Seuls, les contre-ténors ne seraient peut-être pas des plus éblouissants, mais tous ensemble, les King's Singers génèrent un merveilleux bonheur, salutaire à une douzaine de jours de Noël.

The King's Singers: six hommes en or

CRITIQUE / De l'humour, du talent, de la classe... Difficile de ne pas tomber sous le charme des King's Singers, un sympathique - et mythique - sextuor vocal britannique, qui s'arrêtait à Québec à l'invitation du Club musical pour nous livrer une large gamme de chants de Noël.
Leur première partie allait du chant médiéval Veni, veni Emmanuel au chant autrichien Still, Still, Still, en passant par plusieurs pièces traditionnelles, mais pour la seconde, les chanteurs ont délaissé leur lutrin (et les iPad qui leur sert de cahiers de chants) et ont sorti leurs voix de jazz pour de pimpantes versions des classiques d'aujourd'hui.
Le concert a fait alterner chants et lectures, à l'image du Festival of Nine Lessons and Carols, qui se tient justement à la chapelle du King's College de l'Université de Cambridge depuis 1918. Les King's Singers avaient pris la peine de préparer une version spéciale de leur concert pour Québec, avec des surtitres en français pour les chansons et des textes en français pour les lectures, dont la basse Jonathan Howard et les barytons Christopher Gabbitas et Christopher Bruerton se sont font bien acquittés, parlant lentement et avec de l'intonation pour se faire comprendre malgré leur fort accent. La lettre d'un soldat anglais inconnu nous a atteints davantage que les premiers textes plus descriptifs et empreints d'une aura de prière et que la lecture du texte de la chanson Petit Papa Noël. 
C'était un peu étrange d'entendre Howard mentionner qu'ils étaient heureux d'être de retour après 25 ans au Club musical, alors qu'aucun des chanteurs présents hier soir ne faisait alors partie du choeur, mais les King's Singers forment visiblement une entité intemporelle, qui dépasse les ego personnels. 
La première partie nous a permis de prendre la mesure de leur unité. Ils fonctionnent comme un orgue humain ou un mini-orchestre, chaque voix jouant sa partition, convergeant pour les moments de communion. C'est fou, l'émerveillement et l'énergie que peuvent susciter six voix humaines sans aucun accompagnement musical! Dans There is No Rose of Such Virtue, les deux contre-ténors (Timothy Wayne-Wright et Patrick Dunachie) et le ténor (Julian Gregory) chantent la mélodie, alors que les barytons et la basse créent la section rythmique. Pour la magnifique mélodie In the Bleak Midwinter, une seule voix prononce des mots alors que les autres forment littéralement une enveloppe musicale avec leurs voix. Carols of the Bells, qui a un effet galvanisant instantané, a pris une nouvelle ampleur, magique, une fois passée dans la moulinette des King's Singers.
Seuls, les contre-ténors ne seraient peut-être pas des plus éblouissants, mais tous ensemble, les King's Singers génèrent un merveilleux bonheur, salutaire à une douzaine de jours de Noël.
La deuxième partie était du vrai bonbon, sucré et drôle, alors qu'humour, pas de danses et exclamations enjouées ont ponctué leurs interprétations de Sleigh Ride ou Santa Claus is Coming to Town.
Le spectacle des King's Singers était présenté une seule fois, mardi soir au Palais Montcalm.