«J’aurais espéré que l’après-personnage fasse son effet..., admet Marie-Ève Beaulieu au sujet de l’avocate Anne Dupuis qu’elle interprétait dans Faits divers. Que ce rôle dont on a dit tant de bien ferait boule de neige.»

Le cri du coeur de Marie-Ève Beaulieu

La comédienne Marie-Ève Beaulieu a lancé un intense cri du cœur, lundi midi. Dans un long message publié sur sa page Facebook, elle dresse un constat désabusé de «l’après-Faits divers», série dans laquelle elle interprétait l’avocate Anne Dupuis. «L’un des personnages les plus flamboyants de l’automne télévisuel», déclarait Richard Therrien dans une de ses chroniques dans laquelle il louangeait le talent d’actrice de la Cowansvilloise d’origine.

Marie-Ève Beaulieu ne s’en cache pas: elle fondait beaucoup d’espoir dans ce rôle «sorti de nulle part» après une longue disette. «Je me disais que les opportunités allaient peut-être enfin se pointer le bout du nez, et que les difficultés étaient enfin derrière. Je me tenais prête, solide au “bate” tel un seul homme! À la fois patiente, sereine ET pro-active!» écrit-elle dans sa longue publication.

«Je ne m’attendais certes pas à ce qu’on m’offre des rôles sur un plateau d’argent, poursuit-elle, lucide. Mais je m’attendais certainement à quelques bonnes auditions, où j’aurais pu faire mes preuves (ou pas!). On m’a appelée pour UNE SEULE audition depuis». Elle n’a pas eu le rôle.

«J’aurais espéré que l’après-personnage fasse son effet... réaffirme-t-elle en entrevue. Que ce rôle dont on a dit tant de bien ferait boule de neige. Même la production [de Faits divers] était certaine que j’aurais beaucoup de travail quand elle m’a annoncé que mon personnage ne reviendrait pas pour une question de scénario.»

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Mais le téléphone ne sonne pas. «C’est ce qui me met le plus en colère, reprend-elle. De ne pas avoir accès à des auditions. De devoir encore me battre, après 15 ans de métier, avec l’énergie d’une débutante. Même du côté du cachet, on me ramène toujours à la base parce qu’on ne me voit pas assez... Tout est toujours à recommencer.»

Récemment, déplore-t-elle encore dans son billet, on lui a même fermé la porte à une participation aux Dieux de la danse parce qu’«elle n’a pas de show l’an prochain».

Loin d’elle le désir de «chanter la complainte de l’actrice qui aimerait travailler». «Je ne suis pas à plaindre non plus, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs beaux rôles», reconnaît-elle. La jeune femme de 37 ans a notamment joué dans Minuit le soir, Destinées, District 31 et, au théâtre, dans Le Malade imaginaire, Les Femmes savantes, Sweet Charity, et tout récemment Les Fourberies de Scapin, dont la tournée du TNM a pris fin le 24 mars dernier. «Mais je les ai gagnés un à un en passant par tout le processus d’auditions. Il n’y en a pas eu un qui m’ait ouvert les portes à d’autres», déplore-t-elle.

«Lâcher prise»

Marie-Ève Beaulieu n’est pas amère, ni même découragée. «Je veux rester dans du positif, lâcher prise», affirme-t-elle.

La comédienne sait aussi très bien qu’elle est loin d’être la seule à vivre cette situation. «Et je ne crois pas qu’il y ait de place pour absolument tout le monde. C’est un métier intense, total et multidimensionnel. Et faut avoir la couenne solide, parce que ça n’existe pas, le “juste milieu”», écrit-elle dans son billet.

«C’est peut-être ce qui nous dit qu’il y a quelque chose de pas normal dans ce milieu-là, avance-t-elle au bout du fil. Et c’est ça qui devient frustrant.»

Même si elle refuse de «prendre le flambeau» au nom de tous les comédiens et comédiennes, Marie-Ève Beaulieu souhaiterait que son message serve à «dénoncer certaines choses».

En attendant que le téléphone dérougisse, «[...] me voici à aller porter mes CV pour des petits boulots d’appoint», rapporte-t-elle sur sa page Facebook. Encore. Par le passé, elle a travaillé dans une garderie, un café, a été vendeuse dans une boutique... «Mais ça use, oui, se battre pour assurer la base de sa survie, alors qu’on a une passion et un imaginaire débordant!»

C’est peut-être, selon elle, ce qui lui nuit dans le métier. «Dès le Conservatoire, on me disait que j’avais un monde bien à moi, que j’avais un casting atypique. Peut-être que je ne suis tout simplement pas faite pour cet univers-là... Que je dois suivre ma propre voie, faire mes propres projets...»