Les vedettes de la série Transparent: Gaby Hoffmann, Judith Light, Jay Duplass et Jill Soloway

Pionnière, la série «Transparent» s’offre une dernière révérence

NEW YORK — La série «Transparent», qui a changé à jamais la représentation des transgenres à la télévision, tire le rideau sur un dernier épisode en forme de comédie musicale, deux ans après avoir failli disparaître, emportée par un scandale.

Elles sont plusieurs séries, ces derniers mois, à s’être posé la question de leur survie après l’éviction de leur interprète principal.

«Roseanne» a muté en The Conners sans Roseanne Barr, écartée après un tweet raciste, tandis que «House of Cards» a laissé la main à Claire Underwood suite aux accusations de harcèlement et agression sexuelle visant Kevin Spacey.

Mais dans le cas de «Transparent», le départ de l’acteur Jeffrey Tambor, accusé de harcèlement et de gestes déplacés par plusieurs membres de l’équipe, excluait une nouvelle saison, selon Jill Soloway, à l’origine de sa création.

Pour clore l’aventure, Jill Soloway, qui se définit comme non binaire, ne se reconnaissant pas dans le genre féminin ou masculin, a néanmoins décidé d’écrire un dernier épisode de 1H40, comédie musicale qui démarre sur la mort, hors champ, de Maura Pfefferman, la septuagénaire transgenre incarnée par Tambor.

«La comédie musicale était une occasion de dire au revoir, mais aussi de faire une transition vers une forme nouvelle», a expliqué l’artiste dans l’émission Entertainment Tonight Canada, au sujet de ce dernier épisode qui sera mis en ligne vendredi sur Amazon.

Avec sa soeur, Faith, qui a écrit les chansons de l’épisode, la scénariste voyait dans ce format «une façon joyeuse de vivre la douleur de la perte de Maura tout en se rappelant que la vie, c’est essayer de trouver de la joie».

Le résultat est déroutant, avec l’intelligence des rapports humains qui a fait le succès de la série, mâtinée d’une touche très Pour l'amour de Hollywood pour aborder les sujets les plus graves, du deuil à l’Holocauste.

Après une saison 4 ébouriffante en Israël, ce dernier épisode est l’occasion de nouvelles tensions et effusions au sein du noyau familial privé de Maura, avec Shelly, la mère névrotique, et les trois enfants de Maura, Josh, Sarah et Ali, devenue Ari.

«Le changement arrive» 

Malgré l’absence du personnage principal, la communauté trans reste très représentée dans la série, notamment via le personnage de Davina (Alexandra Billings).

Les personnages transgenres font partie de l’histoire et, les saisons aidant, apparaissent dans leur complexité, sans être ramenés perpétuellement à leur identité sexuelle, comme ce fut le cas dans d’autres séries.

Si «Transparent» n’est pas la première à avoir intégré des personnages et des acteurs et actrices trans, elle leur a donné une visibilité jamais vue auparavant.

D’autres séries ont suivi, en premier lieu «Pose», mais aussi la nouvelle mouture des Chroniques de San Francisco.

Alors que c’était le plus souvent le cas, il y a encore quelques années, il est désormais mal accepté qu’un transsexuel ne soit pas joué par un véritable acteur trans.

Et à l’échelle de la société tout entière, en quelques années seulement, les transgenres sont devenus une composante beaucoup plus reconnue de la communauté LGBTQ.

«Le monde a changé si vite», s’enthousiasme Jill Soloway, cinq ans après le début de la série qui a fait d’Amazon un nom de la production télévisée, avec ses huit Emmy Awards et deux Golden Globes.

Impressionnante dans le rôle de Shelly, Judith Light prévient néanmoins que si «le changement arrive», beaucoup de trans aux États-Unis, en particulier les Afro-Américains, font encore l’objet de harcèlement et de violences.

Pour la comédienne, interrogée lundi par Build, la plateforme de Yahoo!, «il n’y a pas encore eu de transformation» de la société sur le sujet.