Starmania opéra: briller de mille feux

CRITIQUE / Dans leur contexte d'origine, avec tous les personnages incarnés en chair et en voix, les chansons bien connues de Starmania résonnent avec une nouvelle acuité. Poussées par des voix lyriques, et non les moindres, elles gagnent en ampleur, galvanisent et bouleversent, et nous montrent surtout que l'opéra peut avoir son côté rock.
À l'entrée et à la sortie de la salle, ils étaient plusieurs à confier qu'il s'agissait de leur premier opéra. Bien que Starmania opéra ait peu à voir avec La Bohème ou Norma, il s'agit certainement d'une belle porte d'entrée sur les possibilités éclatées qu'offrent les voix lyriques. C'est d'ailleurs lorsqu'elles brillent de mille feux que la pertinence de la version opéra devient la plus évidente. 
À ce chapitre, Marie-Josée Lord est simplement époustouflante en Marie-Jeanne. Lorsqu'elle chante La complainte de la serveuse automate, la pureté de sa voix de soprano, mélangée à l'accent de blues lorsqu'elle prononce «Underground café», nous donne un délicieux frisson. Sa voix atteint son paroxysme lors de la finale, pour Le monde est stone, qu'elle livre le visage transfiguré par l'émotion, pieds nus dans une robe jaune soleil. Elle nous touche, tant par son amour pour Ziggy et sa soif de vivre que par son désespoir devant ce que le monde devient.
Le Blues du businessman, livré par un Marc Hervieux confortable et efficace dans son rôle de Zéro Janvier (l'homme d'affaires mégalomane qui veut devenir président de l'Occident) est chaudement applaudi, mais Ego Trip, en duo avec Lyne Fortin, est drôlement plus jouissif. Tous deux perchés sur un escalier, ils discutent mariage tout en s'envoyant des vocalises et des notes longues. On dirait deux paons ou deux divas et la scène suffit à nous faire deviner les affres où les entraînera leur union torturée et intéressée. Lyne Fortin est divine en Stella Spotlight, star sur le déclin, délicieusement théâtrale dans Les adieux d'un sex symbol, au début du deuxième acte.
Sensualité
Si le couple de terroristes, formé de Johnny Rockfort (Étienne Dupuis) et de Cristal (Raphaëlle Paquette) est un peu plus convenu, il déborde de sensualité grâce à l'interprétation bien sentie de Besoin d'amour, et porte sa part de tragique grâce à S.O.S. d'un terrien en détresse. Le baryton y passe des notes très graves aux très aigus avec virtuosité, laissant éclater la douleur de son personnage avec une vérité poignante.
Vous l'aurez compris, Starmania opéra est mémorable grâce à plusieurs moments où les interprètes brillent de mille feux. L'histoire a ses moments plus faibles, mais a l'avantage de reposer sur des archétypes et des vérités toujours actuelles qui nous nourrissent tour à tour notre ironie et notre besoin de lumière.
Dans la mise en scène de Lemieux Pilon, qui fait pousser les gratte-ciels grâce à des projections spectaculaires et enveloppantes, les voix s'élèvent comme des étoiles, brillantes, tendres et furieuses.
Starmania opéra est à nouveau présenté les lundi, mercredi et jeudi 1er, 3 et 4 août au Grand Théâtre de Québec.