi la première mondiale de la pièce Outside avec une ovation, surtout quand les acteurs et actrices du Centre Gogol que dirige Serebrennikov à Moscou sont apparus aux saluts vêtus d’un T-shirt estampillé «Free Kirill» avec l’effigie du metteur en scène.

À défaut d’être présent — encore poursuivi dans une affaire de détournement de fonds controversée pour laquelle il est assigné à résidence pendant deux ans —, l’enfant terrible du théâtre russe a choisi de faire un clin d’œil à sa situation.

Il montre ainsi une scène au début de la pièce avec des agents des services de sécurité russes (FSB) faisant irruption dans l’appartement du narrateur et le malmenant. «Le corps est ce qui te reste quand tu perds tout», clame-t-il.

Dans un entretien par courriel avec l’AFP, le metteur en scène et réalisateur avait affirmé que le théâtre a rendu possible cette rencontre entre lui et le photographe chinois connu pour ses photos érotiques et surtout poétiques.

Une rencontre qui aurait dû avoir lieu en février 2017 si Ren Hang n’avait décidé de mettre fin à ses jours, à l’âge de 29 ans. «Chaque année j’ai le même espoir : mourir jeune. Et j’espère que cela se produira cette année», avait-il publié sur le réseau social chinois Weibo, avant son suicide.

Mais plutôt qu’une pièce autobiographique et d’une plongée dans la dépression qui a tourmenté le photographe pendant dix ans, Outside s’étale comme une série de tableaux se voulant comme un remake de ses photos les plus emblématiques.

Entrelacements chorégraphiques

Les interprètes, intégralement nus la plupart du temps, posent devant l’acteur incarnant Ren Hang : des postures certes explicites, mais surtout inattendues, avec des plantes ou des fleurs dans la bouche ou sur leurs parties génitales, un entrelacement de corps presque chorégraphique, des mises en scène à la fois provocatrices et taquines de corps faussement décapités.

Au son de chansons tantôt rock tantôt plus lyriques, ces tableaux sont traversés par le journal intime et poétique de Ren Hang, qui laisse entrevoir sa soif de liberté («À chaque fois que je fais une bêtise, je sens que la vie est meilleure»), mais aussi sa solitude et ses angoisses («Quand je te prends dans mes bras, j’ai peur que tu disparaisses»).

La censure des autorités chinoises est également évoquée : la pièce mentionne les détentions et l’annulation d’expositions jugées pornographiques, alors que le photographe autodidacte qui avait séduit les galeries occidentales représentait, entre autres, une nouvelle génération chinoise avec son regard franc sur la sexualité face au conservatisme dominant.

Et pourtant, Ren Hang n’a jamais voulu être politique à travers son art. Il «disait qu’il ne cherchait pas à influencer ou s’ingérer dans la politique chinoise, mais que c’est la Chine qui s’ingérait dans son travail», a expliqué Serebrennikov.

«Je fais ce que je fais, je ne repousse pas exprès les limites», disait encore le photographe.

En plus de Ren Hang, le metteur en scène a convoqué sur scène les esprits d’autres artistes qu’il admire et qui ont été des rebelles malgré eux : le photographe américain Robert Mapplethorpe, décédé en 1989 et connu pour ses portraits de nus masculins, mais aussi Rudolf Noureev, qui avait fait une retentissante défection à l’Ouest en pleine Guerre froide.

Serebrennikov avait d’ailleurs mis en scène en 2017 pour le Bolchoï un ballet sur le légendaire danseur, mais le spectacle avait été pris dans une controverse sur des danseurs nus et l’évocation de l’homosexualité de Noureev, retardant la première de six mois.

Théâtre

Kirill Serebrennikov: l’art contre le mensonge

AVIGNON — Il lui est interdit de quitter Moscou, mais pas de parler : Kirill Serebrennikov, qui présentera mardi à distance sa pièce très attendue au festival d’Avignon, défend l’art comme «acte de résistance» dans un entretien par courriel avec l’AFP.

Poursuivi dans une affaire controversée de détournements de fonds, et après près deux ans d’assignation à résidence finalement levée en avril, le metteur en scène et cinéaste russe signe Outside, un spectacle sur le photographe chinois Ren Hang. Connu pour ses photos érotiques, censuré par les autorités de Pékin, ce dernier s’est suicidé en 2017 à l’âge de 29 ans.

Théâtre

Fini les têtes d’affiche, place aux noms émergents au festival d’Avignon

AVIGNON — Le festival d’Avignon 2019 sera privé de sa plus grande vedette, Kirill Serebrennikov, mais à défaut de grands noms, la prestigieuse manifestation théâtrale met en avant de potentielles pépites qui peuvent créer la surprise.

Après la levée de son assignation à résidence en avril, l’enfant terrible du théâtre russe poursuivi dans une affaire controversée de détournement de fonds reste interdit de voyage hors de Moscou. Mais sa nouvelle pièce, Outside, sur le photographe chinois censuré Ren Hang qui s’est suicidé à 29 ans en 2017, sera bien présentée à Avignon.

Si la 73e édition (4-23 juillet) mise plus sur les nouveaux, elle démarre toutefois avec une pléthore de vedettes de la scène française au spectacle d’ouverture donné traditionnellement dans la Cour d’honneur, lieu de naissance du festival en 1947.

Emmanuelle Béart, Denis Podalydès, Jacques Weber ou encore Stanislas Nordey sont à l’affiche d’Architecture, signée de l’un des dramaturges contemporains français vivants les plus joués au monde, Pascal Rambert. Il y brosse le portrait d’une famille déchirée, comme une métaphore de l’Europe.

Le Vieux Continent, traité également par Roland Auzet dans Nous l’Europe, banquet des peuples sur un texte du prix Goncourt Laurent Gaudé, hante cette édition dont le «fil rouge» est l’odyssée, après le genre l’année dernière.

Le directeur du festival depuis 2013, Olivier Py, a évoqué le retour important de dramaturges de l’Hexagone au festival et un «renouvellement esthétique», plus des deux tiers des artistes invités n’y ayant jamais participé.

«C’est un choix volontaire. On a choisi de faire un festival un peu plus avec les vedettes de demain qu’avec celles d’hier», explique-t-il.

Parmi les jeunes artistes peu connus du public, Clément Bondu avec Dévotion, sur un poète qui convoque dans sa chambre tous les exilés du monde; Julie Duclos avec Pelléas et Mélisande de Maeterlinck; Maëlle Poésy avec sa version de l’Enéide de Virgile et Tommy Milliot qui monte La brèche, un texte de Naomi Wallace sur le viol d’une adolescente.  

Théâtre

Atome ou le fruit des étoiles: une oeuvre «icône» pour le Diamant

Atome ou le fruit des étoiles, l’œuvre de Claudie Gagnon qui ornera le nouveau théâtre Diamant, commence à prendre forme. Cinq immenses cercles de verre seront bientôt assemblés et placés perpendiculairement à la façade du bâtiment, comme une enseigne kaléidoscopique.

«Ça va devenir la signature du Diamant, croit le dg Bernard Gilbert. Pour l’instant, il n’y aura pas d’inscription sur la façade. [L’œuvre sera] l’icône que les gens vont voir en remontant ou en descendant la rue Saint-Jean. Ça va être aussi visible que l’était l’enseigne du cinéma de Paris.»

Le directeur, l’idéatrice et son complice, Ludovic Boney, qui a coordonné la fabrication de l’œuvre, nous ont accueillis dans un local du secteur industriel de Saint-Romuald — loué spécifiquement pour l’assemblage.

«Les parties extérieures sont bombées. Quatre couches représentent le même motif, décalé pour multiplier les angles et les reflets, alors que la couche centrale arbore un motif différent», explique Ludovic Boney. «Des anneaux d’aluminium viennent encercler des morceaux de verre, coupés en pointe, qui sont retenus ensemble par un scellant.»

Chaque cercle mesure 4,5 mètres de diamètre et le «sandwich» qu’ils formeront aura 80 cm d’épaisseur. Une fois terminée, l’œuvre sera transportée debout, par camion, jusqu’au théâtre qui s’élève à l’emplacement de l’ancien YMCA, à la place D’Youville.

Théâtre

Une œuvre «icône» pour le Diamant [VIDÉO]

Atome ou le fruit des étoiles, l’œuvre de Claudie Gagnon qui ornera le nouveau théâtre Diamant, commence à prendre forme.

L’artiste et son complice, Ludovic Boney, nous ont accueillis dans un atelier du secteur industriel de Saint-Romuald vendredi matin. 

Faite de cinq cercles de verre de 4,5 mètres de diamètre qui seront superposés et illuminés, l’œuvre sera «une icône aussi visible que l’était l’enseigne de l’ancien Cinéma de Paris», souligne Bernard Gilbert, dg du Diamant. Texte complet à lire mardi.

Théâtre

La juge Ruth Bader Ginsburg tranche en faveur d’Électre

WASHINGTON — Lentement, sa silhouette frêle s’avance sur la scène. Les applaudissements redoublent, mais la doyenne de la Cour suprême des États-Unis, Ruth Bader Ginsburg, appelle au calme. L’heure est grave, il lui faut juger Électre, la tragique héroïne d’Eschyle.

«Je suis tellement excitée», lance une spectatrice en voyant arriver la magistrate, véritable culte dans les milieux progressistes américains. 

«Go RBG», crie quelqu’un pour encourager cette femme de 86 ans fragilisée cet hiver par une opération aux poumons.

D’un geste lent, elle fait taire les applaudissements. Sa voix fluette, mais précise s’élève dans le Shakespeare Theater à Washington : «La Cour suprême d’Athènes va examiner la plainte d’Oreste contre Électre.»

Selon le scénario retenu pour ce «procès fictif», organisé lundi soir, des tribunaux ont ordonné à Électre de verser d’énormes dédommagements à son frère Oreste au motif qu’elle l’a incité à tuer leur mère, Clytemnestre, et que le jeune roi y a perdu sa réputation et sa santé mentale.

Électre assure que son frère a agi sous les ordres de l’oracle de Delphes et qu’elle n’a rien à se reprocher. Elle demande à la Cour suprême d’Athènes d’annuler sa condamnation.

«Le roi Oreste est malheureux», «il voulait rendre sa grandeur à Athènes» et ça ne marche pas alors il se retourne contre sa sœur, argumente son avocate — rôle endossé par l’avocate Beth Brinkmann — dans le premier d’une longue série d’allusions au président Donald Trump et à son slogan de campagne (Make America Great Again — Rendre à l’Amérique sa grandeur).

«Dysfonctionnelle» 

Représentant les intérêts d’Oreste, Elizabeth Wydra use du même ressort comique. À cause d’Électre, «mon client est victime d’une chasse aux sorcières», plaide-t-elle, en référence à l’expression martelée par le milliardaire républicain tout au long de l’enquête russe.

Leurs flèches déclenchent l’hilarité du public. À Washington, les électeurs votent démocrates à une écrasante majorité et les critiques, même voilées, contre le président font mouche.

La juge Ginsburg, égérie des milieux de gauche en raison de sa défense des droits des femmes ou de l’environnement, ne peut pas se permettre ces écarts. Elle avait été épinglée en 2016 pour avoir critiqué le candidat Trump. Cette fois, elle se contente de questions factuelles.

À ses côtés, Stephen Breyer — un autre sage de la Cour suprême qui incarne un juge à ce procès fictif — ironise sur les drames vécus chez les Atrides, résumant en accéléré les meurtres, infanticides et parricides commis sur plusieurs générations. «Ça me semble être une famille très dysfonctionnelle», conclut-il dans un large sourire.

«Les juges s’amusent» lors de nos procès fictifs. «Ils s’y préparent, ils viennent avec des blagues», explique Abbe Lowell, avocat et président de la Bard Association, un groupe de professionnels du droit fans de théâtre qui soutiennent le Shakespeare Theater.

Depuis 1994, la Bard Association organise deux fois par an depuis quelques années — contre une fois au début — des «procès fictifs», le plus souvent inspirés de pièces de Shakespeare, mais aussi d’auteurs grecs.

«On a toujours au moins un juge de la Cour suprême, parfois deux ou trois», souligne Abbe Lowell.

Ligne à ne pas franchir

Ruth Bader Ginsburg, une fidèle, a ainsi déjà jugé des dossiers inspirés de Macbeth, Camelot ou encore Don Quichotte.

«Ils viennent pour soutenir le théâtre», «parce qu’ils apprécient les thèmes» et parce que «c’est leur activité la plus drôle à Washington», relève le président de l’association.

Mais comment concilient-ils ces soirées avec leur devoir de réserve?

«On a toujours un peu gratté les politiques, mais on le fait avec humour, dans un bon esprit», assure-t-il. «Les participants connaissent la ligne à ne pas franchir.»

Lundi soir, Oreste a pourtant perdu à plate couture : le public et les cinq juges, présidés par RBG, ont à l’unanimité donné raison à sa sœur.

«Il faut mettre un terme au cycle des violences», a déclaré magnanime Ruth Bader Ginsburg pour justifier sa décision. «Nous devons trouver un moyen pour que les gens se réconcilient.»

Théâtre

Paris: le théâtre impérial de Fontainebleau renaît après 140 ans

FONTAINEBLEAU — Le théâtre de Napoléon III au château de Fontainebleau, près de Paris, bijou précieux et symbole du raffinement bourgeois du Second Empire, rouvre à l’identique après 140 ans d’oubli et 12 ans de travaux, grâce à un chèque de 10 millions d’euros (plus de 15 millions $CAN) d’Abou Dhabi.

Soieries capitonnées, moquettes fleuries, ornements peints ou en carton-pierre doré, lustres et lampes, lourds drapés bleutés des rideaux de scène: tout dans ce théâtre et jusque dans les boudoirs, escaliers, vestibules qui l’entourent, donne l’impression d’un écrin préservé pour une époque douillette, luxueuse. Au moins pour l’aristocratie de cour...

Le 27 avril 2007, un projet de restauration étonnant voyait le jour. Cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane, président des Émirats arabes unis, émerveillé par le spectacle de ce théâtre à l’abandon, signait un chèque devant le ministre de la Culture d’alors Renaud Donnedieu de Vabres. Le théâtre de Napoléon III était rebaptisé dans la foulée à son nom.

Douze ans plus tard, le ministre de la Culture Franck Riester et le président du château de Fontainebleau, Jean-François Hébert viennent rouvrir le théâtre situé dans l’aile Louis XV, en présence du chef de la diplomatie des Émirats, Abdallah ben Zayed Al-Nahyane.

Le cheikh est venu voir si le mécénat d’Abou Dhabi a bien restauré ce «bijou» et constater que tout y fonctionne dans les moindres détails. Une certaine tension était palpable dans les derniers préparatifs à la veille du passage du grand mécène arabe.

«Tombé dans l’oubli, ce théâtre était dans un état presque parfait» quand il fut redécouvert, rappelle Jean-François Hébert. C’est d’abord que, sitôt construit, il n’avait été pratiquement pas utilisé - il aurait fonctionné une dizaine de fois entre 1857 et 1868 pour des spectacles devant quelque 400 courtisans.

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Théâtre

Le comédien Mark Rylance quitte la Royal Shakespeare Company, refusant le mécenat de BP

LONDRES — Le comédien britannique Mark Rylance a annoncé vendredi quitter la Royal Shakespeare Company (RSC) pour s’opposer au mécénat de la compagnie pétrolière BP.

«J’ai informé la RSC que je pensais devoir démissionner, car je ne souhaite pas être associé à BP, comme je ne souhaiterais pas l’être à un marchand d’armes, un vendeur de tabac ou toute personne qui détruit délibérément la vie de personnes vivantes et à naître. William Shakespeare ne le voudrait pas non plus, je crois», écrit M. Rylance, considéré comme l’un des plus talentueux comédiens britanniques de sa génération, dans le quotidien The Guardian.

Il a expliqué que son opposition exprimée de longue date au mécénat de BP n’avait rien changé à la position de la direction de la prestigieuse compagnie théâtrale basée à Stratford-Upon-Avon, ville natale de William Shakespeare.

Évoquant les grèves dans les écoles pour protester contre l’inaction face au changement climatique, le comédien ajoute : «Je suis sûr que la RSC veut être du côté des jeunes qui changent le monde, pas des entreprises qui détruisent le monde?»

La RSC s’est dit «attristée» par la décision de Mark Rylance. «Nous reconnaissons l’importance d’un débat vigoureux et engagé pour prendre ces décisions, en particulier à la lumière de l’urgence environnementale et climatique établie», a ajouté la compagnie.

De son côté, BP a refusé de commenter et précisé que son soutien financier permettait d’offrir environ 10 000 billets bon marché à des jeunes chaque année.

La décision de Mark Rylance fait suite à des manifestations d’artistes et de militants environnementaux contre les liens entre BP ou d’autres compagnies pétrolières et des institutions culturelles britanniques comme la National Portrait Gallery, le Royal Opera House ou le British Museum.

«Il n’y a aucune raison de promouvoir l’une des sociétés de combustibles fossiles les plus destructrices au monde en pleine crise climatique», a déclaré Jess Worth, du mouvement Culture Unstained, au Guardian.

«Au moment où des acteurs, musiciens, artistes et passionnés de culture manifestent en choeur leur désapprobation, la RSC, la National Portrait Gallery, le Royal Opera House et le British Museum doivent agir rapidement pour mettre fin à leurs contrats de mécénat, sinon leur réputation en pâtira», a-t-elle ajouté.

Théâtre

Carrefour international de théâtre: un 20e qui sourit

Un parcours «Où tu vas quand tu dors en marchant…?» renouvelé et qui a encore fait courir les foules, une programmation en salles qui a enfin pu se déployer dans son entièreté... Le chiffre 20 semble avoir porté chance au Carrefour international de théâtre, qui s’est terminé le 8 juin.

L’année dernière, la crainte de manifestations en marge du Sommet du G7 a poussé le Grand Théâtre à tirer le tapis sous les pieds — ou plutôt les mains… — du spectacle Cold Blood de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael. Précédemment, la pièce Murmures des murs de Victoria Thiérrée a été frappée de malchance deux années consécutives.

Théâtre

«Hadestown» et «The Ferryman» grands vainqueurs des Tony Awards

NEW YORK — «Hadestown», comédie musicale librement inspirée de la mythologie grecque, et «The Ferryman», pièce de théâtre sur le conflit en Irlande du Nord, ont été les grands vainqueurs des Tony Awards dimanche, les récompenses annuelles de Broadway.

Hadestown partait grand favori de ces 73es Tony avec 14 nominations et huit récompenses au final, dont celle de meilleure comédie musicale.

Le spectacle, version très moderne du mythe d’Orphée et Eurydice, aux sonorités folk et jazz, est arrivé à Broadway en avril après un parcours de 13 ans inhabituel pour les grandes productions de Broadway.

Après avoir démarré comme un spectacle chanté, sans chorégraphie, présenté dans le Vermont dès 2006, il est devenu un album à succès puis un spectacle off-Broadway, passé par Londres et le Canada.

«Si Hadestown a un message, c’est que le changement est possible, qu’après des périodes noires, le printemps va revenir», a souligné la productrice Mara Isaacs en recevant son trophée.

The Ferryman, pièce de Jez Butterworth née à Londres en 2017, était également parmi les grands favoris cette année avec neuf nominations et au final quatre Tony, dont celui de meilleure pièce.

Mise en scène par Sam Mendes - sacré meilleur metteur en scène -, elle raconte, avec beaucoup d’humour et d’entrain, l’histoire tragique d’une disparition dans l’Irlande du Nord de 1981, en pleine grève de la faim du militant républicain Bobby Sands.

Dans une période où l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, use de tactiques troublantes et Margaret Thatcher affiche son inflexibilité légendaire, les secrets d’une famille de la campagne, pleine de personnages hauts en couleur (21 acteurs au total, dont un bébé et une oie en chair et en os) vont progressivement se révéler.

Bryan Cranston récompensé

Théâtre

Neuf (titre provisoire) : la mort leur va si bien

CRITIQUE / Rire du temps qui passe, faire un pied de nez à la vieillesse, envoyer paître ses angoisses, se moquer de ses défaites et «de la mort qui est tout au bout», comme chantait Brel. De tout cela, et plus encore au rayon existentiel, il est question dans la pièce Neuf (titre provisoire), où Mani Soleymanlou fait tourner sa dramaturgie dans un surprenant manège d’émotions.

Woody Allen, passé maître dans l’art de parler de la Grande faucheuse, a dit qu’il n’avait pas peur de la mort, c’est juste qu’il ne voulait pas être là quand elle arrivera. Les cinq personnages réunis pour l’enterrement d’un collègue et ami, ont préféré l’affronter à visière levée, avec en main le texte inédit légué par le défunt, qu’ils garderont en main du début à la fin.

Dans un décor dépouillé — une croix géante aux couleurs changeantes, un cercueil, une table, quelques chaises —Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani —se livrent à une série de réflexions sur leur propre vécu, entre fiction et réalité, le spectateur ne sachant trop si c’est le personnage qui parle ou le comédien lui-même. Qu’importe, au final, le résultat est tragiquement drôle et drôlement tragique.

Tour à tour, les comédiens confient leurs états d’âme, leurs angoisses, leurs frustrations, leurs idéaux perdus. Voyant leur jeunesse s’éloigner dans le rétroviseur, ils revisitent des moments historiques qu’ils ont vécus, comme le Samedi de la matraque ou les deux référendums. Ils évoquent le décès de leurs propres parents et la leur, inévitable, bien entendu, tous baby-boomers qu’ils sont.

Or, malgré ce qu’on pourrait croire à première vue, Neuf (titre provisoire) n’a rien d’une pénible descente dans l’enfer de la morosité, au contraire. À de saines réflexions sur le sens à donner à notre bref passage sur Terre, Soleymanlou ajoute de désopilants segments qui font crouler de rire l’assistance.

Fort de son inimitable voix criarde et de ses mimiques, Pierre Lebeau s’en donne à cœur joie, exprimant son ras-le-bol (le mot est faible) face aux émissions de cuisine qui ont remplacé la culture et à la langue de Fred Pellerin, «le père Gédéon des jeunes». Même Éric Salvail n’échappe pas à son courroux.

C’est sans compter Marc Messier qui, debout derrière le cercueil, décrit le déclin physique lié au vieillissement, «l’antichambre de la décrépitude», où il est question de virilité masculine possible à son âge «si t’es pas trop pressé et bien entouré», du dentier qui rit de son propriétaire, dans un verre d’eau, à côté du lit. Fous rires garantis.

Cette veillée funèbre atypique est agrémentée d’extraits musicaux souvent déconcertants, qui vont de Zorba le Grec à Forever Young d’Alphaville et Eye in the Sky d’Alan Parsons, en passant par des chants grégoriens et My Heart Will Go On, de Céline Dion, rien de moins. 

Puisque la seule certitude de la vie est la mort, autant s’arrêter un moment pour en rire. Et réfléchir aussi à la façon dont on veut vivre le temps qu’il nous reste. Le propos de Soleymanlou atteint parfaitement cet objectif .

Neuf (titre provisoire) est présentée à nouveau samedi, à 16h, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre

Théâtre

«Hidden Paradise»: ingérer l’absurdité fiscale

CRITIQUE / «Hidden Paradise» est une performance alliant danse et parole pour énoncer, répéter, voire ingérer une vulgarisation de l’effet des paradis fiscaux sur notre société. Reprenant de plusieurs manières une entrevue radiophonique, Alix Dufresne et Marc Béland donnent corps à l’injuste et profonde absurdité de l’évasion fiscale.

En écoutant l’économiste et philosophe Alain Deneault exposer en quelques minutes les conséquences de l’évasion fiscale sur nos vies quotidiennes sur les ondes de la Première chaîne, l’ampleur de la supercherie nous ébahit.

Tant d’argent, de millions voire de milliards, qui glissent hors du pays grâce aux stratégies des banques, à qui on demande de faire respecter les règles qu’elles enfreignent à dessein… La situation est tellement absurde qu’elle donne envie de rire, alors qu’à l’intérieur de nous quelque chose se tord un peu plus, et que le cynisme et l’impuissance nous gagnent.

Expérience singulière

Alix Dufresne et Marc Béland, de chaque côté des haut-parleurs et du système de son, écoutent attentivement l’entrevue, en laissant transparaitre par moments de légers signes d’agacement. Ils ont auparavant planté leur décor : un tapis de linoléum beige trop petit pour couvrir le rectangle pointillé dessiné au sol. 

Sitôt l’écoute terminée, les deux interprètes reprennent à leur compte les répliques échangées pendant l’entrevue. Sauf qu’ils s’exécutent en effectuant des portées, en roulant au sol, mains entre les jambes, alors que les pieds de Dufresne enserrent la tête de Béland, comme un engrenage. L’effet est absurde, d’autant plus que les mots sont prononcés avec le plus grand sérieux, sauf pour de légères accentuations de l’intonation et des pauses bien placées, question d’apprécier le comique de leurs positions. 

Ils recommenceront l’exercice en déboulant les répliques à très grande vitesse face au public, ployés sous l’effort et essoufflés, à un débit tel qu’il suscitera les applaudissements spontanés du public à la fin de la performance. 

Puis, alors que Béland, muet hormis quelques soupirs, refusera de dire les répliques de Deneault, celles de Bazzo, dites lentement par Dufresne, résonneront dans le vide. Que des bruits de grincements, presque de criquets, pour toute réponse. 

Répéter des vérités, surtout si le discours ne semble pas avoir d’effet, lasse et essouffle. Même si les paradis fiscaux ne sont pas nouveaux et pèsent de plus en plus lourdement sur les sociétés, qui se dotent de politiques d’austérité plutôt que d’aller récupérer leur dû, l’impuissance nous paralyse.

Le manège sera repris, en cercle, sans paroles, sourire jusqu’aux oreilles. Le duo arrachera ses poches pour s’en faire des barbes et des chapeaux mollassons. Puis avec la plus grande lenteur, jusqu’à l’inintelligible et l’inconcevable, alors que Béland semble confier le discours de Deneault à ses organes, à ses muscles, à son corps en ébullition, tordu et haletant.

L’expérience est singulière, incongrue, mais aussi étrangement jubilatoire par moments. 

Hidden Paradise, vu mercredi, sera de nouveau présenté jeudi à 21h au Périscope.

Théâtre

«Pinocchio»: supplices, humour et beauté

CRITIQUE / Le titre «Magie en clair-obscur» a failli se retrouver au-dessus cette critique du «Pinocchio» de Joël Pommerat, qui a pris l’affiche à La Bordée mercredi. C’était avant de réaliser que c’est exactement celui qui coiffait la recension de sa relecture de «Cendrillon», présentée il y a trois ans au Carrefour international de théâtre. Si sa version toute en contrastes des (més)aventures du pantin qui voulait devenir humain s’avère nettement plus sombre, le lien de parenté entre les deux œuvres — dans leur justesse, leur beauté et leur ingéniosité — est indéniable.

En prenant le conte de Carlo Collodi avec un pas de côté, l’auteur et metteur en scène français propose une poétique réflexion sur l’humanité : celle qu’on acquiert, mais celle qu’on peut perdre. La directrice artistique du Carrefour, Marie Gignac, nous avait annoncé un spectacle «lumineux comme un diamant noir». Force est d’admettre qu’elle n’avait pas menti. 

Comme dans l’histoire originale, le Pinocchio de Pommerat est sculpté dans un morceau de bois par un vieil homme solitaire, qui n’a jamais eu d’enfant. Mais avant même d’avoir trouvé sa forme finale, on sent que le pantin sera fort en gueule : la bûche se plaint avec vigueur sous les coups de scie à chaîne, la marionnette en devenir donne des ordres à son artisan. Et ça ne s’améliorera pas une fois l’assemblage terminé, alors qu’on découvre un «fils» candide et influençable, mais aussi paresseux, cupide, égoïste et insolent devant un père prêt à tous les sacrifices pour lui. Chapeau à l’actrice Myriam Assouline, qui insuffle une irrésistible gouaille au personnage. 

S’égarant volontairement sur le chemin de l’école, Pinocchio ne tarde pas à se mettre dans le pétrin, lui qui n’a pas appris à réfléchir. Et quand voleurs, escrocs, tyrans et tueurs rôdent aux alentours, disons que notre pantin paiera cher les leçons apprises. Heureusement que sa spectaculaire fée veille au grain...

Sans complaisance

S’il s’adresse à des spectateurs âgés de huit ans et plus, Joël Pommerat ne joue pas de complaisance et n’hésite pas à exploiter la noirceur et la violence du conte. Certains segments dans lesquels Pinocchio se fait malmener ont de quoi effrayer un peu les plus jeunes. Mais c’est contrebalancé avec beaucoup d’humour, d’ironie et d’intelligence.

Le spectacle se déploie dans un magnifique écrin fait de clairs-obscurs. La Compagnie Louis Brouillard réussit encore à créer de la magie en faisant bon usage de moments où la salle est plongée dans le noir complet pour complètement transformer le décor en quelques secondes. Voiles, écrans de fumée, éclairages tamisés ou recréant à eux seuls des environnements distincts… Tout est mis en place pour nous plonger dans une atmosphère un peu décalée, pas trop loin d’un étrange cabaret mené par un maître de cérémonie s’adressant directement au public. 

De sa voix profonde, Pierre-Yves Chapalain captive autant dans ce rôle de narrateur bienveillant que dans les multiples personnages secondaires beaucoup moins sympathiques qu’il est appelé à interpréter : escroc, juge injuste, bourreau d’âne… Et que dire de ce «doux» meurtrier cagoulé à la manière du Ku Klux Klan? Du bonbon!

La pièce Pinocchio est présentée jusqu’à samedi à La Bordée.

Arts

Lutte, cirque et «Les sept branches de la rivière Ota» au Diamant

Les têtes pensantes du Diamant ont enfin dévoilé, mercredi. un aperçu de leur saison inaugurale: Robert Lepage reprend «Les sept branches de la rivière Ota», Flip Fabrique présente sa nouvelle création en première nord-américaine, la North Shore Pro Wrestling tient un gala de lutte professionnelle... Un amalgame de formes scéniques événementielles qui devrait continuer de s’enrichir dans la programmation à venir, promet le directeur général Bernard Gilbert.

Il semblait tout naturel d’ouvrir le bal avec une création d’Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, qui est l’initiateur du projet. Du 7 au 15 septembre, on pourra voir une nouvelle mouture de la création-fleuve de sept heures Les sept branches de la rivière Ota, créée il y a un quart de siècle. Près de 75 ans après le bombardement d’Hiroshima, le spectacle est un peu une manière de commémorer ce triste évènement. «Je voulais rappeler que les peuples avancent et perdent la mémoire», a souligné M. Lepage.

Théâtre

Le Prix Paul-Hébert à Marianne Marceau

Pour le personnage qu’elle a défendu dans la pièce «Christine, la reine-garçon» de Michel Marc Bouchard, la comédienne Marianne Marceau a reçu le 4 juin le prix Paul-Hébert, remis chaque année à un interprète s’étant illustré dans un premier rôle. Le travail de la scénographe Marie-Renée Bourget Harvey et du concepteur de costumes Sébastien Dionne sur le même spectacle présenté à La Bordée dans une mise en scène de Marie-Josée Bastien a aussi été récompensé lors de la remise des Prix Théâtre.

La comédienne Sarah Villeneuve-Desjardins a retenu l’attention du jury pour son incarnation de la mère dans The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay, aussi à La Bordée, dans une mise en scène Patric Saucier. Sa chantante prestation sur échasses lui a valu le Prix Janine-Angers, remis à un interprète dans un rôle de soutien.

Théâtre

«Tous des oiseaux»: le marathon-choc de Wajdi Mouawad

CRITIQUE / Chaque Carrefour de théâtre de Québec, ou presque, propose sa représentation marathon. Rappelons les inoubliables «Lipsynch» de Lepage, les «Tragédies romaines» d’Ivo van Hove, voire les deux trilogies de Wajdi Mouawad («Le sang des promesses», «Des femmes»). Le doué dramaturge était de retour dans la capitale lundi soir pour l’unique représentation de «Tous des oiseaux», une pièce-choc qui s’inspire du conflit israélo-palestinien pour continuer l’exploration des thèmes familiers à l’auteur d’Incendies.

On mentionne la pièce à dessein, mais cette nouvelle œuvre de quatre heures, basée sur la quête du père, est plus proche de Littoral (présentée avec Incendies et Forêt au Carrefour en 2010). Poursuivant sa réflexion sur la question identitaire, Mouawad jette aussi dans sa marmite bouillonnante de crises existentielles de grandes tasses de guerre de religion, de race, de secrets familiaux, de filiation… Un mélange explosif qui se révèle pourtant plus cérébral qu’émotif (et rate ainsi de peu le centre de la cible).

Le créateur n’a pas complètement gommé son aspect abrasif — certains monologues déferlent avec fracas de la scène vers la salle. Mais il semble (un peu) plus apaisé, proposant, à la clé, un espoir de rédemption qui passe par l’amour (avec un clin d’œil à la conclusion du monumental film Interstellaire (2014) de Christopher Nolan).

Tous des oiseaux met d’abord en scène les New-Yorkais Eitan (Jérémie Galiana), jeune scientifique juif, et Wahida, doctorante arabe d’une fabuleuse beauté interprétée par Nelly Lawson (dont le jeu inégal s’est avéré une source d’agacement). Ses recherches sur Léon l’Africain servent de pilier aux dilemmes qu’affrontent les protagonistes.

Cet amour (impossible), dont les deux années de bonheur sont résumées de magistrale façon, provoquera un épouvantable conflit entre le fils et son père David (Raphael Weinstock), un homme borné, raciste et colérique.

Cet antagonisme pousse le couple du côté de Jérusalem où un attentat laisse Eitan entre la vie et la mort. À son chevet, la famille, réunie autour du blessé et de la caustique matriarche Leah (savoureuse Leora Rivlin), va découvrir un terrible secret…

Théâtre

«Granma. Les trombones de La Havane»: fascinante rencontre

CRITIQUE / Sur l’écran géant de la salle Multi du complexe Méduse, alors que la pièce Granma. Les trombones de La Havane tire à sa fin, on peut voir les vagues se briser sur le Malecón tandis que la caméra vient momentanément se poser sur un bus de touristes. Après deux heures d’une fascinante rencontre qui nous amène au cœur de l’histoire récente cubaine et à mille lieues de l’expérience réductrice du «tout inclus», l’image a de quoi frapper l’imaginaire...

Présenté au Carrefour international de théâtre par la compagnie berlinoise Rimini Protokoll Granma. Les trombones de La Havane donne au spectateur l’occasion de faire la connaissance de quatre jeunes Cubains, petits-enfants de révolutionnaires. Alors que leur pays vit de nouveau de grandes transformations, ceux-ci décortiquent les changements politiques et sociaux qui ont marqué les dernières décennies sur l’île caribéenne à travers le parcours de leurs grands-parents et leur propre vécu. Dense en contenu informatif, la singulière expérience n’en demeure pas moins franchement sympathique.

Théâtre

«Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l'irrémédiable»: petite leçon de paranoïa

CRITIQUE / Dans un monde où des fusillades font les manchettes de manière quasi quotidienne, quiconque développe une obsession pour la sécurité trouvera vite matière à attiser sa paranoïa. Voilà la prémisse exploitée de brillante manière par «Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable», pièce présentée au Carrefour international de théâtre dans laquelle la comédienne Alice Pascual captive autant qu’elle étonne.

C’est la dernière journée de l’année scolaire et ladite Madame Catherine ne compte pas quitter ses jeunes protégés sans leur prodiguer une dernière (et inoubliable) leçon. Traumatisée par la tuerie de l’école primaire Sandy Hook — lors de laquelle une vingtaine d’enfants ont été abattus en 2012 au Connecticut — et jugeant que l’établissement où elle enseigne n’en fait pas assez pour assurer la sécurité des petits, elle prend les choses en main. Coûte que coûte, sa classe saura quoi faire en situation de fusillade… Quitte à pousser le bouchon un peu (beaucoup?) trop loin.

Théâtre

«Le dire de Di»: envoûtant voyage au pays de l’adolescence

Le dramaturge franco-ontarien Michel Ouellette a trouvé en Marie-Ève Fontaine la caisse de résonance plus que parfaite pour faire exploser sa prose imagée, jeudi, à salle Multi de Méduse. Dans «Le dire de Di», la jeune comédienne, complètement habitée par son personnage, déploie une énergie et une fougue peu communes pour recréer le bouillonnement émotif d’une adolescente à la recherche d’absolu.

CRITIQUE/ Seule sur scène pendant une heure et demie, Marie-Ève Fontaine, originaire du Manitoba, livre une performance d’exception, revisitant toute une gamme d’émotions pour donner vie au personnage de Di (le diminutif de Diane), une jeune fille habitant un ailleurs imaginaire, perdu entre la forêt et les champs, avec une famille atypique formée de sa mère Makati, de son père Paclay et de Mario Morneau, le deuxième mari de sa mère. Tout ce beau monde devra composer avec un «grand malheur» qui viendra bouleverser «l’ordre cosmique des choses», soit l’arrivée d’une compagnie minière qui convoite leur terre.

Théâtre

Hidden Paradise: L'évasion fiscale sous la loupe

C’était un matin de février en 2015. Au volant de son automobile, la radio branchée à Ici Radio-Canada Première, Marc Béland écoute l’économiste et philosophe Alain Denault expliquer à Marie-France Bazzo les désastreuses conséquences de l’évasion fiscale sur la vie du simple citoyen. La colère monte en lui.

De retour à la maison, il partage son état d’esprit à sa compagne, la metteure en scène et dramaturge Alix Dufresne qui communie sur le champ à son état d’esprit. De cette double indignation est née l’idée de Hidden Paradise, œuvre hybride où le couple revisite le verbatim de l’entrevue dans son intégralité, en boucle, pendant une heure, à travers une déconstruction du langage et du corps.

Théâtre

Neuf (titre provisoire): Jouer sa propre vie

Dans la création d’une pièce, Mani Soleymanlou aime le travail en collégialité, le brassage d’idées avec ses comédiens dont on ne sait trop, une fois sur scène, s’ils parlent en leur propre nom ou à travers leurs personnages. Le metteur en scène a appliqué la même formule à «Neuf (titre provisoire)» où cinq vétérans du métier se dévoilent, le temps d’une soirée, dans un salon funéraire.

Pour l’occasion, Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métallus et Monique Spaziani ont discuté avec lui pendant une dizaine d’heures, en amont, de grandes questions existentielles, au premier rang la vieillesse et la mort, mais aussi leurs rêves évanouis à travers l’évolution de la société.

Théâtre

«Sous la feuille»: dans la forêt des géants

Sous une grande feuille qui change de couleur, près d’un tronc d’arbre magique où dansent les ombres, deux personnages jouent, campent, bougent, chantent et se transforment. Josué Beaucage et Ariane Voineau signent un premier spectacle pour bambins ingénieux, espiègle et rempli de moments doux.

CRITIQUE / Pour construire Sous la feuille, les deux créateurs de Québec ont conjugué les disciplines. Elle danse, il joue de la musique, chante et compose. Tous les sens des jeunes spectateurs sont donc sollicités. Ça commence dès l’accueil, où tous doivent se départir de leurs chaussures et peuvent attendre en bougeant à leur aise dans une pièce qui baigne dans une douce lumière, et où l’on entend des sons de la forêt. On invite les adultes à laisser les enfants réagir à ce qu’ils vont voir. Seule consigne, qui pique déjà leur curiosité : rester sur la fourrure.

Théâtre

«Le pas grand chose»: tout est dans tout

CRITIQUE / Johann Le Guillerm est un drôle de phénomène. Une sorte de penseur ingénu abonné à une douce folie qui invite à regarder notre monde d’un autre œil, entre logique et absurdité. Si l’humoriste André Sauvé a le chic de poser des questions existentielles, attendez de découvrir les démonstrations de l’artiste français dans sa «conférence pataphysique ludique» baptisée «Le pas grand chose».

Si tous les chemins mènent à Rome, Le Guillerm cherche celui qui ne s’y rend pas, quitte à abandonner sur le bord de la route le spectateur complètement médusé par ses digressions. Car matière à se gratter le ciboulot il y a dans ce spectacle, déconcertant à souhait. On vous conseille d’apporter un ou deux cachets d’aspirine pour remettre en état vos neurones qui ne manqueront pas de faire du temps supplémentaire pendant presque une heure et demie.

Seul sur scène avec son laboratoire mobile, dont la surface qui sert de tableau noir est retransmise sur écran géant via une caméra miniature, l’artiste circassien français au ton imperturbable s’amuse à donner dans la pataphysique, cette science fictive des épiphénomènes et des solutions imaginaires qui a déjà séduit Boris Vian, Prévert et autres Ionesco.

Veston cravate trois pièces, une longue et mince tresse lui tombant sur l’épaule, Le Guillerm se lance dans une série de «chantiers» tous plus fous les uns que les autres, comme l’origine de la calligraphie des chiffres. Avertissement : ce numéro risque de perturber le spectateur allergique aux mathématiques, nous préférons vous en avertir.

Une banane n’est pas une banane

De la même façon qu’une pipe n’est pas une pipe pour Magritte, une banane n’est pas simplement une banane pour Le Guillerm, mais plutôt un fruit aux propriétés physiques insoupçonnées, suffit seulement de savoir choisir celle «qui sait faire quelque chose». Pendant que Le Guillerm mange sa banane prototype en silence, pendant un long moment, ça laisse tout le temps pour réfléchir. Car «toute banane a une fin, mais toute fin n’a pas une banane».

De la même façon, dans un paquet de pâtes en serpentin, il s’en cache toujours un spécimen plus habile que les autres. Encore là, suffit de le trouver et de démontrer ses habiletés cachées.

Vous avez du mal à suivre? Pas grave, le public de La Bordée aussi, d’où les nombreux rires nerveux entendus tout au long de la soirée.

L’art d’éplucher une clémentine sous diverses formes conduit à des théories saugrenues et une panoplie de pictogrammes bizarroïdes. La projection de formes diverses en ombres chinoises débouche sur une autre conception, étonnante celle-là, de ce qui est parfois invisible au regard. Des tresses de cheveux deviennent prétexte à des diagrammes où une chatte ne retrouverait pas ses petits.

De façon plus concrète, Le Guillerm sème l’ébahissement en fin de spectacle avec ses «fleurs cinétiques aquatiques» qui se déplacent lentement, de façon presque magique, lorsque vaporisées d’eau.

«S’il y a 1000 manières de voir les choses, il y a aussi 1000 manières de ne pas les voir», rappelle l’artiste dans cette conférence-performance atypique où l’on ne sait plus trop ce qui est vrai et ce qui est faux. On en sort un peu sonné, nos repères en déroute, la seule chose apparaissant plus claire, comme le dit Le Guillerm, étant qu’on n’y voit pas mieux...

Le spectacle vu mardi est de nouveau présenté mercredi et jeudi, à 20h, à La Bordée.

Théâtre

«Hakim à Québec»: enquête et mains tendues

Un appel à la prière musulman qui résonne dans l’enceinte d’une église catholique, une représentation interrompue le temps de briser le jeûne du ramadan en partageant un thé sucré à la menthe et des dattes… Plusieurs mains ont été tendues vers une meilleure compréhension de l’autre, lundi, lors de la lecture publique de la pièce documentaire «Hakim à Québec» de Maxime Beauregard-Martin.

Le projet était à la base une «enquête sur le racisme systémique» dans la capitale menée pour le compte du magazine Urbania et lancé près d’un an après la tuerie de la Grande mosquée. Selon ce qu’on a vu lundi, il est devenu une grande réflexion sur le vivre ensemble. 

L’auteur et comédien a d’abord été appelé à aller à la rencontre d’une personne musulmane pour comprendre les défis auxquels elle est confrontée au quotidien. Le hic, c’est que son premier interlocuteur, le Hakim du titre, n’avait d’emblée rien à signaler. Notre enquêteur a donc vite compris qu’il devrait aller voir ailleurs s’il voulait remplir sa commande… Et il a aussi vu la nécessité de multiplier les points de vue lorsqu’il a choisi de porter son enquête à la scène. 

Diplômé en journalisme, Maxime Beauregard-Martin aime bien ancrer son écriture dans des faits réels. La compagnie qu’il a cofondée, On a tué la une, utilise ainsi l’actualité comme «une piste de décollage», selon sa description officielle. On doit notamment à Beauregard-Martin — qui cosigne le tableau Terre promise du nouveau parcours Où tu vas quand tu dors en marchant…? — la pièce Mme G., inspirée de la vie de la tenancière de bar clandestin Thérèse Drago. Le spectacle, dans lequel Beauregard-Martin interprétait son propre rôle, a fait bonne figure à Premier Acte en 2016, si bien qu’il a été repris sur la scène de La Bordée l’an dernier. 

Non-acteurs

Dans Hakim à Québec, l’auteur se met une nouvelle fois en scène, mais il offre aussi une voix à certains intervenants qui ont nourri son investigation. Dans la deuxième étape de travail présentée lundi à La Nef (une première mouture du texte a été lue aux Chantiers du Carrefour international de théâtre l’an dernier), on a pu entendre Rachid Raffa, dont la vision du vivre ensemble n’est pas très optimiste. Il décoche autant de flèches aux islamophobes qu’aux musulmans qui «se rendent vulnérables» en ne dénonçant pas les gestes d’islamophobie dont ils sont victimes. 

Bénévole au Centre multiethnique, Réjean Bouchard porte un point de vue inverse, alors qu’il a trouvé un véritable frère — et quelques neveux et nièces d’adoption — dans la famille syrienne avec qui la sienne a été jumelée. 

La chroniqueuse Maryam Bessiri (co-porte-parole de la commémoration citoyenne de l’attentat de la Grande mosquée) a livré un message d’amour en plusieurs dimensions : pour son pays d’origine et son quartier d’adoption, pour son mari, pour sa liberté de parole et la responsabilité qui vient avec son micro… Dans une ville où certaines stations traînent encore l’étiquette de radio-poubelle.  

Finalement, la comédienne Nadia Girard Eddahia s’est imposée comme un véritable caméléon en interprétant tous les autres rôles, en plus d’ajouter son grain de sel en tant que fille d’immigrant. 

La lecture publique de Hakim à Québec figurait parmi les activités satellites du Carrefour international de théâtre. Un rendez-vous similaire a été fixé avec l’auteure Fanny Britt, alors que sa pièce Hurlevents sera mise en lecture à La Nef le 2 juin.

Le Carrefour international de théâtre se poursuit jusqu’au 8 juin.

Théâtre

«Post humains»: vers là où nous allons

CRITIQUE / Sommes-nous plus qu’un sac de viande et une somme de données qui permettrait de recréer un avatar électronique de nous-mêmes, après notre disparition? C’est le type de questions bio-futuro-existentielles qui nous traversent l’esprit pendant «Post Humains», pièce d’autofiction documentaire présentée au Carrefour international de théâtre de Québec.

Nous n’avons aucun mal, pendant près de deux heures, à suivre avec attention les démarches et les recherches de Dominique Leclerc, qui est partie à la rencontre des communautés cyborgs et transhumanistes. Sa quête d’abord médicale, pour trouver des alternatives à son glucomètre, se transforme graduellement en quête beaucoup plus vaste sur l’avenir de l’humanité. La prochaine évolution de l’espèce passe-t-elle par l’amalgame du corps — voire du soi — avec la technologie?

Assez rapidement, grâce à de simples questions adressées au public avant et pendant la représentation, on comprend que la réponse sera inévitablement «oui». Et qu’il faut maintenant s’intéresser à comment nous encadrerons cette évolution.

Avec beaucoup de franc-parler et d’autodérision, Dominique Leclerc nous laisse l’accompagner à la rencontre de divers intervenants (dont on nous fournit heureusement la liste dans le programme, sinon on avoue qu’on aurait parfois peine à s’y retrouver). Didier Lucien en joue plusieurs, du directeur de l’ingénierie chez Google à celui souvent cité comme étant le premier cyborg, en livrant l’essentiel de leurs propos tout en se permettant une dose d’humour. Édith Paquet, aux commandes d’une console, agit comme vulgarisatrice, se faisant un devoir de définir tout terme nouveau ou méconnu pour le bénéfice du public. 

Dennis Kastrup, un journaliste allemand qui a gagné le cœur de Dominique Leclerc peu après le début de sa quête, complète le quatuor. Il aide à lier la démarche documentaire (à laquelle il a participé sur le terrain) aux enjeux plus intimes, comme le mariage, l’avenir à deux malgré la maladie et la perspective du deuil, au fil de plusieurs scènes de couples.

Mis en scène par Leclerc et par Édith Patenaude, leur coup de foudre ou la demande en mariage deviennent des vignettes comiques. On ne plonge jamais réellement dans l’intimité du couple (même lorsqu’on inclut un vibrateur connecté), ni dans le véritable magma émotif qu’a pu susciter tous ces questionnements. Les créateurs ont préféré l’expérimentation et l’exposé, des manières plus posées de prendre toute la mesure de ce qui nous attend.

Un tulle sert d’écran pour le contenu Web et vidéo et permet de faire apparaître des effets bleutés pour illustrer l’activité cérébrale ou le soi désincarné. Derrière, un damier de boîtes placées dans des douches de lumière rappelle les dossiers alignés sur un bureau d’ordinateur. Il illustre un monde de possible, tous ces souvenirs qu’on ne peut jeter, ou encore ces données accumulées inlassablement pour nourrir les algorithmes. 

Malgré l’intérêt évident des enjeux abordés, la multitude de questions qu’il suscite et la forme scénique dynamique et sympathique, Post Humains n’a pas la même force de frappe que le ishow, auquel avaient participé Leclerc et Patenaude. C’est plutôt une main tendue, pour entrer dans la discussion. 

Le spectacle vu dimanche sera de nouveau présenté lundi et mardi à 19h à la salle Multi de Méduse.