Éverard à la fin de sa vie dans le documentaire Le commun des mortels de Carl Leblanc

Carl Leblanc: le siècle vu d'en-bas

Pendant que René Lévesque, Charles Aznavour et Fidel Castro traversaient le siècle sous les projecteurs, Éverard Leblanc travaillait et élevait sa famille en Gaspésie, dans «une des extrémités négligeables du monde, grande comme la Belgique, peuplée comme le Sahara».
Dans Le commun des mortels, Carl Leblanc propose, en revisitant la vie de son père, une aventure documentaire où s'invitent les codes de la fiction, l'humour, mais surtout une profonde humanité. 
L'idée est née il y a une dizaine d'années. «Ce qui était extraordinaire, c'est qu'il oubliait complètement la caméra. Il était d'un naturel exceptionnel», raconte Carl Leblanc.
Pour commenter le destin d'Éverard, le mettre en perspective à travers les mouvements politiques et sociaux qui ont modelé le siècle, le réalisateur a fait intervenir plusieurs sommités, qui parlent du personnage avec beaucoup de respect, de liberté et de clairvoyance. Parmi eux, l'ex-premier ministre Lucien Bouchard, avec qui il avait déjà tourné pour Nation, à qui il a laissé la parole au passage le plus délicat. «C'est un point d'orgue dans le film, qui survient au moment où on est prêts à imaginer avec lui ce qu'a été la fin d'Éverard. On a été estomaqués», souligne Carl Leblanc.
Il a aussi utilisé l'historien Éric Bédard à contre-emploi. «C'est un indépendantiste convaincu, pour qui l'élection du PQ en 1976 est un moment marquant et positif. Il s'est mis à la place d'un Canadien-Français, pour qui ça représentait le début de la fin de son monde. J'ai trouvé admirable qu'il accepte de réfléchir à ça», note-t-il.
Le réalisateur Carl Leblanc
Au coeur philosophique de la proposition, il y a cette idée de raconter l'histoire du siècle vue d'en-bas, mais de manière grandiose. «C'était clair dès le début qu'il fallait des images aériennes, pour voir le royaume d'Éverard. Un royaume, ça ne se filme pas au ras les pâquerettes. J'avais envie qu'il y ait une ampleur. Que l'image soit conséquente au propos. De même pour la musique», note le réalisateur, qui ouvre le film avec La pavane, de Gabriel Fauré, et qui utilise aussi Rhapsody in Blue, de Gershwin. 
Il assume la narration du film, un choix fait presque par dépit, mais qui n'est pas étranger à la charge émotive que porte son documentaire. «J'étais le plan B. Et à ma grande surprise à Gaspé [au Festival Vues sur mer, où il a remporté le Prix du public], je trouvais que le ton était juste», observe-t-il. «Lorsqu'ils vont voir un documentaire, les gens s'attendent à être stimulés au niveau cérébral, mais là, ils sont tenaillés au ventre, parce que pas mal de monde y voit un oncle, un père, un grand-père.»
Le commun des mortels sera diffusé le lundi 19 juin à 21h à Télé-Québec. En rappel le dimanche 25 juin à 19h30 et en rattrapage sur telequebec.tv jusqu'au 26 juin à 22h30.