Les acteurs Gong Yoo et Kim Go Eun dans une scène tournée à Québec

La vague coréenne de Goblin balaie Québec

Ce n'est pas d'hier que Québec attire les visiteurs de partout dans le monde pour le romantisme de son architecture. En devenant le décor de la série coréenne Goblin: The Lonely and Great God, la cité de Champlain s'est révélée dans toute sa splendeur aux téléspectateurs asiatiques, qui sont de plus en plus nombreux à marcher sur les traces du gobelin et de sa fiancée.
Plusieurs touristes coréens se font photographier sur les lieux de tournage de la série <em>Goblin: The Lonely and Great God</em>, comme la porte rouge près du Théâtre Petit Champlain.
Une touriste se fait immortaliser dans l'une des allées de la Boutique de Noël, rue de Buade, une photographie de l'acteur coréen Gong Yoo à la main. Des regards inquisiteurs scrutent le hall du Château Frontenac, à la recherche de la boîte aux lettres dorée, par laquelle le personnage de l'actrice Kim Go Eun poste une enveloppe dans une scène de Goblin: The Lonely and Great God.
Ces scènes véridiques se sont multipliées par centaines depuis quelques semaines. Captées sur le vif par des employés des deux établissements de Québec, elles témoignent de l'impact jusque-là insoupçonné de la télésérie de 16 épisodes, qui a été diffusée du 2 décembre au 21 janvier sur la chaîne payante coréenne tvN, et ce bien avant l'amorce de la saison touristique.
«Tout le monde est totalement flabbergasté, comme on dit en bon québécois, par l'engouement autour de la série. [...] J'étais récemment près du Théâtre Petit Champlain pour un autre tournage et on nous a dit que les gens arrêtaient pour se prendre en photo devant la porte rouge, qui est sur le côté du théâtre. C'est vraiment une clientèle de 20 à 30 ans, hyper jeune. Et c'est beaucoup plus de femmes que d'hommes», note le délégué commercial à l'Office du tourisme de Québec, Michel Carmichael, qui n'hésite déjà pas à parler de «success story».
L'équipe coréenne lors du tournage à Québec, à la fontaine de Tourny, à l'automne 2016
Les acteurs Gong Yoo et Kim Go Eun dans une scène tournée à Québec
En combinant la diffusion originale - un record de tous les temps pour une série originale sur une chaîne payante, avec sa pointe de 20,5 %, selon Neilsen Corée - et la rediffusion domestique, ainsi que les vues en ligne un peu partout dans le monde, on estime à plus de 245,6 millions le nombre de personnes qui ont regardé la série romantico-fantastique, selon des données colligées par Destinations Canada.
Rien que sur le site de visionnement en ligne Weibo en Chine, on a enregistré un renversant 3,2 milliards de vues pour Goblin, qui a été tourné principalement à Québec et à Séoul, à l'automne et à l'hiver, au coût de 44,6 M$CAN.
«Cette série est passée à l'histoire ici! Tout le monde parle de ça en Corée et l'intérêt pour Québec est passé de nul à illimité. C'est le pouvoir du placement de produit touristique! Et on ne constate pas ce phénomène qu'en Corée, mais aussi dans d'autres pays asiatiques. Les grossistes en voyages ne cessent de nous dire qu'en raison de l'effet de cette série, les ventes sur Québec ont explosé. InterPark, le plus gros opérateur de tours, soutient même qu'il s'agit d'une augmentation de 100 % par rapport à la même période l'an dernier», indique Anna Lee, directrice du bureau de Destinations Canada, en Corée du Sud.
Il s'agit d'une visibilité sans précédent pour la capitale - et son emblématique Château Frontenac figurant au générique -, qui occupe une soixantaine de minutes à l'écran, réparties entre neuf épisodes. Les deuxième et quinzième épisodes, diffusés les 3 décembre et 21 janvier, sont ceux qui comportent le plus de scènes tournées à Québec, avec respectivement 14 et 24 minutes de présence à l'écran.
«On n'a toutefois pas encore d'indicateurs pour mesurer les impacts, parce qu'il est trop tôt. On impose des critères de rendement là-dessus à nos six grossistes en voyages et on va leur demander des comptes au fur et à mesure que l'année va aller, mais pour l'instant, on a peu de données à diffuser, à l'exception du succès de la télésérie elle-même», a expliqué Michel Carmichael.
À lui seul, l'afflux de touristes asiatiques, principalement coréens, venus faire un pèlerinage sur les lieux de tournage de Goblin (ou Dokkaebi en coréen romanisé) confirme toutefois cette popularité sans cesse grandissante.
«C'est vraiment wow, ce qui se passe! C'est une belle publicité gratuite pour nous. Avant, nous avions beaucoup de touristes chinois et japonais, mais là, on voit de plus en plus de touristes coréens. Chaque semaine, ils arrivent et demandent où est la section où telle scène a été tournée. J'ai eu trois clients récemment qui ont même recréé la scène en question dans le magasin!» a raconté la chef d'équipe de la Boutique de Noël, Firdadis El Mabrouki.
Et ce n'est pas terminé, puisque des contrats de diffusion ont déjà été signés - ou sont sur le point de l'être - avec le Japon, Hong Kong, Singapour, l'Indonésie et la Malaisie.
En Amérique du Nord, Goblin pourrait être rendu disponible sur une plate-forme en ligne telle que Netflix. Et des discussions sont en cours pour la Chine, avec qui les négociations tournent toutefois au ralenti en raison d'un boycottage des produits culturels coréens visant à protester contre le déploiement de la défense antimissile américaine THAAD en Corée du Sud
Personnage principal de la série <em>Goblin: The Lonely and Great God</em>, Gong Yoo est une superstar en Corée du Sud.
Qui est Gong Yoo?
Acteur de l'heure en Corée du Sud, Gong Yoo s'est fait tirer l'oreille pendant près de cinq ans avant d'accepter de figurer dans une série dramatique écrite par l'auteure Kim Eun Sook. Ayant fait sa marque au petit écran dans The 1st Shop of Coffee Prince (2007), la mégastar jouissait depuis quelques années d'un succès populaire et d'estime au cinéma et hésitait à revenir à ses premières amours, la télé.
Seulement en 2016, Gong Yoo est apparu dans trois films, soit The Age of Shadows, qui a fait 7,5 millions d'entrées en Corée et a été présenté aux festivals de Venise et Toronto, Dernier train pour Busan, qui a fait 11,56 millions d'entrées - le plus gros succès populaire de l'année 2016 en Corée - et a été projeté dans la section Séances de minuit  au dernier Festival de Cannes, et A Man and a Woman, un projet plus obscur.
L'année de l'acteur de 37 ans se sera terminée avec Goblin: The Lonely and Great God, faisant de lui l'acteur présentement le plus en demande dans son pays d'origine. C'est une rencontre de trois heures avec l'auteure Kim Eun Sook, qui l'aura finalement convaincu de prendre part au projet. «Dans les séries télévisées, le tournage se fait en continu, alors les acteurs ne peuvent promettre d'être à leur meilleur du début à la fin. J'étais inquiet de ne pas pouvoir livrer ma meilleure performance», avait admis le gagnant de 13 prix d'interprétation, en conférence de presse.
Les différents organismes de promotion touristique de la région voient déjà poindre un débordement de la clientèle coréenne sur Québec.
Québec prête pour la vague
Dans la foulée du succès de la série Goblin, les différents organismes de promotion touristique de la région anticipent avec fébrilité la vague de touristes asiatiques qui s'annonce sur Québec, entre mai et octobre.
Cette perspective les enchante d'autant plus qu'Air Canada vient de procéder à l'ajout d'un vol direct quotidien entre Séoul et Toronto et que Korean Airlines a procédé à l'augmentation de la fréquence des vols offerts sur ce même trajet, haussant la capacité aérienne de la Corée du Sud vers l'est du Canada de 38 %, en 2016. Une nouvelle augmentation, de 25 % celle-là, est également prévue pour 2017.
On voit par conséquent déjà poindre un débordement de la clientèle coréenne sur Québec. «Surtout qu'on a maintenant une bonne raison de les attirer chez nous», constate le délégué commercial de l'Office du tourisme de Québec, Michel Carmichael, ajoutant que le tourisme coréen est celui qui a obtenu la plus grande augmentation au Canada (31 %), en 2016.
Qui plus est, Dokkaebi attire chez nous un nouveau type de touristes, soit celui des pèlerins de lieux de tournage. Comme les fans du Seigneur des anneaux ont mis le cap sur la Nouvelle-Zélande il y a quelques années, ceux de Goblin ont désormais Québec dans la mire.
«C'est l'imaginaire qui les amène ici. On est content qu'il y ait une clientèle qui soit prête à se déplacer pour venir voir les lieux de tournage. [...] C'est quelque chose qui est plus dans les moeurs des Asiatiques que des Nord-Américains, de faire ce genre d'itinéraire», croit Michel Carmichael.
Au Château Frontenac, les demandes d'information pour la suite où a été tourné Goblin - la suite Frontenac, selon ce que Le Soleil a appris - sont nombreuses, mais l'hôtel est réticent à mettre en place une promotion de type «Venez passer trois nuits dans la suite Goblin».
«Ça reste compliqué de faire le suivi des réservations. Qu'est-ce qui arrive si on n'est pas capable, pour une raison ou pour une autre, d'honorer la réservation?» demande la directrice des relations publiques Anne-Marie Painchaud, qui constate elle aussi une augmentation «significative» de la clientèle coréenne au Château Frontenac.
À la Boutique de Noël, on compte bien profiter de cette manne, en accueillant cette clientèle de manière particulière.
«Ça donne plein d'idées! Je pense qu'il y aura moyen de faire un beau clin d'oeil à la série d'ici au printemps... C'est une publicité qui n'est pas bonne que pour notre commerce, mais pour l'ensemble du Vieux -Québec» a estimé la directrice des ressources humaines de la Boutique de Noël, Amélie Veilleux.