Chef d’opéra aguerri, Otto Tausk (photo) répond aux moindres inflexions du violoncelliste Julian Steckel, rivalisant avec lui en plénitude vocale.

Tausk et Steckel à l’OSQ: la musique comme passion

CRITIQUE / Le concert de l’Orchestre symphonique de mercredi était l’occasion d’assister aux débuts à Québec du chef néerlandais Otto Tausk, qui a succédé à Bramwell Tovey à la tête de l’Orchestre symphonique de Vancouver il y a deux ans. En cette avant-veille de Saint-Valentin étaient également conviés deux héros romantiques, Don Juan (de Tirso de Molina) et Cyrano de Bergerac (d’Edmond Rostand), incarnés en seconde partie par le comédien bien connu Emmanuel Bilodeau.

Les vrais héros de cette soirée restent toutefois le chef invité et le violoncelliste Julian Steckel. Il est toujours rafraîchissant de voir des artistes qui ne pensent pas juste au chèque remis à la fin du concert, mais qui désirent réellement offrir un moment unique au public. Avec un legato somptueux, un son à chaque moment présent, le soliste empoigne le Concerto pour violoncelle de Dvorak, péremptoire dans le premier thème du mouvement initial, caressant dans le second thème. Dans la partie centrale du finale, on croit presque entendre une plainte humaine émanant de son instrument.

Le violoncelliste a, avec Otto Tausk, un partenaire idéal. Chef d’opéra aguerri, ce dernier répond aux moindres inflexions du soliste, rivalisant avec lui en plénitude vocale. Il fallait attendre après la pause pour le voir seul à l’œuvre. L’ouverture de concert Cyrano de Bergerac de son contemporain Johan Wagenaar, un vague épigone de Richard Strauss, est une simple curiosité. Le chef en livre néanmoins une interprétation sentie, énergique, mais qui manque de souplesse dans les phrasés, signe probable d’une entrée récente à son répertoire.

Clou du concert, le Don Juan de Strauss clôt la soirée avec panache. Le chef creuse avec minutie les nombreux contrastes de l’œuvre, avec une sonorité nourrie de l’orchestre. Le violon solo par intérim Catherine Dallaire et le hautboïste solo Philippe Magnan ont livré chacun un de leurs plus beaux solos des dernières années. Le concert était d’ailleurs dédié à François Magnan, père de ce dernier décédé le mois passé qui a été administrateur de l’orchestre pendant plusieurs décennies.

Orchestre symphonique de Québec. Direction : Otto Tausk. Soliste : Julian Steckel, violoncelle. Narrateur : Emmanuel Bilodeau, comédien.
Dvorak : Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104. Wagenaar : Cyrano de Bergerac, ouverture de concert, op. 23. R. Strauss : Don Juan, op. 20. Mercredi soir à la salle Louis-Fréchette. Le concert est présenté en reprise jeudi à 10h30.