Bill Cosby doit répondre d'accusations d'agression sexuelle devant un jury venu de Pittsburgh. Il était accompagné hier par Keshia Knight Pulliam (à gauche), qui jouait sa fille Rudy dans The Cosby Show.

Premier témoignage au procès de Cosby

Le procès pour agression sexuelle de Bill Cosby s'est ouvert lundi à Norristown, avec un premier témoignage d'une victime présumée, prise par l'émotion à l'évocation de son expérience.
L'ancien héros de l'Amérique en général, et de la communauté noire en particulier, doit répondre d'accusations d'agression sexuelle devant un jury venu de Pittsburgh.
Elles sont une cinquantaine de femmes à avoir accusé, ces dernières années, William Henry Cosby Jr.
Mais Andrea Constand, personnage central de ce procès, est la seule pour laquelle les faits ne soient pas prescrits pénalement.
Mme Constand affirme avoir été agressée sexuellement par Bill Cosby, début 2004, lors d'une visite au domicile de l'acteur, dans la banlieue de Philadelphie.
Pour parvenir à ses fins, l'humoriste l'aurait incitée à boire du vin et à ingérer des pilules. Le mélange l'aurait rendue, selon elle, incapable de se défendre. Interrogé dans le cadre d'une procédure civile intentée par Andrea Constand, Bill Cosby avait reconnu, en 2005, lui avoir donné alcool et pilules, sans lui dire ce qu'elles contenaient, et s'être ensuite livré à des attouchements.
Mais pour lui, il s'agissait d'une relation consentie, l'acteur insistant sur le fait que la jeune femme n'avait, à aucun moment, manifesté sa désapprobation.
En l'absence de témoin et d'élément matériel, tout est désormais suspendu au témoignage de cette Canadienne de 44 ans qui vit aujourd'hui à Toronto et ne s'est encore jamais exprimée publiquement sur l'affaire.
À l'appui du témoignage de l'accusatrice, le juge Steven O'Neill avait accepté que soit appelée à la barre, durant le procès, une autre victime présumée de Bill Cosby.
Elle a été le premier témoin entendu, lundi après-midi.
En larmes, Kelly Johnson a raconté comment en 1996, selon elle, l'acteur avait insisté pour qu'elle absorbe une pilule et du vin, avant de se livrer à des attouchements, dans le bungalow d'un hôtel californien.
Assistante de l'agent de Bill Cosby à l'époque, elle a expliqué avoir été «extrêmement intimidée», n'osant pas quitter les lieux.
Après l'incident, bien qu'elle n'en ait fait part ni aux autorités ni à son employeur, celui qui entra dans des millions de foyers sous le nom de Cliff Huxtable, du «Cosby Show», aurait obtenu son licenciement pour faute professionnelle, selon elle.
«Un citoyen présumé innocent»
L'accusation avait espéré pouvoir appeler d'autres femmes se présentant comme des victimes de l'acteur, mais le juge a refusé. «La confiance, la trahison, et l'incapacité de donner son consentement, voilà en quoi consiste ce dossier», a expliqué l'adjointe du procureur du comté de Montgomery, Kristen Feden, lors de son propos liminaire.
«Elle ne pouvait pas résister, mais elle ne pouvait pas consentir non plus», a-t-elle ajouté, pour faire opposition aux assertions de l'accusé.
«Aujourd'hui, avec votre aide, j'ai l'opportunité de réparer une injustice», a dit au jury Brian McMonagle, principal conseil de Bill Cosby qui, à l'audience, avait tourné sa chaise pour faire face au jury et non au juge.
Pour lui, «une accusation infondée» est pire qu'une agression sexuelle.
Plutôt qu'une célébrité, «j'espère que vous verrez seulement un citoyen présumé innocent», a-t-il exhorté.
Comme prévu, l'avocat de la défense a longuement pointé les incohérences dans les déclarations d'Andrea Constand au fil des différentes auditions.
Après avoir assuré qu'avant ou après l'agression présumée, elle ne s'était jamais trouvée seule en présence de Bill Cosby, elle a admis plusieurs entrevues, parfois prolongées, notamment au domicile de la vedette. Brian McMonagle a également tenté de discréditer Kelly Johnson, qui a témoigné lundi.
Il a notamment assuré qu'elle avait eu une relation intime consensuelle avec Bill Cosby dès 1990, soit six ans avant les faits allégués.