Une manifestation organisée par Black Lives Matter s'est tenue mardi à Montréal pour protester contre le spectacle «Slav» de Robert Lepage et Betty Bonifassi.

«Slav»: Frédéric Pierre et Webster se font entendre

MONTRÉAL — Le comédien Frédéric Pierre et le rappeur Webster ont ajouté leurs voix au débat entourant le spectacle «Slav» de Robert Lepage et Betty Bonifassi, dans deux longs messages sur leur compte Facebook respectif.

L’acteur noir demande à «ses sœurs, ses frères» de laisser les artistes tranquilles. Frédéric Pierre rappelle qu’historiquement, le Blanc est effectivement «allé dérober les biens culturels partout dans le monde pour les mettre dans ses musées occidentaux et en quelque sorte présenter ces cultures avec son regard colonisateur». «Mais nous n’en sommes plus là», écrit-il.

De son côté, Webster indiqué qu’il avait été approché par Ex Machina, la compagnie de Lepage, à l’été 2017 pour discuter du projet qui l’emballait. Tout au long de leurs échanges, le rappeur noir, qui a une formation d’historien, a souligné l’importance d’embaucher des Noires pour jouer les esclaves. 

«En assistant à l’avant-première le 14 avril dernier, j’étais grandement déçu. L’aspect théâtral est excellent; j’ai été impressionné par la qualité technique des tableaux. Cependant, tout au long de la représentation, j’avais un malaise constant quant au manque de diversité sur scène.»

Divergences

Frédéric Pierre se dit conscient de la peine et de la douleur qui perdurent au sein de la communauté noire et croit en l’importance d’en parler, ajoutant que «même [s’il n’est] pas d’accord avec ce soulèvement, [il] comprend l’émotion» et la ressent aussi. Le Blanc doit le comprendre et accepter qu’on grogne encore, note-t-il.

«Mais je crois qu’on doit s’élever au-dessus du ressenti... pour éviter les dérives militantes», indique-t-il.

À l’inverse, Webster s’indigne que la question raciale ait été «évacuée» de la pièce. «Il est temps de comprendre que les membres de nos communautés sont écœurés de se sentir écartés ou, quand elles sont présentes, d’être “exotisés”. [...] Nous nous sentons (encore une fois) relégués à l’arrière de l’autobus.» Par contre, il plaide lui aussi pour un meilleur dialogue sur «cette place infime qui nous est réservée dans l’espace public».

Slav, dirigé par le metteur en scène blanc Robert Lepage, présente, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), des pièces composées par des esclaves noirs et interprétées par la chanteuse blanche Betty Bonifassi.

De nombreuses voix se sont élevées contre la présentation du spectacle qui représente, estiment-elles, une appropriation raciste de la culture noire.

Les Blancs ne devraient pas profiter de l’histoire, de la culture et de la souffrance des Noirs, a indiqué Lucas Charlie Rose, un artiste hip-hop ayant organisé un rassemblement s’opposant au spectacle, mardi.

D’autres personnes, notamment dans les médias, ont plutôt dénoncé les militants, affirmant que Betty Bonifassi a été touchée par les chants d’esclaves et qu’elle souhaite les faire découvrir au public pour rappeler un pan douloureux de l’histoire.

Selon le site du FIJM, SLAV: une odyssée théâtrale à travers les chants d’esclaves permet de «tisser des liens de manière universelle entre différentes pages d’histoire connues et moins connues? ou volontairement oubliées? qui ont mené l’humanité à asservir des peuples».

Le spectacle était présenté pour la première fois mardi. Le théâtre avait ajouté 11 supplémentaires, alors que les billets des cinq premières dates se sont envolés.

Robert Lepage et Betty Bonifassi ont diffusé une déclaration commune, mardi, sur Facebook, pour s’expliquer.

«Oui, l’histoire de l’esclavage sous ses multiples formes appartient d’abord à ceux et celles qui l’ont subi, et à tous ceux qui en ont hérité», ont-ils soutenu.

«Le métissage dans toute sa fécondité artistique et culturelle est au cœur de Slav, tout autant que l’esclavage. Avons-nous le droit de toucher à ces sujets? Le public en jugera après avoir assisté au spectacle.»