Sound of Mind and Body

«Sound of Mind and Body» au Mois multi: un concert de cerveau

Avec «Sound of Mind and Body», le danseur-chorégraphe Bill Coleman et l’artiste sonore Gordon Monahan signent une deuxième collaboration marquée par l’utilisation des ondes cérébrales. Pendant que le premier, muni de senseurs, contrôle la lumière et le son grâce à son cerveau, le second effectue des manipulations logicielles qui sculpte les ondes.

Le tout donnera une performance multimédia tout à fait dans les cordes du Mois Multi, où elle sera présentée en première mondiale les 8 et 9 février à 19h, au studio d’Essai de Méduse. Gordon Monahan nous a accordé une entrevue téléphonique en janvier, alors qu’il se trouvait les pieds dans le sable en République dominicaine. Figure majeures des arts multi, le pianiste et compositeur ontarien multiplie les créations protéiformes (concert d’avant-garde, installation multimédia, sculpture cinétique, art sonore) depuis une quarantaine d’années.

En quoi cette deuxième collaboration avec Bill Coleman est-elle différente de la précédente, Dollhouse?

«Le trait caractéristique de Sound of Mind and Body est d’utiliser les ondes cérébrales d’un danseur pour contrôler le son et la musique, alors que Dollhouse n’utilisait pas ce type de technologie. Toutefois, il y avait un segment dans Dollhouse où nous utilisions des senseurs musculaires. L’ordinateur réagissait aux changements de tension dans les muscles et ça modifiait la bande sonore de la performance. Nous utilisons aussi cette technologie dans la nouvelle production.»

Comment avez-vous été amenés à travailler avec les ondes cérébrales?

«Il y a un an et demi, nous avons été invités à faire une résidence à L’Université McMaster, en Ontario, qui ont un laboratoire de recherche sur les ondes cérébrales. Ils étudient comment on peut les utiliser pour contrôler la musique. C’était la première fois que nous utilisions cette technologie et j’ai trouvé que ce serait une bonne idée de continuer à l’explorer.»

Sound of Mind and Body

Pourquoi est-ce intéressant pour un artiste sonore de travailler avec les ondes cérébrales? Comment celles-ci agissent-elles sur le son?

«Au début de la performance où on écoute simplement le son des ondes cérébrales en direct. Ça sonne électronique, mais c’est le son réel des ondes qui est amplifié. Disons que c’est une manière unique de faire la musique électro! On explique au public ce qu’ils sont en train d’entendre. C’est un peu comme une expérience scientifique et technologique, combinée à une performance artistique. C’est la manière de produire ces sons, et non les sons eux-mêmes, qui est intéressante pour nous.»

Que contrôlent les senseurs musculaires dont vous parliez plut tôt?

«Ils contrôlent la fréquence de certains signaux électroniques. Si le muscle se contracte, le son a une tonalité plus haute et s’il se relaxe la tonalité est plus basse. Ou vice-versa. C’est une manière de connecter les mouvements du corps à un ordinateur. Plutôt que de composer avec la souris et le clavier, on utilise directement les données biométriques pour exercer un contrôle similaire.»

Gordon Monahan et Bill Coleman

Y a-t-il une progression dans les différentes sections de la performance?

«En quelques sorte. Le début est très simple. Nous écoutons les ondes cérébrales et les voyons contrôler l’intensité de la lumière sur le plateau. Plus la performance progresse et plus ça se complexifie. Le son devient plus fort, il y a davantage de mouvements. Nous utilisons un système de son en quadriphonie et Bill peut faire voyager le son dans l’espace, à différentes vitesses. Puis, il se met à jouer sur piano automatisé avec son cerveau.»

Peut-on, alors, parler de musique?

«Sans être une chanson ou une mélodie, ça crée des effets musicaux, des crescendos et des decrescendos. Ça ressemble à de la musique dodécaphonique du début du XXe siècle, mais plutôt que d’avoir douze sons, il y en a 88, parce qu’il y a 88 touches sur le piano. Toutes les notes sont égales, donc ça crée des harmonies consonantes et dissonantes.»

Même si vous êtes surtout intéressé par le procédé, cherchez-vous à créer une émotion ou une réaction particulière chez le spectateur?

«Certainement. Nous voulons qu’il y ait une réaction, qu’elle soit émotionnelle, intellectuelle ou philosophique. Si moi j’allais voir une performance similaire, je m’intéresserais probablement aux aspects techniques. La part émotive est moins intéressante pour moi. Je crois que dix spectateurs pourraient avoir dix expériences différentes, selon leur familiarité avec des arts multi.»