Terra Chaplin, Megan Bell, Nicolle Dupas, Ally Von Wallis forment le groupe Strange Breed.

Strange Breed : Le dialogue par le rock

Alors que des artistes se montrent allergiques aux étiquettes, la formation canadienne Strange Breed assume à fond : «quatuor de rock garage alternatif entièrement queer, entièrement féminin», lit-on en somme dans sa biographie en ligne. Ç’a le mérite d’être clair...

Au bout du fil, la guitariste et chanteuse Nicolle Dupas éclate de rire en entendant la remarque. «Ce n’était pas une obligation d’être toutes ces choses quand nous avons formé le groupe, précise-t-elle. Mais c’est ce que ç’a donné au final. Je pense qu’il y a beaucoup de gens dans la scène d’où nous venons qui portent ces “titres”, si on peut dire. Mais ils ne sont pas si nombreux à les afficher si directement. Nous voyons ça comme une manière d’abattre le mur. Ce sont des sujets qui vont être soulevés avec nous de toute façon. Alors, pourquoi ne pas le faire nous-mêmes?»

Dupas voit deux conséquences possibles à leur étiquette auto apposée. «Soit ça va attirer d’emblée certaines tranches de la population, soit ça va en décourager d’autres, croit-elle. Mais il y a aussi cette zone grise où certains seront agréablement surpris. Peut-être parce que consciemment ou non, ils ont des préjugés envers les femmes musiciennes ou les gens queer...»

Sa collègue Megan Bell, qui manie les baguettes dans Strange Breed, y voit de son côté un enjeu de fierté. «Ce n’est pas une question de dire : “achetez notre album parce que nous sommes gaies et nous faisons de la musique gaie!” Non! Nous nous tenons debout pour la communauté queer, pour les femmes, pour les personnes trans, pour les minorités visibles… Et si tu viens à notre spectacle, tu les soutiens aussi», résume-t-elle, soulignant du même souffle l’«importante» question de la représentation.

«Nous voulons rejoindre de jeunes queer qui vivent mal leur adolescence, ajoute-t-elle. Tellement de femmes queer ont vécu ce moment où elles ont découvert Tegan and Sara et où elle se sont senties réconfortée de voir ces deux femmes queer fracasser les palmarès...»

Le message d’abord
Vous l’aurez compris, le message prime chez ces musiciennes originaires de Vancouver. Ça s’exprime sur leur récent premier album, Permanence., joyeux brûlot inspiré du rock alternatif des années 90, fortement teinté par le mouvement #MoiAussi — elles y chantent notamment que «le consentement, c’est cool»... — et où elles abordent des thèmes comme l’acceptation de soi, l’inclusion et la santé mentale. «C’est comme si nous voulions emballer ces sujets lourds avec un joli ruban, afin que le plus de gens possible veuillent parler de féminisme, du mouvement #Metoo, de la culture du viol, etc.», précise Megan Bell.

«Ça peut aider à sensibiliser, ajoute Nicolle Dupas. Dans le genre : “c’est un sujet lourd, je ne suis pas certain d’être d’accord avec toi, mais c’est une bonne chanson!” Ça peut ouvrir un dialogue.»

La vision du quatuor se transpose aussi sur scène, où il insiste pour créer des «espaces sécuritaires» pour les spectateurs, invités à dénoncer tout propos ou action sexiste, raciste, homophobe, transphobe, etc.

«J’ai une apparence physique très queer. C’est arrivé que je me présente dans un lieu et d’y ressentir de l’inconfort, de me sentir bizarre, note Megan Bell. Personne ne devrait se sentir comme ça dans un spectacle. C’est super important. Et honnêtement, je souhaiterais que d’autres groupes en parlent aussi plus ouvertement. Il n’y a aucune raison de tolérer le sectarisme ou l’exclusion pendant un spectacle rock. Tout le monde est là pour s’amuser.»

D’un océan à l’autre... ou presque
Avec leurs collègues Terra Chaplin (guitare) et Ally Von Wallis (basse), Dupas et Bell s’offrent ces jours-ci une traversée du Canada afin de faire connaître leurs nouvelles chansons. Parties de Vancouver le 14 septembre, elles sont attendues à Ottawa le 3 octobre, à Québec le 4 et à Montréal le lendemain. En pleine campagne électorale, alors que des discours sur l’avortement ont récemment défrayé la manchette, Strange Breed a pris la route le poing levé.

«Vous savez quoi? Autant ces politiciens se sentent intelligents, autant les femmes le seront toujours davantage! Nous sommes des personnes brillantes qui trouveront toujours moyen de se prendre en main. Si tu nous pousses, nous te pousserons encore plus fort. Ça prend peut-être quelque chose pour démarrer une révolution vers un changement positif», avance Megan Bell.

«La première chose qui me vient en tête quand j’entends parler de tout ça, c’est que les gens pensent que toutes ces choses affreuses arrivent au sud de la frontière, reprend Nicolle Dupas. Ça nous offre un rappel : “Hello! C’est dans notre cour!” Nous faisons face aux mêmes attaques effrayantes sur des droits fondamentaux. Je suis d’accord pour dire que j’espère le mieux, mais que je me prépare au pire...»

Strange Breed se produira au Scanner le 4 octobre. Les formations Plot Twist et Green Girl seront aussi de la partie.