Aaron (Sullivan Jones), Jess (Jasmine Batchelor) et Josh (Chris Perfetti) viennent d'apprendre que le bébé que porte celle-ci est atteint du syndrome de Down.
Aaron (Sullivan Jones), Jess (Jasmine Batchelor) et Josh (Chris Perfetti) viennent d'apprendre que le bébé que porte celle-ci est atteint du syndrome de Down.

The Surrogate: On le garde ou pas? *** 1/2

CRITIQUE / Que feriez-vous si votre futur bébé était atteint du syndrome de Down (trisomie 21) ? C’est la délicate question qu’explore avec beaucoup de doigté et d’aplomb Jeremy Hersh dans The Surrogate, superbe drame naturaliste qui ne porte aucun jugement et laisse le spectateur se confronter avec ses propres réflexions (ou partis pris, c’est selon).

Hersh est un jour entré dans un centre communautaire qui réunit parents et enfants nés avec le syndrome de Down. Ce fut l’élément déclencheur. Mais il s’est aussi inspiré de sa réalité d’homosexuel blanc — et donc en partie privilégié — pour examiner la question sous un angle différent.

Il a imaginé un couple biracial formé d’Aaron (Sullivan Jones) et de Josh (Chris Perfetti). Jess (Jasmine Batchelor), la meilleure amie de celui-ci, est ravie d’agir comme mère porteuse. Sans aucune compensation. Par grandeur d’âme.

Jusqu’à ce que tombe, à la 13e semaine, le verdict des tests prénataux. Le trio est atterré. On le garde ou pas ? Une telle décision ne se prend pas à la légère. D’autant que Josh a grandi avec un enfant trisomique dans son entourage, décédé depuis. Homme sensible — son mari Aaron, un avocat, est plus cérébral —, il craint manifestement de revivre la même situation.

Au fur et à mesure que le couple commence à verbaliser ses réticences, Jess, qui travaille pour une ONG, se sent de plus en plus investie d’une mission. La jeune femme cherche partout autour d’elle une approbation, quitte à élever seule le bébé...

Pour un premier long métrage, le réalisateur new-yorkais a tourné un film qui évoque un croisement entre l’univers de Noah Baumbach (Frances Ha) et le mouvement mumblecore, notamment pour son utilisation de dialogues en partie improvisés en de longs plans qui laissent le temps aux scènes de se développer et de vivre d’une existence propre.

The Surrogate aborde le sujet en couvrant tous les angles : sociaux-économiques, philosophiques, éthiques (Jess y évoque par deux fois la question de l’eugénisme)…

Et plus le récit avance, plus le spectateur se sent happé et «forcé», en quelque sorte, de prendre position dans un débat où il n’y a absolument aucune bonne ou mauvaise réponse. Il est d’ailleurs fascinant de voir notre point de vue fluctuer en fonction des arguments qui sont amenés, de part et d’autre.

Jess cherche l'approbation partout, notamment auprès de Bridget (Brooke Bloom), mère d'un enfant trisomique, l'adorable Leon.

Le scénario d’Hersh déborde de la problématique liée à un éventuel avortement en abordant aussi des questions de genre et de race. Notamment lorsque Jess discute avec ses parents, qui se refusent à voir cette jeune femme brillante «ruiner» son avenir en perpétuant le cliché de la mère monoparentale noire — en plus avec un enfant requérant des soins particuliers.

La trajectoire générale de Surrogate demeure prévisible, du moins dans l’opposition entre Josh et Aaron, d’une part, et Jess, d’autre part. Honnêtement, ce n’est pas ce qui compte ici. Mais la façon intelligente d’aborder une problématique sérieuse et la performance remarquablement incarnée de Jasmine Batchelor.

Une autre aurait pu s’y casser les dents — verbomotrice, intrusive, trop intense et parfois bornée, Jess ne génère pas une énorme dose de sympathie. Et pourtant, on finit par s’y attacher. Parce qu’elle a l’épaisseur du réel.

The Surrogate est disponible en version originale anglaise sur la plateforme du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : The Surrogate

Genre : Drame

Réalisateur : Jeremy Hersh

Acteurs : Jasmine Batchelor, Chris Perfetti, Sullivan Jones

Durée : 1h44