Le concert semble avoir piqué la curiosité, puisque selon les organisateurs et le chef Stéphane Laforest, les 1800 billets seraient presque tous vendus.

Stéphane Laforest: une ambiance de rock progressif à l'orchestre

L'Orchestre symphonique de Québec essaie un nouveau concept, en collaboration avec 3e. Les deux organismes proposent un concert amplifié, où des oeuvres du répertoire symphonique seront présentées dans un environnement habituellement associé aux concerts rock - éclairages, fumée, etc. La direction musicale a été confiée au chef Stéphane Laforest, qui dirige la plupart des concerts populaires de l'OSQ.
Pourquoi amplifier l'orchestre symphonique, qui a déjà une masse sonore considérable? «Oui ce sera amplifié, mais ce n'est peut-être pas le point le plus important du concept, répond le chef. Le but est de rejoindre une nouvelle clientèle. Daniel Gélinas [de 3E] est arrivé avec cette idée-là. Il voulait présenter la musique dans une forme près du rock progressif pour montrer que les deux formes peuvent être très proches.»
Au programme, des pièces puissantes comme Mars, tiré de la suite The Planets de Gustav Holst (que le chef compare au thème de Star Wars), Toccata et Fugue en ré mineur de Bach (entendu dans d'innombrables films, comme Le Parrain) ou encore la finale d'Ouverture solennelle 1812 de Tchaïkovsky et La chevauchée des Walkyries de Wagner, aussi très appréciées des réalisateurs de films. 
«Le but n'est pas de dénaturer le rôle de l'orchestre symphonique, mais de créer un événement visuel et sonore différent et de montrer qu'un orchestre est le groupe musical le plus malléable qu'on peut trouver. Ils peuvent jouer des symphonies, des opéras, accompagner des chanteurs populaires, jouer des thèmes de films», expose Stéphane Laforest. 
Le concert semble avoir piqué la curiosité, puisque selon les organisateurs et le chef, les quelque 1800 billets seraient presque tous vendus. «C'est une conception, un essai. On va voir à la répétition jeudi et le soir même du concert ce que ça va donner, parce que ça n'a jamais été fait. Ce sera une surprise pour tout le monde», souligne le chef sur un ton confiant.
«Le monde des orchestres symphoniques doit se renouveler, plaide-t-il. Ça fait 300 ans qu'on fait un concert avec une ouverture, un concerto, une symphonie et une pièce canadienne. Je pense qu'il est temps que le chef dise bonjour aux gens. C'est devenu un divertissement la musique classique. On recherche des choses avec narrateur, avec acteurs, qui intègrent le multimédia, les écrans, la vidéo, il y a une recherche, sans vouloir sacrifier le contenu musical.»
Car outre une certaine amplification, ciblée, les pièces seront jouées telles qu'elles ont été composées. «Je suis complètement contre le fait de prendre de la musique classique et de la jouer différemment en prétendant avoir eu une idée musicale. Pour moi, ça, c'est de la fumisterie», s'enflamme Stéphane Laforest. Si le chef est pour le renouvellement des formes, il plaide toutefois pour que contenu, l'expertise et le talent des musiciens - et des chefs - d'orchestre soient respectés.
Le b.a.-ba du concert pop
Les concerts pop donnés par des orchestres symphoniques ne datent pas d'hier. En 1885, seulement quatre ans après sa fondation, l'Orchestre symphonique de Boston crée les Boston Pops, des concerts de musique classique légère et de musique populaire présentés au printemps et en décembre, ce qui permettait de faire travailler davantage les musiciens. À partir de 1930, la série a eu un chef désigné. Arthur Fiedler a tenu le fort pendant 50 ans, puis il y a eu un certain John Williams, compositeur attitré de Steven Spielberg et de George Lucas.
«Dans les années 30, la première partie du concert était toujours des oeuvres classiques connues et en 2e partie il y avait un artiste invité. Ça permettait vraiment aux spectateurs de découvrir de la musique classique», raconte Stéphan Laforest, dont la vocation de chef d'orchestre a été inspirée par les Boston Pops.
«Maintenant, en Amérique du Nord, tout orchestre qui se respecte a une série pop. Mais ici au Québec, on a de misère à suivre cette tendance-là. Les responsables des orchestres ont peur que ça prenne trop de place et que le produit classique soit délaissé», constate-t-il.
Au fil du temps, le chef fondateur de la Sinfonia de Lanaudière et le directeur musical de l'Orchestre symphonique de Sherbrooke a dirigé plus de 400 concerts pop à travers le Canada. «Certains étaient horribles et d'autres étaient magnifiques», note-t-il. Les conditions gagnantes, selon lui : de bons arrangements, des musiciens pop arrivent préparés (et avec les bonnes partitions) et un chef formé et aguerri.
Il rêve du jour où il y aura un chef désigné pour chaque série pop et ne cache pas qu'il aimerait bien jouer ce rôle à l'OSQ. «L'OSQ est le seul orchestre au Québec qui fait du pop depuis les années 70. Ce sont les meilleurs pour faire ça», souligne-t-il.
À son dernier concert en lice, où l'OSQ jouait avec Peter Cetera, «on a annulé la 3e répétition, parce qu'elle n'était pas nécessaire. Il m'a demandé si je voulais partir en tournée avec eux», raconte Laforest. Offre sérieuse? «Je ne sais pas, faudrait voir, mais on a échangé nos coordonnées.
Vous voulez y aller?
Quoi: Concert amplifié
Qui: L'OSQ et 3e
Quand : samedi 4 mars à 20h
: salle Louis-Fréchette du Grand théâtre
Billet: 30 $ à 95 $
Info: 418 643-8131