La troupe Les 7 doigts s’installe pour la fin de semaine au Diamant de Place d’Youville, avec sa plus récente production «Passagers».

Shana Carroll: Sur les rails du succès

Depuis sa tendre jeunesse, Shana Carroll a toujours été attirée par les trains. Le bruit de la locomotive et des wagons, non loin de la maison familiale, à Berkeley, en Californie, la fascine. Plus tard, lors de ses séjours en Europe, elle aime passer d’une gare à l’autre, «enfermée dans une petite cabine en compagnie d’inconnus», à voir défiler et changer les paysages, avec le reflet de son visage dans la vitre.

La cofondatrice et directrice artistique de la troupe de cirque Les 7 doigts a construit autour de ces doux souvenirs une métaphore qui se retrouve au coeur de la nouvelle production Passagers, qui s’installe pour la fin de semaine au Diamant. Après Flip Fabrique, il s’agit du second spectacle de cirque à atterrir dans le théâtre de Robert Lepage en un mois.

Depuis sa création en 2002, la compagnie s’est attirée les éloges partout sur la planète avec une vingtaine de productions (Loft, Traces, PSY...) Passagers est appelée à connaître une carrière toute aussi fructueuse avec des engagements dans une dizaine de pays pour les trois prochaines années.

À la lumière des compte-rendus flatteurs entendus lors de la première montréalaise, en décembre 2018, l’ancienne trapéziste refuse de s’enflammer. «Chaque spectacle possède sa saveur particulière, mais je ne peux pas dire si c’est notre meilleur. Chacun a son favori, glisse-t-elle à l’autre bout du fil. J’ai vraiment donné tout ce que j’ai pu, j’en suis très satisfaite. Le spectacle offre une autre sorte d’énergie. Disons que c’est un grand pas dans l’évolution de la troupe.»

Les 7 doigts, qui tire son nom du nombre de collaborateurs à l’origine du concept, ont fait du mélange d’acrobaties et de théâtralité sa marque de commerce, cherchant à explorer de nouveaux vocabulaires. La symbolique du train trouve son essence à travers les arrivés et les départs, les rencontres fortuites, le tout accompagné d’envolées musicales des Radiohead, Tom Waits et autres Alexandre Désilets.

La cofondatrice des 7 Doigts et metteure en scène de Passagers, Shana Carroll.

Le thème musical central est l’oeuvre de Raphaël Cruz, un proche collaborateur de la troupe décédé l’an dernier, à l’âge de 31 ans. Passagers se veut un «hommage» posthume au travail du défunt, qui tenait le rôle principale dans la production Iris, du Cirque du Soleil.

«La musique occupe une place essentielle dans le spectacle, explique la chorégraphe de 49 ans. Le choix des chansons est venu comme des flashs, non seulement pour illustrer le bruit des trains, mais aussi accompagner les passagers en transit. Il y a des moments très cinématographiques qui rappellent l’univers américain, avec des passages plus bluesy

Numéro inédit

Fidèle à ses habitudes, Shana Carroll a choisi des artistes multidisciplinaires qu’elle connaît bien, la plupart issus de l’École nationale de cirque, et dont le potentiel lui est familier. Le facteur humain entre aussi en ligne de compte. «C’est important pour moi de pouvoir travailler dans un milieu sain et agréable. Je dois avoir un bon feeling à l’égard de mes collaborateurs, sentir que ce sont de bonnes personnes.»

Shana Carroll s’est mise à la mise en scène après une blessure au dos, il y a une quinzaine d’années. C’en était fini pour elle du trapèze aérien qui l’avait fait connaître dans Saltimbanco, du Cirque du Soleil. «C’est une sorte de blessure dont tu te remets assez facilement quand tu y mets du temps et l’énergie, mais j’avais déjà un penchant pour la mise en scène. Je passais des heures en studio à entraîner les autres, alors il a fini pour ne plus en rester beaucoup pour moi. J’ai alors décidé que c’était le moment de faire la transition à la mise en scène.»

Sa longue expertise et son souci d’explorer de nouvelles approches l’ont d’ailleurs amenée à concevoir un numéro de trapèze inédit en duo, le «Hand to Trap» («main à trapèze») pour la production Paramour, du Cirque du Soleil. Passagers ramène sous les projecteurs cette forme hybride qui se déroule au sol et dans les airs.

L’univers des trains et des gares est au coeur de la production circassienne Passagers.

Forte de sa longue expérience, Shana Carroll est aux premières loges pour évaluer l’impact du cirque chez le public, particulièrement à notre époque virtuelle où tout un chacun vit son existence à travers les écrans. «L’expérience de voir des acrobates prendre des risques, en direct, à une vingtaine de pieds de vous, demeure un spectacle unique. On découvre un nouveau langage du corps. On voit des artistes faire des choses impossibles. En cela, c’est une sorte de leçon de vie pour inciter les gens à prendre des risques. Car le cirque, c’est surtout ça, prendre des risques.»

Passagers est présentée au Diamant de Place d’Youville vendredi (20h), samedi (14h et 20h) et dimanche (14h). Le spectacle de samedi sera suivi d’un rencontre avec les artistes.