Dans The Dragonfly of Chicoutimi, livré sous la forme d’un long monologue, Jack Robitaille incarne Gaston Talbot, un Saguenéen devenu aphasique après un traumatisme, et qui s’est réveillé un matin ne sachant parler qu’anglais.

The Dragonfly of Chicoutimi: fascinante quête identitaire

CRITIQUE / Une pièce de théâtre en anglais, mais destinée à des francophones… À sa création, à quelques mois du référendum de 1995, The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay avait de quoi (d)étonner. Vingt-trois ans plus tard, sur la scène de La Bordée, le spectacle demeure, sans jeu de mots, une bibitte théâtrale unique, portée de magistrale façon par Jack Robitaille.

The Dragonfly… nous amène à la rencontre d’un dénommé Gaston Talbot, Saguenéen devenu aphasique après un traumatisme et qui s’est réveillé un matin en sachant uniquement parler anglais. C’est dans cet anglais «langue seconde» plutôt maladroit qu’il en viendra à nous raconter ce qui l’a mené là. Dans son récit en poupées russes, une histoire en dissimule une autre, des souvenirs d’enfance mèneront dans un monde onirique (voire cauchemardesque!) qui cache à son tour une révélation, une confession. 

La pièce a d’abord été un solo incarné par le regretté Jean-Louis Millette. Dans l’actuelle (et inventive) mise en scène de Patric Saucier, on se retrouve en duo pour donner vie à l’histoire de Gaston. Tantôt interlocutrice, tantôt présence musicale, tantôt figure maternelle gigantesque et monstrueuse, Sarah Villeneuve-Desjardins gravite habilement autour de Jack Robitaille en offrant plusieurs pivots au spectacle. Mais on s’entend que c’est Robitaille lui-même qui se retrouve avec le plus gros du contrat dans ce texte multipliant les tons. Son Gaston s’avère étrange, drôle, attachant, troublant. L’acteur d’expérience s’en tire avec brio. 

Décliné comme un long poème, le monologue signé par Larry Tremblay conserve un côté assez impressionniste pour être interprété sous différents angles. Il y a certes une métaphore porteuse dans ce personnage qui adopte soudainement la langue d’un oppresseur. Mais le contexte n’est plus le même qu’en 1995, même si les questions identitaires sont toujours bien présentes, quoique posées différemment. Sous la loupe de Patric Saucier, dans un environnement scénique magnifié par les projections de Keven Dubois, c’est davantage le volet personnel qui est mis en exergue. Nous nous retrouvons devant un homme complexe en quête d’identité, qui utilisera moult détours, mensonges et illusions avant de se révéler. Et c’est plutôt fascinant.

La pièce The Dragonfly of Chicoutimi est présentée à La Bordée jusqu’au 24 novembre.