Réal Bossé et Béatrice Picard dans une scène de «File d’attente» sur le plateau aménagé dans la bibliothèque du Cégep de Sainte-Foy.

La série «File d’attente» en fin de tournage

Le tournage de la comédie dramatique «File d’attente», une idée originale de Réal Bossé produite par ComediHa!, arrive à terme. À deux jours de crier «c’est dans la boîte», nous sommes allés visiter le plateau de tournage, au Cégep de Sainte-Foy, où la bibliothèque a été transformée en point de service de la «Société automobile des véhicules du Québec».

L’endroit inspire une confidence de Louis, le personnage interprété par Bossé, à Solange (Béatrice Picard), à propos d’un Winnebago brun et d’une cohésion familiale à retrouver. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’on a sauté son numéro, le A89, et qu’il se précipite au comptoir pour signaler la chose. 

Pendant qu’on place et reprend la séquence une dizaine de fois, une vingtaine de figurants et d’acteurs sont en attente, le regard fixé distraitement sur leur téléphone, entre les conversations interrompues par les «Silence, on tourne!».

On passerait cinq ans de nos vies à attendre, a calculé Réal Bossé. Pendant cette perte de temps imposée, la vie continue, on se croit seul au monde, et pourtant, on soupire et s’impatiente tous ensemble.

«Attendre, c’est le lot de tout le monde, et tout le monde a vécu des moments étranges dans des files d’attente», souligne Réal Bossé. Il a imaginé deux familles (trois générations), dont la vie nous serait révélée par bribes, à travers des moments qu’ils passent à attendre au téléphone, au restaurant, en voiture, au magasin, à l’hôpital… dans 45 lieux, en tout. «C’est comme un huis clos, où on accède à leur intimité, mais dans des lieux publics», note-t-il. «Les spectateurs vont tranquillement faire les liens entre les personnages.» Jack Robitaille joue son père et Marie-Josée Bastien, une de ses sœurs.

«Louis, son personnage, est complètement désorganisé. […] Sa business ne va pas très bien, il tond des pelouses l’été, gratte des cours l’hiver. Il n’est pas toujours adéquat, mais il va devoir le devenir. Il a un immense trou dans le cœur, et on découvrira pourquoi.»

Chronique de la vie ordinaire

Sylvie Moreau, qui joue Alice, une cheffe de famille mariée à un bel ingénieur toujours absent (Jean-Nicolas Verreault), aime l’unicité du projet. «On alterne entre des moments plus légers et cocasses et des moments plus graves de la vie ordinaire. Tous les personnages ont la chance de toucher aux deux, on n’est pas des clichés, c’est ce que j’aime beaucoup», résume-t-elle. «On est dans un monde où les egos prennent beaucoup de place, mais la série parle surtout des relations entre les gens, les générations se confrontent.»

«La série parle surtout des relations entre les gens, les générations se confrontent», signale la comédienne Sylvie Moreau.

Le caractère de son personnage se révèlera particulièrement dans une scène où elle attend pour acheter une Xbox à son fils, entourée d’ados qu’elle finit par engueuler. «Dans le fond, c’est son fils qu’elle voudrait engueuler, mais elle en est incapable. On comprend tout son désarroi devant l’indifférence de son ado.»

Alors que Réal Bossé se dit plutôt patient lorsqu’il doit attendre pour un service (quoique fin stratège pour déterminer le moment où l’attente sera la plus courte), Sylvie Moreault se dit plutôt impatiente. «C’est pour ça que je ne vais jamais dans les restos ou les bars à la mode, je refuse d’attendre en ligne, je trouve ça niaiseux. Ce que je déteste le plus, c’est d’attendre pour les toilettes», note-t-elle.  

Entre l’idée soumise à Unis TV et le tournage, il s’est écoulé à peine un an. «Ça galope!» illustre Bossé. La diffusion sera elle aussi très rapide, puisque la série prend l’affiche les mercredis à 20h dès le 5 septembre.

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Entièrement tournée à Québec

Après LOL, dont le tournage de la 9e saison reprendra le 21 août, ComediHa! se lance dans une série de fiction — avec dialogues cette fois — avec File d’attente, qui a entièrement été tournée à Québec. «C’est agréable de tourner à Québec. Tout est à 15 minutes de voiture, il n’y a pas de cônes orange, le trafic est prévisible, c’est facile de loger l’équipe, on a accès à la forêt et à la ville», plaide le producteur délégué Lenny-Jo Goudreau. «Le défi est de grossir le bassin de techniciens et de les faire travailler à Québec.» Pour le tournage de File d’attente, environ 90 personnes ont travaillé derrière les caméras pendant les 26 jours de tournage nécessaires pour créer les 13 épisodes. «C’est un projet choral, on a 26 premiers rôles et une quarantaine d’autres, en plus de 400 figurants. Ça demande beaucoup de personnel supplémentaire sur les coiffures et les costumes», indique M. Goudreau. D’autres fictions, qui ne peuvent être annoncées pour l’instant, sont dans les cartons de ComediHa!.