Ce qui frappe dans le documentaire «Génération d’anxieux», c’est de voir la maturité des enfants qui vivent avec l’anxiété.

Anxiété généralisée

CHRONIQUE / De quoi souffre-t-on le plus sur la planète? Pas de cancer ou de maladie cardiaque, mais d’anxiété. Et ça ne fait qu’augmenter, particulièrement chez les enfants et les adolescents. Télé-Québec y consacre une partie de sa programmation mercredi soir, avec comme pièce de résistance le documentaire «Génération d’anxieux», porté par Claire Lamarche, réalisé par Stéphanie Couillard et diffusé à 20h. Un deuxième documentaire, «Prisonniers de l’anxiété», est consacré aux adultes, mercredi prochain à la même heure.

Pourquoi est-on aussi anxieux? Les spécialistes ciblent notamment notre «hyper connectivité» aux téléphones et aux réseaux sociaux, notre obsession de la sécurité et le fait de protéger nos enfants à l’excès. Un parent qui est anxieux peut transmettre son anxiété à son enfant.

Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est de voir la maturité de ces enfants qui vivent avec l’anxiété. Peut-être justement parce que cet état leur a volé une partie de leur enfance et les a fait grandir trop vite. Parce qu’ils connaissent parfaitement leur situation, sont capables de l’expliquer. Ce sont souvent des premiers de classe, très conscients de la réalité. Surtout pas des enfants qui inventent leur malheur, comme on a pu le croire par le passé. «T’es pas souffrant, c’est juste que t’as pas de volonté», cite une mère, qui a trop souvent dû vivre avec cette forme d’indifférence. L’humain est dur parfois.

À l’école, on nous apprend le théorème de Pythagore, mais «on ne nous apprend pas comment gérer nos émotions», dira une adolescente, de qui bien des nuits blanches auraient pu être sauvées si on lui avait fourni les bons outils. Étonnamment, les jeunes ont moins de rapports sexuels que les générations précédentes, et la solitude est l’une des principales causes de leur anxiété. Les intervenants chez Tel-jeunes reçoivent des appels d’enfants aussi jeunes que six ou sept ans, déjà capables d’identifier leur problème. C’est inquiétant.

L’anxiété chez l’enfant prend toutes sortes de formes. Antoine a peur la nuit. Pas du noir, mais d’une personne. Une personne dont il a tellement peur qu’il ne veut pas la nommer. Comme Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom dans Harry Potter. Sa solution : faire semblant d’être mort. «Tu veux que je t’explique une de mes peurs?» demande le garçon à son père, avant d’avouer : «[J’ai peur] du vide.» Kylianne, elle, est si anxieuse avant une évaluation à l’école qu’elle se cache sous un bureau et se mord le bras.  Au point que ça va rester une semaine», dit-elle de sa morsure. Les deux fréquentent l’Atelier Les gardiens du trésor à l’école primaire Sauvé, à Deux-Montagnes.

On a beaucoup à apprendre de Génération d’anxieux. Intéressant mais bourré d’entrevues avec des spécialistes, le documentaire est par moments aride et même didactique, beaucoup plus que les précédentes séries de Mme Lamarche, dont Soins intensifs et TDAH mon amour. Mais ce que j’aime de tout ça, c’est qu’on en parle, que la détresse de ces enfants et de leurs parents est nommée, expliquée. On sent aussi Claire Lamarche toujours aussi humaine, rassurante.

Dès 19h30, Format familial se consacre entièrement à l’anxiété chez les jeunes, avec la psychologue Florence Marcil-Denault et la comédienne Sandrine Bisson, elle-même anxieuse, qui montre du doigt la surprotection des enfants. Puis, à 21h aux Francs-tireurs, une table ronde sur l’anxiété des adolescents réunit la Dre Christiane Laberge, la sexologue Julie Pelletier et le neuropsychologue Benoit Hammerenger. Le second documentaire, Prisonniers de l’anxiété, mercredi prochain à 20h, souligne qu’on ne donne pas assez congé à notre tête, et se demande s’il est possible de guérir de l’anxiété.