Les Barr Brothers n'ont pas dérogé de leur idée initiale : faire entrer leur musique en terres africaines.

The Barr Brothers: en terre africaine, malgré tout

CRITIQUE / Les Barr Brothers, qui mijotent un nouvel album pour l'automne, s'arrêtaient au Festival d'été, jeudi, dans le but d'offrir un concert qui se distinguerait autant de leur parution à venir que de leurs enregistrements passés. Le projet aura été au final plus dépaysant que les Montréalais ne l'avaient prévu, puisque Ballaké Sissoko et ses musiciens, avec lesquels ils devaient partager la scène, n'ont pu être au rendez-vous...
Mais «the show must go on», comme Céline aime le chanter. Le quatuor a réagi promptement en invitant Mamadou Koita (balafon), Fabio Sissoko (kora) et Joe Grass (guitares) à le rejoindre. Du coup, les Barr Brothers n'ont pas dérogé de leur idée initiale : faire entrer leur musique en terres africaines. Cette fusion s'est faite de manière naturelle, Brad Barr (voix, guitares) y allant de boucles hypnotiques, Andrew Barr (batterie) passant d'une rythmique world touffue, avec des contretemps, à une rythmique rock appuyée, tandis que la harpe de Sarah Pagé faisait le pont entre le balafon et la kora.
La troupe a amorcé son décollage avec une convaincante Lose Your Mind, après quoi elle a alterné entre pièces propices aux jams et d'autres plus structurées. On a eu plusieurs envolées instrumentales, certaines enivrantes, quelques-unes traînant un peu trop en longueur.
De nouveaux titres se sont par ailleurs faufilés, mais comme l'a relevé Brad Barr, «toutes les chansons semblaient nouvelles» dans leur habillage d'un soir. Dans le lot, la plus réussie a certainement été Half Crazy, qui fonctionnait à merveille. Question de varier les plaisirs, le groupe s'est aussi permis un moment intime lorsque Brad Barr a entonné sa chanson d'amour à Montréal, rejoint par ses complices autour d'un seul micro.
Une intéressante aventure de métissage, donc, qui méritait d'être menée malgré les changements de dernière minute, et qui s'est achevé sur une reprise d'Us and Them, de Pink Floyd.
Un train pour Bixiga 70
Un peu plus tôt, c'était le big band de Sao Paolo Bixiga 70 qui prenait la place d'Youville d'assaut. Les neuf musiciens ont partagé leur répertoire festif, qui mélange tradition brésilienne, funk et afrobeat avec précision et énergie. Si, au départ, la foule a semblé prendre du temps à s'habituer au fait que les pièces étaient instrumentales, la chimie a peu à peu opéré devant la qualité de ce qui était interprété aux guitares, cuivres, percussions ou, encore, claviers. En cours de route, plusieurs festivaliers se sont même mis à faire le train - et un long! - à travers la foule... 
Cette musique dessinait des sourires et commandait les déhanchements, mais elle était aussi politisée : un des membres a expliqué qu'une des pièces visait à sensibiliser la planète sur le fait qu'il y a un coup d'État en cours au Brésil...
Beat Sexü
Il n'y avait pas que Bassekou Kouayaté et sa bande qui avaient eu des ennuis de visa : les Portugais de Throes + Shine n'ont pu faire le voyage. Les organisateurs se sont donc tournés vers le groupe de Québec Beat Sexü, pas plus tard que la veille du concert. «Ça tombe bien, on était disponible», a lancé le chanteur et batteur Jean-Étienne Collin-Marcoux, commentant l'anecdote.
La formation s'est bien acquittée de sa tâche, malgré une foule modeste en début de soirée. Les pièces dansantes, tour à tour funky ou disco, livrées avec des paillettes de rigueur, se sont enchaînées avec fluidité.