«Ç’a été très dur à tourner. Mais c’est un documentaire utile, nécessaire même. Le sujet est important. Ça montre jusqu’où la cyberdépendance peut mener», affirme Jean-Philippe Dion.

L’homme derrière «Bye»

Le sujet est dur, mais Jean-­Philippe Dion était résolu à l’aborder. C’est lui l’homme derrière le documentaire «Bye», dans lequel l’homme d’affaires Alexandre Taillefer tente de comprendre le suicide, il y a deux ans, de son fils Thomas, accro aux jeux vidéo en ligne.

L'œuvre, qui sera diffusée mardi soir et qu’on annonce bouleversante, fait parler d’elle partout au Québec depuis quelques jours. À un point tel que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette­, vient d’annoncer une aide de 15 M $ dans les soins psychologiques offerts aux jeunes, puis la mise sur pied d’un programme public de psychothérapie à hauteur­ de 35 millions de dollars. 

Le producteur natif de Saint-Alphonse-de-Granby avait effleuré le sujet avec La Voix de l’Est, en mars dernier, disant travailler « sur un documentaire sur la santé mentale chez les jeunes, en lien avec l’univers numérique ». Ce projet, c’était Bye

« J’ai toujours voulu m’impliquer en santé mentale. Je l’ai déjà fait pour l’hôpital de Granby, mais je cherchais une façon d’en parler », dit-il. 

Le déclic a eu lieu lors du passage d’Alexandre Taillefer à l’émission Tout le monde en parle, en 2016. Ce soir-là, l’entrepreneur a révélé certains détails sur la mort de son fils, dont la cyberdépendance­ qui le rongeait.

« Ça m’était resté en tête. Moi, le pouvoir que j’ai, c’est de déposer des projets pour faire avancer les choses. C’est la première fois que j’osais faire ça », confie Jean-Philippe­, qui est vice-président contenu et stratégie chez Productions Déferlantes, parallèlement à ses chapeaux d’animateur télé et animateur radio.

Dans «Bye», on suit Alexandre Taillefer dans sa quête pour comprendre le geste de son fils et prévenir la cyberdépendance.

Le jeune homme a donc pris son courage à deux mains et est allé rencontrer Alexandre Taillefer pour lui faire sa présentation et le convaincre d’embarquer dans son projet de documentaire. « Je ne voulais pas faire un documentaire hermétique, gris... Je voulais que ce soit quelque chose de proactif. »

Il lui a fallu être convaincant, car M. Taillefer avait déjà reçu d’autres propositions en ce sens. « Je lui ai dit que je faisais des projets télé de qualité. Je lui ai aussi dit que j’avais un historique familial de problèmes de santé mentale. Je pense que ça l’a touché. »

L’homme a dit oui, à condition que le tournage débute rapidement. Le hic : Jean-Philippe n’avait pas de diffuseur ! « J’ai fait mon pitch à Radio-­Canada au téléphone ! En 24 heures, j’avais un go. Tous les astres étaient alignés. »

Bye

Bye, c’est le seul mot d’adieu — et la seule explication — que Thomas a laissé à ses parents avant de s’enlever la vie à 14 ans. Depuis, Alexandre Taillefer veut décoder le geste de son fils et surtout faire changer les choses. « Le sujet de base, c’est la santé mentale chez les jeunes et après, la cyberdépendance, qui n’est pas reconnue. Heureusement, on sent un mouvement en ce moment et ça me touche », se réjouit Jean-Philippe. 

« L’histoire de Thomas est la toile de fond. On suit Alexandre dans sa quête pour comprendre. Ç’a été très dur à tourner. Mais c’est un documentaire utile, nécessaire même. Le sujet est important. Ça montre jusqu’où la cyberdépendance peut mener. »

On ne voit pas Jean-Philippe dans l’émission, mais c’est lui qui a mené l’entrevue avec M. Taillefer­. « C’est l’entrevue la plus longue de sa vie. Il raconte son histoire, il va à la rencontre de jeunes cyberdépendants, dont certains jouent entre 50 et 100 heures par semaine. On ne veut pas démoniser les jeux vidéo, mais ça peut devenir des spirales sans fin. »

Le montage a été particulièrement difficile, avoue Jean-Philippe­. La pression est là. « Je veux qu’Alexandre et sa conjointe Debbie se disent que c’était une bonne idée de faire ça. Tu sais, la douleur est encore très vive pour eux... »

Selon lui, Bye peut être visionné par les adolescents dès l’âge de 12 ans. « Mais il faut que les jeunes et leurs parents l’écoutent ensemble », insiste-t-il.

Diffusion élargie

La société d’État souhaite d’ailleurs en faire une grande soirée de réflexion. Le documentaire Bye sera diffusé ce mardi 5 décembre à 21 h, simultanément sur ICI Radio-Canada Télé, sur ICI Radio-Canada­ Première (radio) et sur la page Facebook d’ICI Radio-Canada­ Télé. Il sera ensuite disponible en rattrapage sur Tou.tv.

À 22 h, des experts participeront à une table ronde sur le sujet, présentée en direct sur la page Facebook­ d’ICI Radio-Canada­ Première et sur ICI Radio-­Canada Première.