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Natacha Soulard et Danielle Chatelain, respectivement directrice et surintendante de l’École au Cœur d’Ottawa. L’établissement, qui s’inspire du modèle éducatif finlandais, enseigne à ses élèves le bonheur,  le respect de la nature, la collaboration et la prise de responsabilités.
Natacha Soulard et Danielle Chatelain, respectivement directrice et surintendante de l’École au Cœur d’Ottawa. L’établissement, qui s’inspire du modèle éducatif finlandais, enseigne à ses élèves le bonheur,  le respect de la nature, la collaboration et la prise de responsabilités.

Citoyen 2.0: Prêcher par l’exemple

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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La série documentaire Citoyen 2.0 part à la rencontre de ces Canadiens qui, à leur petite échelle, cherchent à construire un monde plus équitable et plus durable.

Animée par l’actrice Laurence Latreille, originaire de l’Outaouais, cette série en 13 épisodes a pour but de donner envie au public de participer à l’effort collectif visant à opérer un changement radical de nos valeurs et de nos modes de consommation. Non pas en faisant la morale, mais en prêchant par l’exemple. 

Loin du ton catastrophique, on y présente une multitude d’initiatives qui se déroulent juste à nos portes, en mettant en place des façons alternatives de collaborer, de se nourrir, de s’éduquer, de consommer.

Son réalisateur, François-Xavier De Ruydts, cherche avant tout à montrer que ces « cercles vertueux » sont à notre portée, et qu’il est plus facile qu’on pense d’embarquer dans l’aventure.

Unis TV la propose à partir du 6 janvier — les mercredis, à 20 h—, dans la foulée des résolutions du Nouvel An et peut-être juste à temps pour nourrir la réflexion autour de ce que plusieurs appellent désormais le « grand reset » post-COVID-19.

Les épisodes s’articulent autour de grands thèmes. Chaque émission est l’occasion d’aborder une problématique en particulier (Vivre sans déchets ; Repenser la ville ; l’éducation ; l’agriculture ; la solitude, etc.) dont on commence par dresser brièvement les contours et les enjeux, avant de présenter des initiatives qui se distinguent en cherchant à faire partie de la ‘solution’, de façon exemplaire.

Plusieurs émissions permettent de visiter Ottawa et Gatineau, notamment le 4e épisode, qui explore les bienfaits de l’économie sociale  — opposé au modèle globalisé, considéré comme une source « d’inégalités » et de déséquilibres environnementaux poussant la société « au bord du précipice ». Ici, Citoyen 2.0 donne la parole à la coach en impact social Ethel Côté, responsable de l’organisme mécènESS, ainsi qu’à des représentants d’EcoEquitable, à Ottawa, et de la Laiterie de l’Outaouais, fondée sur le modèle des coopératives. 

L’épisode consacré à l’éducation pousse les portes de l’École Au Cœur d’Ottawa, où l’on développe de nouvelles manières d’enseigner, tandis que celui portant sur le gaspillage alimentaire passe une journée parmi les bénévoles de L’Escouade Anti-gaspillage, basée à Gatineau.

François-Xavier De Ruydts, réalisateur de la série <em>Citoyen 2.0,</em> et sa fille Alix

« Un récit » pour donner de l’espoir»

« Les gens reconnaissent qu’on a besoin de changement radical, mais au plan personnel, ils ne savent pas trop par où commencer. [...] Tous les problèmes environnementaux de notre société — surtout depuis la COVID-19 — ça a un côté déprimant, ça vide la motivation. On se sent bien impuissant quand on entend que l’Amazonie est en train de brûler », reconnaît François-Xavier De Ruydts. C’est ce constat qui l’a poussé à montrer en exemple les nombreuses pistes de solutions qui existent à travers le Canada.

Le but avoué de la manœuvre, c’est d’être constructif — voire euphorisant — en dépit des constats alarmants. Citoyens 2.0, c’est des lunettes roses pour les téléspectateurs qui en auraient besoin. 

Si on n’est pas nourri par « l’espoir », on ne fera jamais grand-chose, collectivement, croit-il. 

Il ne cache pas le côté «mise en scène» de sa démarche : « Moi, j’aime les récits. La société a toujours fonctionné avec des récits [...] religieux et politiques » qui ont, en leur temps, fait avancer les civilisations.

Or, ce serait précisément ce type de récits positifs « qui nous manque, au plan écologique », clame-t-il. On n’est guère bombardé « de visions motivantes du futur. Nous, on voulait donner aux gens l’envie de se bouger, leur donner le goût de participer » à l’élan collectif.

Persuadé que la meilleure façon de les convaincre, c’était de prêcher par l’exemple, le cinéaste a donc répertorié des initiatives « significatives » qui, le plus possible, étaient « essentiellement au niveau des gens, des petites entreprises, de la communauté ».

« Si on partage toutes ces bonnes idées, cela peut aider à la mouvance qui s’est enclenchée. » 

M. De Ruydts se réjouit de voir que la pause pandémique a eu un effet positif sur la prise de conscience générale. « On [l’humanité, au fil de l’Histoire] n’a pas souvent eu la chance de pouvoir changer notre monde. Avec la COVID, plein de gens commencent à se poser sérieusement plein de questions. Je crois que ça peut donner naissance a plein de belles choses. »

Le président de la Laiterie de l’Outaouais, Georges Émond, parle à la caméra du modèle coopératif qu’a suivi la laiterie gatinoise.

Pas trop tard

Non, ce n’est pas trop tard ! clame-t-il. Mais encore faut-il « arrêter de se voiler la face et regarder la réalité telle qu’elle est », dit-il en évoquant la crise environnementale et le poids que la surconsommation humaine fait peser sur la planète. « C’est dur. Il faut passer par une période de deuil. [Mais ensuite], on n’a pas le choix d’avancer et de ne pas se laisser abattre. »

Pas le choix, car « on boit de l’eau, on respire de l’air, on mange des légumes : on est 100 % dépendant de la nature et on ne pourra jamais s’en affranchir, même si on a tendance à l’oublier » en nous urbanisant.

La COVID et les futures pandémies annoncées — que beaucoup d’observateurs attribuent à la déforestation et à ses conséquences : la nouvelle proximité entre certaines espèces animales sauvages et les sociétés humaines, induite par la destruction de leurs habitats — viennent nous « rappeler à quel point nous faisons partie de notre élément naturel. Si on dérègle ce biome, c’est nous qui en souffrons ». 

Sans jamais se prononcer comme « un expert », mais seulement en tant que « témoin » éclairé, le réalisateur rappelle que le tout dernier épisode, qui porte sur la simplicité volontaire, est finalement la réponse à la plupart des problèmes. « C’est un épisode qui parle du bonheur. Qu’est ce que je veux dans ma vie. De quoi on a moins besoin. Qu’est-ce qu’on est prêt à laisser derrière soi ? » Selon lui, le sentiment d’abandon ne dure pas, car il s’agit d’un échange, en définitive, croit-il. « En échange, on aura plus de temps. Se restreindre ne signifie pas forcément ‘moins de confort’, bien au contraire. »

Chaque épisode sera disponible gratuitement sur Internet durant les 30 jours suivant sa diffusion à l’antenne d’Unis TV.

La coach en impact social Éthel Côté est une des intervenantes de la série Citoyen 2.0. La femme, qui est à la tête de l’organisme ottavien mécènESS, est considérée comme une sommité canadienne en ce qui a trait à l’économie solidaire, modèle qui replace l’humain et le bien-être de la communauté au dessus du profit. — Courtoisie, Unis TV

La banque de Temps, une économie d’échelle

Parmi les initiatives dont fait part Citoyens 2.0, le réalisateur François-Xavier De Ruydts a une affection particulière pour la « banque de Temps » mise en place à St. Ann’s Bay, « une petite communauté vieillissante » de la Nouvelle-Écosse, qu’il considère comme « la plus spectaculaire » de la série. 

« C’était une zone géographiquement très étendue ». Les résidents prenant de l’âge, ça devenait « de plus en plus difficile de trouver des services adaptés à leurs besoins, ou même d’avoir quelqu’un pour tondre leur gazon ». Ils ont alors mis sur pied, via Internet, un système d’échange local (SEL),  sorte de banque leur  permettant « d’échanger non pas de l’argent, mais du ‘temps’ ». 

« En plus de solutionner leurs problèmes [de services], le projet a soudé la communauté. » Les gens ont pris l’habitude de s’entraider, au point que le système d’heures débitées ou créditées a même fini par devenir un peu secondaire. « En fait, on se fout que ce système soit en déficit parce qu’on se fait des bandes de copains dans la communauté, et ça se termine souvent en gros pot luck (potlach) au coin du feu. »

Il témoigne de cette réussite sociale dans le deuxième épisode, qui porte sur l’argent, la monnaie et l’échange.

Prêcher par l’exemple 

François-Xavier De Ruydts a lui-même bouleversé ses habitudes de vie : « Dans ma famille, on a engagé une série de changements, en lien avec les découvertes faites au cours de la série », indique ce père de deux enfants. Son petit clan a notamment amorcé une démarche végétarienne, et adopté au passage une « politique de zéro déchet ». Et mon caméraman a acheté une ferme en Colombie-Britannique. Ce projet a complètement changé la vie » de plusieurs membres de l’équipe de production, ajoute le réalisateur de 39 ans.