Si Souldia parle toujours de son passé criminel dans ses chansons, c’est qu’il fait encore partie de sa réalité, bien que le rappeur dit avoir trouvé la paix quand il a fondé sa famille.

Souldia: toujours un pied dans la rue

Quand il s’est mis à songer aux complices avec qui il a commencé à faire de la musique au sein du collectif 187, Souldia a été placé devant un implacable constat : l’un a été déporté dans son Allemagne natale, un autre se trouve derrière les barreaux, un troisième est recherché par les policiers et en cavale à l’extérieur du pays et le dernier est décédé l’an dernier. «Donc, au final, il restait juste moi», observe le rappeur de Limoilou. De là le titre de son sixième album, «Survivant».

Il n’y a pas si longtemps, Kevin St-Laurent, alias Souldia, était plus habitué à la rubrique des faits divers de ce journal qu’aux pages des arts. Arrêté en 2009 avec une arme à feu prohibée et chargée, il a été incarcéré pendant trois ans avant de prendre d’assaut la scène hip-hop d’ici avec son projet solo: sans grand appui médiatique, il s’est bâti un public fidèle et ses deux derniers albums ont flirté à leur sortie avec le sommet du palmarès.

Ni lui ni ses confrères du 187 n’étaient des enfants de chœur, Souldia n’ira pas le nier. Mais il continue de dénoncer le fait que son collectif ait à l’époque été assimilé à un gang de rue. «C’était vraiment pour faire de la musique», réitère-t-il en entrevue.

L’an dernier, il était rendu ailleurs lorsqu’il a été brutalement ramené à son passé. C’est arrivé en novembre, quand son ami du 187 Philippe «Infrak» Giroux est mort à l’âge de 33 ans d’une polyintoxication aux drogues et aux médicaments, selon les conclusions du coroner. Survivant est dédié à sa mémoire. Et la pièce Mon frère, qui vient clore l’album, se décline comme un vibrant hommage, aucunement codé ni crypté, à cette amitié née dans la rue. «Ça m’a pris l’année pour l’écrire, précise Souldia. Dans tout le processus, c’est la dernière pièce que j’ai enregistrée. Je reprenais des couplets, je devais choisir les bons mots. Il fallait la bonne capsule temporelle de Philippe et moi, il fallait que je voie de quelle époque je voulais parler. Est-ce que je ramenais juste des mauvais coups qu’on a faits? Est-ce que je ramenais des coupes Stanley qu’on a gagnées? Moi, ça m’a fait du bien, clairement. Je pense que ç’a m’a fait autant de bien que si j’étais allé m’asseoir chez un psychologue.»

Impudeur

Quand on souligne la part d’impudeur qui se démarque dans son écriture, Souldia y va d’un «merci!» spontané.

«J’aime la musique qui est sans filtre. La journée où on va me mettre un filtre, je ne pense même plus que je vais vouloir le faire», évoque le rappeur, qui se défend bien d’entretenir un personnage. S’il parle toujours de son passé criminel dans ses chansons, c’est qu’il fait encore partie de sa réalité, même s’il dit avoir trouvé sa part de paix quand il a fondé sa famille.

«Les gens que je connais depuis que je suis petit, je les vois encore. [Même] ceux qui ont mal tourné… Je vais toujours avoir un pied dans la rue quand même. La musique a commencé là, elle va rester là», note celui qui se considère un peu comme «la voix de la rue».

«Si on pense à mes amis qui sont en prison, c’est moi qu’ils [appellent] quand ils ont envie de parler à quelqu’un au téléphone, ajoute-t-il. Je suis encore dans la rue quand je tiens le téléphone pour leur parler. Je pense que je ne m’en sortirai jamais. Mon 50% de lumière, je l’ai gagné avec ma famille. Mais tant et aussi longtemps que je vais faire du rap, je vais nécessairement avoir un pied dans la rue.»

Ce «50% de lumière» teinte désormais la création de Souldia. On pense à cette lascive et estivale Valentina (qu’il décrit un peu comme sa version de La belle et la bête). Ou à cette mélodique collaboration avec Marième et Izzy-S, un autre survivant (il a encaissé quatre balles lors d’une attaque à Montréal l’an dernier).

«En comparaison avec d’autres albums que j’ai faits, il n’y avait pas du tout de thèmes comme ça. Si on va dans Sacrifice ou Krime grave, on était dans la noirceur totale. Je n’avais pas le même mode de vie non plus», concède le rappeur, dont le quotidien a résolument beaucoup changé.

«J’étais un bagarreur, un dealer, décrit-il. C’est sûr que quand tu n’as rien de vraiment bon dans la vie, tu tournes en rond. Maintenant, j’ai 33 ans, j’ai deux enfants, j’ai une femme et un nid douillet. Je ne peux pas écrire que je suis encore dans la rue en train de dealer quand ce n’est pas le cas...»

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LES YEUX TOURNÉS VERS LA FRANCE

Parmi les collaborateurs de Souldia sur l’album Survivant, on remarque le nom de la vedette française Sinik, avec qui il partage le micro sur la pièce Paisible violence. Partie d’une poignée de main en marge de son concert à Québec au printemps dernier, la chanson a été écrite par les deux rappeurs de part et d’autre de l’Atlantique. Ils en ont tiré une vidéo tournée à Paris et qui compte à ce jour plus de 730 000 vues sur YouTube, dont le tiers en France, nous dit-on. Il en a aussi découlé un partenariat avec Explicit, à la fois étiquette de disques et marque de vêtements, dont Sinik est devenu porte-parole en France. «Ç’a été mon aventure de l’année!» lance avec enthousiasme Souldia, qui espère profiter de cette vitrine pour se frayer un chemin dans les vieux pays. «On travaille sur l’Europe chaque jour», ajoute le rappeur de Limoilou.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Souldia

• Quand: 16 novembre à 20h (ouverture des portes à 19h)

• Où: salle Multi

• Billets: 27$

• Info.: lepointdevente.com