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Michelle Pfeiffer et Lucas Hedges, le duo mère-fils, de <em>Sortie côté tour</em>.
Michelle Pfeiffer et Lucas Hedges, le duo mère-fils, de <em>Sortie côté tour</em>.

Sortie côté tour : Tordu et caustique *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Écrivons-le d’emblée : Sortie côté tour (French Exit) n’est pas pour tout le monde. La comédie de mœurs s’avère aussi tordue que le roman caustique de Patrick deWitt — pas une grosse surprise vu que l’auteur canadien a signé l’adaptation, dans laquelle Michelle Pfeiffer livre une de ses meilleures performances depuis un bail.

Autant vous prévenir : il ne se passe pas grand-chose (en apparence) dans ce récit qui explore la dynamique entre une mère sexagénaire et son fils trentenaire. Il s’attache à la destinée de Frances Price (Pfeiffer), veuve excentrique et asociale au bord du gouffre, et de Malcom (Lucas Hedges), son rejeton apathique et introverti , qui sont comme cul et chemise.

Le duo dysfonctionnel se retrouve sur la paille. La mère se voit forcée de vendre (illégalement) certaines de leurs possessions sous saisie et de quitter New York en douce à destination de Paris pour occuper l’appartement d’une amie.

Les accompagne le chat Petit Franck, réincarnation du mari décédé. Une fois sur place, le félin prend la fuite. Pour le retrouver, la paire va faire appel à une voyante décomplexée, un détective suave et à Mme Reynard (Valery Mahaffey), qui s’accroche à eux comme à une bouée de sauvetage.

Tout ce beau monde va vivre en colocation jusqu’à l’arrivée surprise de Susan (Imogen Poots), l’ex-fiancée toujours amoureuse de Malcom, sans qu’on sache ce qu’elle peut bien lui trouver...

Le film traite du rapport à l’argent, de culpabilité, d’individualisme et de la possibilité d’y survivre.

Contrairement au western Les frères Sisters, roman précédent de deWitt adapté avec brio par Jacques Audiard, Sortie côté tour explorait surtout la psyché des personnages. Ce qui demeure toujours difficile sur le plan cinématographique.

L’essentiel du long métrage se déroule dans l’appartement français, avec des dialogues minimalistes — parfois hilarants si on aime le genre comédie noire qui frise l’absurde (c’est mon cas). Il y a une parenté avec Wes Anderson, en particulier La Famille Tenenbaum (2001) — la flamboyance stylistique en moins.

Curieusement, Frances s’avère beaucoup moins antipathique que dans le roman. En grande partie parce que le rôle est taillé sur mesure pour Pfeiffer (Susie et les Baker Boys, Frankie et Johnny). D’abord cassante et distante, elle insuffle graduellement à son personnage une humanité qui laisse voir les lignes de faille de cette femme brisée.

Encore plus qu’une traduction, une adaptation trahit nécessairement son matériel de base. On comprend que deWitt ait passé sous silence la faillite du mari de Frances qui cause son malheur, mais il s’agit d’une clé importante pour déchiffrer le comportement de la New-Yorkaise déchue.

Michelle Pfeiffer livre une de ses meilleures performances depuis un bail.

Et le contexte actuel ne favorise pas un film sur la misère des riches et leur neurasthénie. N’empêche. La détresse silencieuse de Frances peut aussi être vue comme représentative de la douleur intérieure et d’une forme de lassitude qui en rongent beaucoup sous la surface des apparences.

Ne serait-ce que pour le rendu de Pfeiffer dans ce rôle, French Exit (un titre plus représentatif qu’en français) vaut le détour.

Sortie côté tour est présenté au cinéma.

Au générique

Cote : ***

Titre : Sortie côté tour

Genre : Comédie de mœurs

Réalisateur : Azazel Jacobs

Acteurs : Michelle Pfeiffer, Lucas Hedges, Valery Mahaffey

Durée : 1h50