Le Vieux-Port de Québec s’est transformé mercredi en lieu de tournage de la fresque historique «Barkskins».

Tournage de «Barkskins» à Québec: au temps de la Nouvelle-France [PHOTOS + VIDÉO]

Le temps d’une journée, mercredi, la place de Paris et une partie de la rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Port, ont renoué avec l’ambiance de la Nouvelle-France pour les besoins du tournage de la fresque historique «Barkskins». Des dizaines de figurants en costume d’époque, des chevaux, des charrettes, des étals de légumes, un sol boueux, rien n’avait été négligé pour rendre avec le plus de réalisme possible cette imposante série télé américaine produite par le studio Fox pour la chaîne National Geographic.

En retrait, à deux pas de place Royale, les représentants des médias ont pu assister en fin d’avant-midi au tournage d’une scène prévue à l’horaire. Abondante au petit matin, la pluie a cessé un moment, ce qui était de nature à simplifier le travail de l’équipe technique.

Après deux répétitions, où la troisième aide-réalisatrice a pris soin d’informer les figurants de la marche à suivre, tout le monde se met en place pour le grand moment, dans un silence monastique. Le traditionnel «Dans 3...2...1… Action!» résonne dans un brouillard créé artificiellement avec de la fumée.

Les comédiens Aneurin Barnard (Dunkerque) et Zahn McClaron (Fargo, Westworld) remontent la ruelle de la Place et tournent sur la rue Saint-Pierre, direction est. Derrière eux, un immense écran bleu qui permettra d’ajouter en studio des paysages numériques.

Montée sur des rails, la caméra suit en travelling les deux hommes, à travers le va-et-vient des marchands de tout acabit (dont des vendeurs de poules et de lapins) jusqu’à une boutique de fourrures de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Devant son moniteur, le réalisateur Courtney Hunt observe le déroulement de la scène qui aura duré au total une trentaine de secondes. «Coupez!» Aussitôt, tout le monde est de retour en 2019. Quelques cellulaires font leur apparition. Les techniciens se mêlent aux figurants. On se met en place pour une autre scène.

Plus d’une centaine de figurants ont envahi la rue Saint-Pierre pour recréer en costumes d’époque la Nouvelle-France.

Jusqu’en novembre

Avec son budget de plus de 60 millions $US et ses quelque 150 figurants, le tournage de Barkskins est l’un des plus imposants à débarquer dans la région de Québec depuis un moment. Pour l’occasion, le maire Régis Labeaume s’était déplacé dans le Vieux-Port pour constater de visu l’ampleur de la production, basée sur la saga multigénérationnelle de 700 pages d’Annie Proulx (Brokeback Mountain, The Shipping News). «Un tournage qui dure aussi longtemps, c’est rare à Québec», mentionne-t-il. 

Amorcé en juin, le tournage s’étirera jusqu’en novembre, principalement à Saint-Gabriel-de-Valcartier, où a été reproduit en pleine forêt un village de la fin du XVIIe siècle avec sa chapelle, son auberge et son couvent d’Ursulines. À l’écran, l’endroit prendra le nom de Wobik et sera situé dans la région de Trois-Rivières. Des scènes seront également tournées à Château-Richer et à Stoneham.

Les techniciens de la série télé américaine «Barkskins» ont tourné quelques scènes, mercredi, à proximité de Place Royale.

Pour le producteur exécutif et scénariste de la série, Elwood Reid, un tournage dans la région de Québec s’est imposé dès le départ par souci d’authenticité. «C’était très important de venir tourner où l’action se déroule», a-t-il expliqué en conférence de presse, flanqué du maire Labeaume et de la directrice artistique Isabelle Guay. «Je suis venu en octobre me promener dans les rues et j’ai tout de suite senti quelque chose dans cet environnement qui n’est pas facile à recréer en studio. Pour les acteurs, c’est aussi une façon d’avoir la sensation d’y être vraiment.»

Le scénario de Barskins remonte aux origines de la fondation de la Nouvelle-France, ce Nouveau Monde convoité par les Européens. Avec un récit se déployant sur 300 ans, le scénario s’attarde au départ aux aventures de deux immigrants parisiens, René Sel et Charles Duquet, venus défricher les terres pour le compte d’un seigneur. La déforestation, le rapport de l’homme avec la nature, le cycle de saisons sont autant de thèmes au cœur du roman d’Annie Proulx.

«C’est un peu l’histoire de la fondation de l’Amérique du Nord. La série explore les conflits entre les différentes factions française, britannique et amérindienne. C’est aussi une histoire de survie. Les gens vivaient ici dans des conditions difficiles, avec hivers très durs et très longs», ajoute Elwood Reid.

Des figurants d’origine amérindienne croisés sur le plateau de tournage de «Barkskins».

Beau challenge

La directrice artistique Isabelle Guay, dont la feuille de route est impressionnante — elle a travaillé sur le plateau du Revenant (avec Leonard DiCaprio), de L’arrivée (de Denis Villeneuve) et du Terminal (de Steven Spielberg) —, qualifie de «beau challenge» sa participation à cette série d’envergure. «C’est vraiment un honneur de contribuer à un film qui parle de notre histoire. Ç’a été fabuleux de faire des recherches sur la façon dont étaient construites les maisons à l’époque», souligne la diplômée en architecture de l’Université de Montréal.

Pour la directrice des lieux de tournage, Michèle Saint-Arnaud, la quarantaine de citoyens et de commerçants du Vieux-Port ont été informés très tôt du tournage, histoire de les mettre dans le coup. Leur collaboration a été exemplaire. «Ça s’est très bien passé. J’avais travaillé sur le tournage de Catch Me If You Can [de Steven Spielberg, tourné à Place Royale en 2002], alors les gens me connaissaient, ça aide.»

Outre McClaron et Barnard, la série compte au générique David Thewlis (Harry Potter), James Bloor (Dunkerque) et Marcia Gay Harden (Pollock). Les producteurs espèrent tourner cinq saisons au total. La première, qui compte huit épisodes, devrait être diffusée d’ici la fin de 2020.

Le maire Régis Labeaume s’est déplacé pour l’occasion sur les lieux de tournage.