Le Québécois Sylvain Lavoie a réalisé l'intégrale de la quatrième saison de la série animée américaine F pour Famille, créée par l'humoriste Bille Burr.
Le Québécois Sylvain Lavoie a réalisé l'intégrale de la quatrième saison de la série animée américaine F pour Famille, créée par l'humoriste Bille Burr.

Oasis: la famille québécoise de la série Netflix F is for Family [VIDÉO]

Netflix diffuse depuis le 12 juin la quatrième saison de F is for Family, créée par l’humoriste Bill Burr, et coécrite par Michael Price – co-auteurs des Simpsons depuis presque 20 ans.

Cette série animée pour adultes – elle n'a de «familial» que son thème; le langage, lui, peut être très cru – est toujours coproduite par Netflix et Gaumont International, mais la nouvelle saison a été entièrement réalisée à Montréal, par le studio Oasis Animation (Les Grandes Gueules; Pérusse Cité).

Une première, se réjouit l’artisan en chef derrière les 10 épisodes de cette quatrième  saison, le réalisateur Sylvain Lavoie. 

Gaumont n’avait précédemment confié à Oasis que la moitié du boulot: Montréal s’était occupé des épisodes pairs de la troisième saison, tandis que les épisodes impairs étaient conçus à Paris. (Le visuel des deux premières saisons de F is For Family avait auparavant été confié au studio Big Jump Entertainment, basé à Ottawa, en collaboration avec la France.)

«La production était ardue, c’était beaucoup de travail pour des échéanciers courts, mais les producteurs américains ont été si satisfaits de notre travail qu’ils nous ont confié 100% du travail visuel de la 4e saison!» De la création des nouveaux personnages, designs et lieux à l’animation et la couleur en passant par la mise en scène, M. Lavoie a tout supervisé depuis Montréal.

Plus facile, la deuxième année ? Bien au contraire! «Le rythme et la quantité» de travail étaient un «défi énorme», dit-il. «Pour faire une analogie sportive, c’est comme jouer dans la Ligue Nationale de Hockey (LNH). On n’est pas habitués à ça, à Montréal», où l’on se montre plus raisonnable, en optant pour «un nombre limité de lieux en fonction des budgets».

«Là, c’est international. Les Américains y vont toujours forts avec leurs productions. On dirait que les auteurs se lâchent un peu plus, chaque année. Il y a énormément de personnages et de lieux.» Dont beaucoup de nouveaux. 


La bande-annonce de la 4e saison: 

Hockey

Sa métaphore sportive sur la LNH n’est pas complètement le fruit du hasard. Le récit de cette 4e saison se développe autour de la passion du protagoniste – Frank Murphy – pour le hockey. Burr, qui prête sa voix à Frank, est un fan de hockey. Et sa série est largement autobiographique (elle reprend d’ailleurs de gags qui ont contribué au succès scénique de l’humoriste).

Or, «rien de ce qui se passe sur la glace n’existait avant», rappelle Sylvain Lavoie. «Il a fallu constituer l’équipe du personnage et toutes celles contre lesquelles il va jouer, plus les différents arénas, plus la foule qu’il y a dans les gradins. On utilise un peu de copier-coller, mais il faut quand même designer tous ces personnages».


Racisme systémique

La quatrième saison sera ainsi l’occasion de découvrir le grand-père paternel ainsi que la femme qui donnera des cours prénataux à la mère de famille, Sue, dont on suivra la nouvelle grossesse. 

En outre, Roosevelt, le collègue de travail Noir de Frank, prend beaucoup d’importance dans la saison 4. Un épisode lui est entièrement consacré. 

«Tout le monde dans l’aéroport où ils travaillent a eu une promotion et ‘Rosie’ s’attendait à monter en grade... mais, encore une fois, il ne l’obtient pas. Il y a donc une tension entre lui et leur boss, Pogo, qui est super raciste et qui fait des blagues» à connotations raciales à une époque où la société était plus permissive en la matière. Cette relation tendue «est développée encore plus dans la 4e saison», dévoile Sylvain Lavoie, conscient de l’actualité brûlante que constitue le sujet du racisme systémique.

Les scénaristes ne s’empêchent aucunement le commentaire social, reconnaît-il. Le sous-texte de F is for Family aborde par exemple le féminisme, alors que Sue «essaie de s’émanciper de son rôle de femme à la maison, mais elle doit se battre contre la société».

«Le rythme et la quantité» de travail exigés pour ce produit américain étaient un «défi énorme», dit Sylvain Lavoie. Vu de Montréal, «c’est comme jouer dans la Ligue Nationale de Hockey», sourit-il.

Les voix de ces deux nouveaux venus sont respectivement campés par Jonathan Banks, Holly Hunter et Kevin Michael Richardson, qui se greffent à un solide casting, entre autres composé de Bill Burr, Laura Dern (le père et la mère), Sam Rockwell (Victor, le voisin toxicomane) et occasionnellement Vince Vaughn (qui est aussi  le producteur exécutif de F is for Family). 

Anecdote: la série est traduite en français, mais pas au Québec... Sylvain Lavoie dit avoir commencé à plaider auprès de Gaumont pour qu’une traduction québécoise soit envisagée, à l’image des Simpsons. Il ne peut cependant pas s’avancer sur ses chances de succès.

Chronologie dramatique

Contrairement aux Simpsons ou à Family Guy, F pour Famille repose sur une véritable chronologie: le temps avance, les personnages vieillissent et les courbes narratives de chacun peuvent parfois prendre des tournures très dramatiques, rappelle le réalisateur.

Pour les personnages, deux années de vie se sont écoulées entre le premier épisode (qui démarre en 1973) et la fin de la 4e saison (située à l’automne 74). 

Cette «évolution dramatique» constituait d’ailleurs une condition sine qua non pour que Netflix embarque dans le projet, soutient Sylvain Lavoie. Notamment parce que c’est précisément cet «arc dramatique» qui permet à F pour Famille de se distinguer de produits télévisuels comme Family Guy ou Les Simpsons, qui lui «ressemblent», mais à la différence desquels «les personnages n’apprennent rien d’un épisode à l’autre, et oublient tout, un peu comme dans une sitcom», précise le réalisateur.

Sylvain Lavoie est aussi l'auteur de la série jeunesse <em>Œuf et jambon.</em> 

«Il n’y a rien de superflu» dans la surenchère de lieux et de personnages, note d’ailleurs Sylvain Lavoie. «Les scénarios sont solides. C’est super drôle, beaucoup plus vulgaire que les Simpson, et beaucoup plus dramatique aussi», si l’on s’attarde au récit en évacuant les gags, estime le Québécois.

Également connu pour son travail sur la série québécoise Vie de quartier (avec Le Groupe Sanguin), Sylvain Lavoie travaille en parallèle sur sa série de livres jeunesse Œuf et jambon, qu’il cherche à adapter pour le petit écran.