«Quand je suis fatiguée d’être regardée de tous bords, tous côtés, quand j’ai besoin d’un break de moi-même, je me tourne vers la littérature. C’est plus facile parce que je l’utilise beaucoup pour parler des autres. Je me laisse aussi beaucoup plus aller dans ce style parce que je sais que je ne serai pas exposée avec le texte», dit Stéphanie Boulay.

Stéphanie Boulay: entière et littéraire

Les Correspondances d’Eastman amènent cette année les festivaliers dans les coulisses de la littérature, là où les dés se jettent et où les fils se nouent avant que n’opère la magie sur papier. Quelques jours avant la 16e édition de la fête des lettres qui se déroule du 9 au 12 août, levée de rideau sur l’univers littéraire de trois invités qui viendront y faire entendre leur voix.

Bien qu’il y ait des spectacles de musique dans la programmation des Correspondances d’Eastman depuis plusieurs années, le choix de la chanteuse Stéphanie Boulay comme porte-parole de l’événement surtout littéraire peut en surprendre plusieurs. C’est mal connaître celle qu’on surnomme souvent «la moitié blonde des Soeurs Boulay».

Les Correspondances d’Eastman amènent cette année les festivaliers dans les coulisses de la littérature, là où les dés se jettent et où les fils se nouent avant que n’opère la magie sur papier. Quelques jours avant la 16e édition de la fête des lettres qui se déroule du 9 au 12 août, levée de rideau sur l’univers littéraire de trois invités qui viendront y faire entendre leur voix.

Oui, c’est sur la musique qu’elle a bâti sa carrière et qu’elle gagne sa vie depuis Le poids des confettis. Mais le premier art qu’elle a embrassé, c’est la littérature.

«À huit ans, je pouvais passer plusieurs heures à écrire des histoires de sirènes et de princesses dans de vieux cahiers noirs qui appartenaient à mon père, raconte-t-elle. Quand je me relisais, je pleurais souvent. Pas parce que ces histoires étaient tristes, mais parce que ça me touchait énormément de constater qu’à partir de rien, j’avais créé quelque chose. À huit ans, j’ai eu mon premier buzz de création. Avec le temps, c’est devenu une drogue.»

La musique est arrivée dans sa vie un peu plus tard, à l’adolescence. Et bien qu’elle ait adopté ce moyen d’expression, elle affirme que les mots restent son instrument premier. «Je chante surtout pour véhiculer des mots. D’ailleurs, je ne trouverais aucunement mon compte dans la musique sans paroles. Quand j’écoute une chanson, c’est surtout le texte qui m’interpelle», dit-elle.

Entre l’écriture de chansons et un style plus littéraire, la jeune femme y décèle plusieurs différences et diverses ressemblances, qu’elle partagera entre autres avec le public lors de son entretien avec le journaliste Dominic Tardif, au Spa Eastman, le vendredi 10 août.

«Quand j’écris une chanson, j’ai davantage conscience de moi-même. Je sais que je devrai livrer cette chanson, la porter, et être exposée sur scène avec elle», dit-elle notamment.

«Mais quand je suis fatiguée d’être regardée de tous bords, tous côtés, quand j’ai besoin d’un break de moi-même, je me tourne vers la littérature. C’est plus facile parce que je l’utilise beaucoup pour parler des autres. Je me laisse aussi beaucoup plus aller dans ce style parce que je sais que je ne serai pas exposée avec le texte», ajoute-t-elle.

Premier roman

C’est d’ailleurs au terme de la première tournée des Soeurs Boulay qu’a germé son premier roman, À l’abri des hommes et des choses, paru en 2016 chez Québec Amérique. «On avait travaillé fort, et j’étais épuisée. J’avais besoin de me retrouver seule dans ma chambre, dans mes affaires. J’ai eu un flash en route pour les Laurentides, où j’avais une maison. Puis, ça a été très vite.»

C’était en 2014, elle en a terminé l’écriture en 2015, et Stéphane Dompierre, avec qui elle travaillait déjà sur une nouvelle pour son recueil érotique intitulé Nu, s’est montré intéressé à publier son premier roman.

«C’est l’histoire d’une jeune fille un peu spéciale, on ne sait pas trop ce qu’elle a, mais on constate qu’elle ne se reconnaît pas dans le monde extérieur. Elle est candide, un peu simple d’esprit, mais probablement aussi la plus lucide de tout le roman. Elle vit avec une figure féminine, on ne sait pas trop qui c’est — une amie, une tante, sa mère, sa grand-mère? —, mais celle-ci veut la surprotéger. Donc on suit le passage de cette jeune fille à l’adolescence, sa puberté, ses premiers sentiments amoureux, etc. sans que personne ne lui explique trop ce qui se passe», résume l’auteure.

Si elle se défendait bien, au début, d’en avoir fait un récit autobiographique, Stéphanie Boulay reconnaît aujourd’hui que son personnage démontre effectivement quelques ressemblances avec elle. «J’ai peut-être exploré des parties de moi que je ne voulais pas nécessairement dévoiler à la base...», glisse-t-elle avec réserve.

Un deuxième livre sortira à l’automne, cette fois destiné aux jeunes de 6 à 10 ans. Le roman illustré Anatole qui ne séchait jamais paraîtra le 4 octobre aux éditions Fonfon et aborde le thème de la «différence versus la normalité».

En solo

Puis, en novembre, c’est un tout premier EP en solo que dévoilera l’auteure-compositrice-interprète. «Quelque chose de moins folk, plus orchestral, tout en restant dans la chanson», dit-elle brièvement.

Cet exercice en solitaire est arrivé parce qu’elle s’est retrouvée, en novembre dernier, «en sabbatique forcée», sa soeur Mélanie étant sur le point d’accoucher de son premier enfant. «Pour la première fois depuis longtemps, je n’avais rien sur la table. J’ai vraiment été déstabilisée. Depuis tout ce temps, j’avais appris à coexister avec ma soeur. On était presque devenues une seule et même entité. Jamais je n’avais pensé que je pouvais faire une carrière en solo» admet-elle.

Mais elle a eu des idées, puis est partie en début d’année faire un roadtrip aux États-Unis pour «plonger à l’intérieur» d’elle-même et les polir. Quand elle est revenue, elle s’est lancée. «Je sentais que c’était le moment. Même si c’était ultra difficile, j’avais besoin de ça.»

«Je sais que mon nom seul n’aura probablement pas autant de résonnance auprès du grand public que celui des Soeurs Boulay. Mais je le fais surtout pour moi. Pour me libérer de certaines peurs», termine celle qui prendra part, en septembre, à la deuxième édition de la résidence d’écriture Les nouvelles de la rivière Noire, au studio B-12, à Valcourt.