The Weeknd a servi sans perdre une minute une enfilade de pièces, souvent écourtées pour en mettre le plus possible dans ce programme musical d’une heure et demie.

The Weeknd: à vive allure

CRITIQUE / La deuxième fois aura été la bonne pour The Weeknd dans la capitale. Après un rendez-vous manqué l’année dernière au Centre Vidéotron, le Torontois s’est repris à vive allure jeudi, sur les plaines d’Abraham, en ouverture du 51e Festival d’été de Québec (FEQ).

En 2017, Abel Tesfaye (de son vrai nom) avait prétexté une intoxication alimentaire pour annuler son concert prévu dans le nouvel amphithéâtre. En coulisse, on avançait que ce qui était resté en travers de la gorge de la vedette puisant dans la pop et le RnB, c’était davantage les modestes résultats en billetterie. Dans la formule plus abordable du FEQ, The Weeknd n’a pas peiné à faire converger les festivaliers vers les Plaines. L’honneur est sauf, pourra-t-on dire. Et l’accueil fort enthousiaste, devrons-nous ajouter. 

Avec quelques minutes de retard sur l’horaire annoncé, le jeune homme au toupet souvent vertigineux s’est pointé sur scène une casquette vissée sur la tête (on a eu droit à ses bouclettes plus tard en soirée), trois musiciens et un vaste dispositif d’éclairages à ses côtés. Souvent appuyé de bandes auxquelles il a donné la réplique d’une voix aussi assurée que haut perchée, il a servi sans perdre une minute une enfilade de pièces, souvent écourtées pour en mettre le plus possible dans ce programme musical d’une heure et demie. La plupart du temps, ses interactions avec le public se sont résumées à scander «Quebec City» pour fouetter des troupes déjà bien motivées (du moins à l’avant-scène). Le moins qu’on puisse dire, c’est que le monsieur n’est pas trop jasant et préfère laisser parler sa musique. 

Là-dessus, The Weeknd a frappé fort dès le départ en enchaînant coup sur coup Pray For Me (sans Kendrick Lamar, il va sans dire…) et Starboy. Son interprétation de la très mélodique Reminder a fait rebondir le parterre, qui a répondu à son invitation («bounce, bounce!») sans se faire prier. Particulièrement efficace, le duo Secrets et Can’t Feel my Face a fini de dégourdir les festivaliers. Et notre homme ne voulait pas que ça s’arrête. «Québec, continue de danser!» a-t-il lancé avant d’entonner I Feel it Coming. S’il a calmé le jeu en fin de parcours avec Call Out my Name, du récent minialbum My Dear Melancholy, c’était pour mieux finir la soirée d’explosive façon avec The Hills, bonifiée d’effets pyrotechniques, reçue par un parterre sautillant qui aurait sans doute espéré un petit rappel. En vain.

Chromeo

Juste avant The Weeknd, le duo Chromeo a mis la table de fort belle manière en faisant déferler sur les Plaines une réjouissante vague de son électro-funk vitaminé. Il fallait être franchement grincheux ou exceptionnellement coincé pour ne pas au moins taper frénétiquement du pied devant la proposition des Montréalais, qui reviennent, nous disent-ils, d’une grosse tournée de festivals aux États-Unis. Si la fatigue se fait sentir — le groupe a récemment annulé des concerts prévus en Australie, prétextant avoir été rattrapé par la rigueur de son horaire de spectacles —, rien n’y a paru lors de la prestation d’une heure. 

Dans un décor chromé faisant honneur à leur nom (mais sans les talons hauts qu’ils ont adoptés pour la pochette de leur cinquième album, paru le mois dernier), P-Thugg et Dave 1 n’ont pas ménagé leurs efforts pour mettre la foule dans le coup : encouragements nourris, permission spéciale accordée de monter sur les épaules d’un confrère festivalier (le temps de la chanson Over Your Shoulder, on a de la suite dans les idées!) et tentative de battre un record en faisant danser la foule jusqu’au fond du terrain… Ces «lords» du funk autoproclamés ont le tour et se sont montrés à la hauteur de leurs prétentions.