«Travailler d’aussi grands formats, c’est très physique, c’est presque une danse», indique Tania Girard-Savoie.

Tania Girard-Savoie: jouer avec les fantômes

Tania Girard-Savoie assemble patiemment les formes et utilise des couleurs complètement éclatées. Qu’elle sérigraphie, qu’elle dessine ou qu’elle peigne, elle crée de formidables galaxies, peuplées de fantômes transparents.

Assise au milieu des œuvres fraîchement cueillies chez l’encadreur François Simard, l’artiste remonte le chemin parcouru depuis cinq ans, alors qu’elle était au tout début de l’élaboration de ses scènes flottantes.

«Travailler d’aussi grands formats, c’est très physique, c’est presque une danse, illustre-t-elle. En atelier, je travaille avec de dix à quinze écrans en même temps. Chaque écran est comme un pinceau, c’est une intervention par pochoir, par élément de couleur. Tout le corps doit bouger, il faut être très en forme.»

Pour maîtriser cette technique qui la pousse jusqu’à ses limites physiques, elle s’attelle à la tâche de bonne heure, s’adonne à la randonnée pédestre et mange bien. «J’ai une préoccupation d’avoir une vie saine. Parfois, je me dis que plus vieille, ça va être difficile. Avant je faisais des journées de 12 heures, je n’étais pas tuable, raconte-t-elle. Là, j’arrive très tôt, mais vers 14h, je passe à du travail de tête.»

Tania Girard-Savoie, Sans titre no 10, 2017

Une discipline de vie qui lui a permis d’être encore au sommet de sa forme alors qu’elle célèbre les 20 ans d’une carrière commencée sur le tard. Écoutant les mises en garde paternelles sur les écueils financiers probables de la vocation artistique, Tania Girard-Savoie s’est d’abord dirigée en communication graphique, où elle a «tenu» un an et demi. «Tout était au tire-ligne, il n’y avait pas encore d’ordinateur à l’Université Laval. Ma patience a été mise à l’épreuve et j’ai tout sacré ça là, raconte-t-elle. J’ai arrêté l’école trois ans. J’ai voyagé, j’ai travaillé en restauration. Je cuisine beaucoup. Je me dis toujours que si je n’avais pas été dans les arts, j’aurais fait de la cuisine.»

De retour sur les bancs d’école, en arts visuels cette fois, elle se lance en peinture, tout en étant attirée par le papier et la sérigraphie. Si bien qu’aujourd’hui, ses sérigraphies sont travaillées comme des tableaux et ne sont pas démultipliées en plusieurs exemplaires. Chacune de ses œuvres est unique et est le fruit de nombreuses étapes de travail.

TANIA GIRARD SAVOIE, Sans titre no. 19, 2019, Médiums mixtes sur papier 76 x 112 cm

Elle trace d’abord des formes avec un pinceau sur des acétates transparents, qu’elle dépose sur un écran enduit de pellicule photosensible. L’écran sera brûlé en chambre noire. L’émulsion bouche la surface qui n’a pas été peinte, ce qui crée un pochoir où elle déposera son encre. «Même si je connais parfaitement la technique, je ne la fais pas dans les règles de l’art, sinon ça deviendrait plate, indique Tania Girard-Savoir. Souvent, je vais imprimer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’encre. Je joue avec les fantômes.»

*TANIA GIRARD SAVOIE, Sans titre no 43, 2018, Acrylique sur bois, 101.5 x 101.5 cm

Tout, dans cette danse, est un jeu d’accumulation et de transparence. «Le défi est de ne pas tomber dans l’excès, de conserver une certaine légèreté, mais qu’il y ait quand même beaucoup d’informations visuelles», indique-t-elle.

Sur ses tableaux, elle reprend des formes utilisées en sérigraphie, comme pour boucler la boucle, mais verse aussi de l’acrylique qu’elle laisse sécher en épaisses couches sur le support posé à plat. «Ça donne une sensation de flottement , mais aussi de chute. On ne sait pas si ça va tomber ou si c’est en suspension. Ce sont ces moments de tension qui m’intéressent», souligne-t-elle.

TANIA GIRARD SAVOIE, Sans titre no. 61, 2018, Médiums mixtes sur papier, 76 x 112 cm no 61

L’exposition Lumière et multiples transparences de Tania Girard-Savoie sera présentée à la Galerie Michel Guimont, du 20 octobre au 10 novembre.

BDV-petit chiffre Coul:1 Tania Girard-Savoie, Sans titre no 51, 2019, médiums mixtes sur papier, 97 x 127 cm

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Nager dans les couleurs au YMCA

Fluviatile, «Qui vit ou pousse dans les eaux douces. Qui appartient au fleuve» de Tania-Girard-Savoie est l’une des œuvres qui sera intégrée à l’architecture du futur YMCA, en construction dans le quartier Saint-Roch sur l’emplacement de l’ancien cinéma. Avec ses 7 mètres de hauteur et ses 6 mètres de largeur, l’œuvre est la plus grande jamais créée par l’artiste. «C’est une grande mosaïque en impression sur verre, dans l’enceinte de la piscine. L’eau et le plafond, brillant et lustré, vont refléter l’œuvre et les gens vont nager dans la couleur, en immersion totale», indique-t-elle. L’œuvre a été choisie à l’unanimité par le jury, ce qui est «une belle preuve d’amour», pour Tania Girard-Savoie. Parmi ses projets d’art public, on compte un mur de rhizomes colorés imprimés sur des panneaux de verre à la Maison des naissances de Limoilou, ainsi qu’une mosaïque de photographies de paysages retravaillées par ordinateur, installée dans le centre multifonctionnel de Saint-Éphrem-de-Beauce. Plusieurs de ses œuvres sont aussi exposées à l’Arpidrome, dans Charlesbourg.