Incursion dans l'univers des scrapeurs

Une plongée dans l'univers des scrapeurs, ces arpenteurs de vidanges qui récupèrent des métaux avant qu'ils soient perdus à jamais dans les sites d'enfouissement, peut s'avérer surprenante. Parlez-en à la réalisatrice Mélissa Beaudet, qui est sortie de cette aventure avec beaucoup de respect et d'admiration pour ses agents récupérateurs.
«Au début, je ne connaissais pas du tout l'univers de la scrape, c'était loin de tout ce que j'avais fait avant», note celle qui a réalisé les séries documentaires Intimidés, sur l'intimidation chez les jeunes, Police Académie, sur la formation des policiers et Les poings serrés, sur une école de boxe du quartier Saint-Michel, à Montréal.
Elle (ainsi que ses collègues Stéphane Lefebvre et Jean-Guy Montpetit, qui ont réalisé plusieurs épisodes de la série) a suivi Michel et Patrice, deux scrapeurs professionnels qui sillonnent les Basses-Laurentides. «Michel, c'est l'homme d'affaires, le méthodique à l'oeil aiguisé, décrit Mme Beaudet. Il reconnaît les types de métaux au premier coup d'oeil. Il dégaine des fils pour trouver du cuivre. Il est vraiment très organisé.» Son compétiteur, Patrice, «le débrouillard», a une autre approche plus «organique et créative». «Lorsqu'il a des coups de coeur pour des objets et les transforme, c'est un collectionneur», soulign-t-elle.
Le manège peut être assez payant, si les récupérateurs y mettent du muscle, du nerf et qu'ils sont organisés. Mais, «on ne s'improvise pas scrapeur», indique la réalisatrice. Si l'entreprise est mercantile, elle est aussi portée par un fort souci écologique et par la volonté de désengorger les sites d'enfouissement.
Récupérer les choux gras
Patrice est éboueur le matin, ce qui lui permet de repérer ce que les gens jettent et qui vaudrait la peine d'être récupéré. «Il y avait énormément de jouets pour enfants, souvent en très bon état. Même moi, quand je faisais des tournées avec eux je ramenais des objets. Les gens consomment, consomment, et puis ils jettent. S'il n'y a pas de scrapeur qui passe, ça s'en va au dépotoir. Eux, ils font des dons aux garderies. Ce sont des gens extrêmement généreux», raconte la réalisatrice. Elle a d'ailleurs été choquée de voir des gens altérer volontairement leurs meubles, dans un illogisme foudroyant, avant de les mettre au bord du chemin.
D'autres personnages, comme Melsa et Nicolas, qui récupèrent des objets pour faire des oeuvres d'art, Joyane, qui retape des meubles qu'elle vend ensuite en ligne, ainsi que Stéphane, qui alimente sa boutique Arté, dans Griffintown à Montréal, avec des matériaux trouvés à l'écocentre, font aussi des apparitions dans la série. «C'était important pour nous que ça ne soit pas juste un show sur la scrape et d'aborder la seconde vie des objets», indique Mme Beaudet.
Le tout a été tourné en caméra à l'épaule, dans le feu de l'action. «On a fait un montage serré, avec beaucoup de musique, dans la tradition des émissions américaines», note-t-elle. Rémi-Pierre Paquin assure la narration. «C'est bon vivant, on est chummy-chummy avec le spectateur, pas trop sérieux ni moralisateur.»
Belles ordures sera diffusé sur Historia les mercredis à 20h dès le 30 août.