Le groupe The Decemberists a livré une prestation rock des plus agréables.

The Decemberists sous toutes les facettes

CRITIQUE / Pour leur première visite à Québec, jeudi, au parc de la Francophonie, les Decemberists se sont appliqués non seulement à puiser dans l'ensemble de leur répertoire, mais à montrer leurs nombreuses facettes. Teintes rock, folk et progressives sont ainsi apparues autant que sensibilité, humour et professionnalisme.
La troupe de Portland, en Oregon, a ouvert en trombe. D'abord The Crane Wife 3, probablement l'une de ses chansons les plus connues, puis l'ambitieuse suite en trois temps, The Island, qui s'échelonne sur une douzaine de minutes et qui passe d'un rock mordant et complexe à une finale acoustique, nuancée et subtile. Il n'y avait pas de place pour le doute : le quintette, augmenté de deux choristes, était en grande forme. Mieux, il était servi par une excellente sonorisation, ce qui permettait d'apprécier le jeu de chacun et les richesses des orchestrations.
Le leader Colin Meloy n'a pas caché sa curiosité envers les macarons lumineux des festivaliers et a raconté qu'à l'école, il était le Donald Trump de son «french club». Il a admis, en effet, ne pas maîtriser la langue - ou si peu. Il semblait aussi croire que la fête nationale des cousins français était fortement célébrée chez nous, car il y a fait allusion plusieurs fois. C'était approprié, toutefois, en fin de concert, lorsqu'il a parlé des attentats de Nice, indiquant que «méditer à propos de la liberté, l'égalité et la fraternité pourrait être utile.»
Les Decemberists n'ont pas eu droit à la plus grande foule du parc de la Francophonie. Les lieux étaient remplis, mais c'était passablement aéré. Toutefois, les Américains avaient un public qui les connaissait bien et qui prenait son pied. Il faut dire que les interprétations étaient sans bavure, qu'on touche au rock du récent Make You Better ou à la folk de January Hymn.
Le groupe ne s'est pas contenté de toucher à presque tous ses albums, il a aussi défendu un titre inédit. À mi-chemin, cependant, les Decemberists ont eu tendance à s'enliser dans une séquence de ballades ou de pièces doucereuses qui ont ralenti le rythme du concert et qui a fait perdre l'attention de plusieurs. La machine a redémarré en force avec une solide Rake's Song, puis O Valencia! et The Chimbley Sweep, où Meloy s'amusait à contrôler son orchestre de manière excentrique et rigolote.
La soirée s'est terminée dans la folie contagieuse de The Mariner's Revenge Song. Le public a été invité à participer pour illustrer vocalement une partie de l'histoire. Une baleine géante est même apparue pour dévorer le groupe!
Tire le Coyote
Auparavant, Tire le Coyote investissait, pour la première fois, le parc de la Francophonie. Flanqué de cinq musiciens, il a plongé dans son répertoire country-folk avec aisance. Sa bande affichait une belle complicité et savait envelopper son chant et son trémolo caractéristique de textures soignées. À la guitare acoustique du leader, s'intégrait harmonica, guitare électrique, pedal steel, en plus de la section rythmique.
Prévenant la foule qu'il préférait parler peu afin d'interpréter un maximum de chansons, celui qui est né Benoît Pinette a néanmoins confié «je n'ai jamais été aussi content d'être la tranche de jambon» entre Archer (en première partie) et The Decemberists!
Bien que le répertoire de l'artiste de Limoilou tend à être mélancolique, Tire le Coyote a généralement laissé de côté les titres lents pour privilégier ses compositions rythmées ou plus mordantes. Dans le lot, il faut souligner l'excellente Confettis, qui a donné lieu à de superbes passages instrumentaux, en particulier de la part de Shampoing, à la six cordes électrique. Calfeutrer les failles a aussi été l'une des réussites de ce tour de chant, qui a aisément séduit la foule.