Le spectacle «Singeries» se pose à Québec, à la Maison pour la danse, du 8 au 11 octobre.

«Singeries»: amitiés et danses hybrides

Priscilla Guy et Catherine Lavoie-Marcus sont amies depuis plus de dix ans. De leur amitié hybride est né le spectacle Singeries, un face-à-face féminin et féministe à l’humour grinçant où convergent la danse, la vidéo, le son et le chant.

Il s’agit de leur premier et unique projet chorégraphique commun, conçu patiemment, pas à pas. La création a commencé en 2012, la première a eu lieu en 2016 et après être passé par l’Écosse, la Gaspésie et les Pays-Bas, le spectacle se pose à Québec, à la Maison pour la danse, du 8 au 11 octobre.

Tout juste de retour d’Europe, Priscilla Guy a répondu à quelques questions sur les grandes lignes de cette création.

Comment les différents langages artistiques qui se superposent dans Singeries vous permettent-ils d’aborder votre amitié ?

«On a différentes manières d’être en lien, à travers plusieurs types de conversations simultanées. On peut se voir un soir pour manger ensemble, tout en ayant un long échange de courriels pour discuter de sujets sur lesquels on s’interroge. Le son, la vidéo, la performance, la chanson — à un moment donné on chante dans ce spectacle, nous qui ne sommes pas des chanteuses du tout — sont des manières de démultiplier ce lien à l’infini.»

D’où vient le titre Singeries?

«Ça vient de faire des folies, d’être espiègles, de faire des choses hors-normes, mais aussi de l’idée de se singer, de s’imiter, d’être un miroir l’une pour l’autre dans l’amitié et en tant que femmes dans la vie. On voulait montrer comment on peut commencer un geste et l’autre le termine, en étant constamment dans une boucle de rétroaction.»

Quelle place occupe la danse dans tout ça?

«Il y a plein de couches de danse dans Singeries. Il y a évidemment Catherine et moi qui dansons. On a des moments de chorégraphies plus minimalistes, où on joue vraiment sur des gestes du quotidien. On a aussi des moments de défoulement, dont un qu’on appelle les grandes danses. Une explosion d’énergie, de corps, de grands gestes. La danse se retrouve aussi dans les valses qu’on fait avec nos collaborateurs qui se retrouvent à la régie. Michel F Côté, qui est compositeur, et Antoine Quirion Couture, qui s’occupe de la vidéo, font beaucoup d’interventions en direct. On a aussi créé toutes sortes de vidéo-danses à travers le montage. On interrompt ou on répète les mouvements, au ralenti ou en accéléré, et il y a plusieurs surfaces de projection.»

Comment ce sont déroulées vos présentations de Singeries hors du Québec ?

«Au Québec, les gens sont plus expressifs. S’ils trouvent ça drôle, ils rient. En Europe, les publics sont plus discrets, on ne les entend pas autant, mais ça ne veut pas dire qu’ils n’apprécient pas. Comme performeuse, c’est toujours intéressant de vivre ces différences. Aux Pays-Bas, nous étions une des quatre créations choisies pour montrer ce qui se fait dans la jeune création au Québec. On se sentait très choyées. Le développement à l’international est toujours un travail de longue haleine. Il y a peut-être quelqu’un qui a vu Singeries et qu’on va avoir des échos dans deux ans.»

Vous avez déjà indiqué que vous avez l’intention de reprendre Singeries tous les dix ans jusqu’à la fin de vos jours. Est-ce une boutade ou vrai projet?

«C’est une boutade dans le sens où le rythme de la diffusion est un peu imprévisible. On a fait la première en 2016, on fait une rediffusion en 2019, on aura peut-être des dates en 2020. Dans l’idée de refaire ce spectacle dans dix ans, ce qui nous amuse beaucoup, c’est qu’on ne refera pas les vidéos, donc les deux filles à l’écran vont devenir beaucoup plus jeunes que les filles sur scène. Déjà, il y a presque quatre ans d’écart. On joue déjà sur cette temporalité décalée dans la pièce.»

De quelle manière utilisez-vous l’humour dans le spectacle?

«Une des choses que Catherine et moi faisons le plus ensemble, c’est délirer. On dépense beaucoup d’énergie à tourner en dérision les choses qui sont trop sérieuses, à se donner le droit de faire des choses qui semblent inadéquates en tant que jeunes, en tant que femmes et en tant qu’artistes. On se retrouve souvent à reprendre le pouvoir sur la situation en utilisant l’humour. Ça nous semble être une arme assez efficace et non violente. C’est dans notre ADN, Antoine et Michel sont les rois des jeux de mots. On pratique l’humour au quotidien.»

Comment est-ce lié à l’inspiration que vous avez puisée chez plusieurs femmes artistes, comme Marguerite Duras, la cinéaste belge Chantal Akerman et la sculpteure brésilienne Lygia Clark?

«C’est une pièce féministe aussi, sur les postures que les femmes peuvent adopter ou parfois adoptent au quotidien. On s’inspire de plusieurs artistes femmes des années 60 et 70. Ça rend l’humour grinçant, sur la limite d’être inquiétant, on est dans une espèce de dadaïsme, d’absurdité, on ne sait pas trop si c’est drôle ou si c’est étrange. Ça passe beaucoup par l’étonnement.»

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UN PROJET CULTUREL HYBRIDE À MARSOUI

Singeries est une production de Mandoline hybride, la compagnie créée en 2007 par Priscilla Guy qui englobent toutes sortes de projets — courts-métrages, performances in situ, festivals et des symposiums et services aux artistes émergents. En 2018, elle et son conjoint Benoît Paradis, qui est auteur-compositeur-interprète, ont décidé de quitter Montréal pour Marsoui. Ils y ont acheté une maison, le Salon 58, où ils offrent des résidences à des artistes de différentes disciplines, lorsqu’eux-mêmes sont à l’étranger ou dans les grands centres. Les artistes en résidence y reçoivent un cachet, ce qui leur permet de ne pas précariser leur situation financière pendant qu’ils prennent le temps de créer. À la fin de leur séjour, ils partagent leur travail avec les membres de la communauté locale. L’auteure et performeuse Marjolaine Beauchamp, le cinéaste Henri Pardo et l’artiste visuel Vincent Robitaille, entre autres, y passeront cette année. Info : www.mandolinehybride.com/salon58/