La contralto Marie-Nicole Lemieux, en compagnie de l'OSQ, était complètement habitée par des chants d'une beauté éthérée. 

Sublimer les tourments

Quelques minutes avant la fin du programme, au quatrième chant du Rückert Lieder de Mahler, le chef Fabien Gabel a posé les yeux sur Marie-Nicole Lemieux comme si une note, particulièrement délicate et soutenue, l'avait ébloui. Une seconde qui résume l'état merveilleux dans lequel la contralto nous a plongés, au cours d'un programme dédié à la volupté et aux tourments.
On se sentait comme au coeur de la tempête, au centre d'un tableau romantique où des vagues menaçantes et grises se fracassent sur les rochers. La voix de Marie-Nicole Lemieux s'y déversait comme une pluie d'or, enchanteresse et obsédante, pleinement maîtrisée. 
L'orchestre, dont le son qui semble toujours plus net et lumineux au Palais Montcalm bien que les musiciens y soient davantage condensés, participait pleinement à cet envoûtement.
Le concert s'est ouvert avec le prélude à l'Acte III de Tristan et Isolde de Wagner, pièce d'une ampleur sombre où les instruments viennent à tour de rôle livrer leur complainte, jusqu'à ce qu'un hautbois s'élève, doux, grave et déchirant, pour porter la douleur de l'amoureux désespéré, joué magnifiquement par Hélène Déry.
Applaudissements
Puis, Marie-Nicole Lemieux est entrée, rayonnante, pour Wesendonck Lieder de Wagner. Les spectateurs n'ont pu contenir leurs applaudissements après le premier air, si bien que la contralto, avec le sens de l'humour et l'aisance qu'on lui connaît, leur a fait signe de cesser, en ajoutant avec un clin d'oeil qu'il y avait cinq airs au programme avant les applaudissements. Elle a ensuite repris avec tout le sérieux et toute la passion du monde, complètement habitée par ces chants d'une beauté éthérée et d'une intensité sublime. Des poèmes empreints de nostalgie, voire de désuétude, qui posent un baume imparable sur toutes les blessures, petites ou grandes, de l'existence.
Blumine, un extrait de la Symphonie no1 de Mahler, nous a fait glisser jusqu'à l'entracte comme sur des vagues animées et joyeuses. L'ensemble du programme avait définitivement quelque chose d'aquatique.
Le Symphonie no 8 «Inachevée» de Schubert a réveillé le sens du drame et l'âme théâtrale du chef, qui a guidé ses musiciens dans un bal regorgeant de contrastes appuyés et de séquences plus dansantes. Les chants de Mahler nous ont finalement fait glisser dans une douce torpeur, à la fois éblouis et ravis. 
Le concert était présenté une seule fois, mercredi soir au Palais Montcalm.