Steve Veilleux, du groupe Kaïn, nous offre ses réflexions sous forme de «poésie joual».
Steve Veilleux, du groupe Kaïn, nous offre ses réflexions sous forme de «poésie joual».

Steve Veilleux, auteur-compositeur-interprète 

«Confinement. Un mot que je n’avais, jusqu’ici, que très peu utilisé, dans ma vie. Mais depuis une couple de semaines, peut-être plus, le voilà à la grosse mode et aux quatre coins de notre langue, de toutes les langues, peut-être.»

«Même si la route est belle et nous fait de l’œil, on ne peut l’emprunter. Juste pour déambuler dans le supermarché. Et encore.

Les journées passent assez vite… des fois. 

Des fois, non. 

On soude la famille, on fait le ménage, on désherbe les plates-bandes, on balaie le garage. Je ne suis maintenant plus qu’un bon père de famille en m’efforçant d’être un «bumper» de famine. 

La scène me manque. 

Je suis en état de manque. 

Privé de ma passion, moi, le «piocheux» de guitare, je m’ennuie de mes frères, de partager des accords. Je promets de ne plus jamais chialer, sur le temps que ça prend entre Montréal et Val-d’Or. Du temps, j’en ai, je compte les tours d’horloge, en kilomètres carrés. 

Je m’ennuie de vous autres, ma gang de matous, de vous entendre chanter, des frissons jusqu’au cou. 

Je fantasme à l’idée d’un roadtrip arrosé, d’une terrasse animée au fin fond de La Malbaie. 

De me laisser surprendre par la fin d’une journée, de me coucher serein, la tête vide, le cœur full. En plein cœur d’une foule sur les Plaines d’Abraham ou en plein rodéo, à Saint-Tite, paradise. 

Confiné, je me sens con de trouver le temps long. 

La vie continue de passer pendant que j’passe à côté. Mais, au fond je l’sais bien que ça va pas durer, il fait beau en avant, pour de vrai, le printemps.

Je vous sème.» Propos recueilis par Mario Boulianne, Le Droit