Pedro Pascal, une des vedettes de la série Narcos, dont la troisième saison est disponible sur Netflix depuis vendredi dernier.

Le roi de la drogue est mort, vive le cartel de Cali

Le baron de la drogue Pablo Escobar n'est plus, au début de la troisième saison de Narcos, mais la saga sur le trafic de cocaïne garde son potentiel addictif en se focalisant désormais sur le cartel de Cali.
Cette organisation rivale du cartel de Medellín, que dirigeait Escobar, s'est emparée du marché de la poudre blanche après la mort du charismatique «roi de la cocaïne», abattu par la police locale en 1993.
Les «gentlemen» de Cali, comme ils étaient surnommés, géraient leurs affaires avec discrétion et efficacité, comme des patrons du CAC 40, aux antipodes des frasques du flamboyant Escobar.
Si ce dernier adorait la célébrité, donnait une part de sa fortune aux déshérités et réglait ses comptes avec une violence sanguinaire affichée, les parrains de Cali - du nom de la ville du sud-ouest de la Colombie d'où ils opéraient - préféraient nouer des alliances avec les puissants en distribuant pots-de-vin et faveurs.
Au début des années 90, le «KGB de Cali» - appelé ainsi en raison de son réseau de renseignements sophistiqué - contrôlait jusqu'à 90 % du marché de la cocaïne mondial et brassait 12 milliards $ de revenus, ayant dépassé la puissance et l'ampleur du cartel de Medellín.
Il a été décrit par la police fédérale américaine des stupéfiants (DEA) comme «l'organisation de trafic de drogue internationale la plus puissante de l'histoire».
Plus professionnel et secret
«Tandis que tout le monde était focalisé sur Pablo», ce cartel «se formait, plus professionnel, plus secret», a raconté le producteur exécutif de Narcos, Peter Friedlander, à un groupe de journalistes, avant la première mondiale de la saison trois à Bogota.
Alors qu'Escobar contrôlait tout, le cartel de Cali était géré par un conseil de quatre hommes.
Gilberto Rodriguez Orejuela, incarné par Damian Alcazar dans Narcos, était le dirigeant suprême, surnommé le «joueur d'échecs» parce qu'il avait toujours un coup d'avance sur ses ennemis.
Son jeune frère et bras droit, Miguel (Francisco Denis), s'occupait des affaires légales du cartel, y compris le club de soccer local, America de Cali.
Francisco «Pacho» Herrera (Alberto Ammann) était la brute du quartet, tueur sans scrupules en charge de la distribution internationale, tandis que Jose «Don Chepe» Londono (Pepe Rapazote) menait les opérations à New York.
Mais si le cartel de Medellín voulait que tout le monde soit terrorisé par le sang qu'il faisait couler, accrochant des cadavres aux yeux de tous, celui de Cali se voulait plus discret, jetant les cadavres enroulés dans du fil barbelé dans les rivières pour qu'ils gonflent, se décomposent et finissent en nourriture pour poissons.
Les victimes d'Escobar se comptaient par milliers, tandis que beaucoup des «disparitions» orchestrées par les barons de Cali ne figuraient même pas dans les statistiques.
«L'économie prospérait. On se sentait protégés de la guerre contre Medellín. Et puis cette bulle a éclaté et nous avons vu toute la corruption, et comment la moralité s'était délitée», explique le co-producteur exécutif Andi Baiz, 42 ans, qui a grandi à Cali en plein règne des frères Rodriguez.
Retournement de veste
La troisième saison, disponible sur Netflix depuis vendredi dernier, s'ouvre avec le patron, Gilberto, qui négocie un accord avec les autorités colombiennes, offrant notamment de renoncer à ses laboratoires de stupéfiants à condition qu'il n'ait pas à faire de prison ou à renoncer à sa fortune.
L'agent de la DEA Javier Pena, joué par Pedro Pascal, fait alors équipe avec de nouveaux partenaires, l'agent américain Chris Feistl (Michael Stahl-David) et Daniel Van Ness (Matt Whelan) pour faire chuter les frères Rodriguez. En cela, le trio est aidé par le chef de la sécurité du cartel, Jorge Salcedo, qui a retourné sa veste, craignant pour sa vie.
Salcedo fait maintenant partie d'un programme de protection de témoins aux États-Unis.
Les frères Rodriguez, qui ont à présent plus de 70 ans, ont quant à eux été arrêtés dans les années 90, mais n'ont passé que quelques années derrière les barreaux en Colombie. Leurs vrais problèmes n'ont commencé qu'en 2006, lorsqu'ils ont été extradés vers Miami pour avoir fait importer 200 000 kilos de cocaïne aux États-Unis.
Ils croupissent à présent dans des prisons fédérales en Caroline du Nord et du Sud, leur fortune envolée, sans vrai espoir de revoir le jour.