Kristen Stewart se glisse dans la peau de la célèbre actrice Jean Seberg.
Kristen Stewart se glisse dans la peau de la célèbre actrice Jean Seberg.

Seberg: à moitié réussi ** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Un bon sujet ne se traduit pas immanquablement par un film remarquable. Seberg le prouve malheureusement. Le drame biographique met en lumière un aspect méconnu de la vie de l’actrice Jean Seberg : son soutien aux mouvements civiques qui lui vaudra d’être mise sous écoute par le FBI et harcelé psychologiquement jusqu’au point de rupture. Son traitement superficiel ne rend pas justice à son potentiel explosif et à la performance de Kristen Stewart dans le rôle-titre.

Le récit débute huit ans après qu’À bout de souffle (1960), le formidable classique de Jean-Luc Godard, ait fait de l’actrice américaine une vedette. L’icône de la Nouvelle vague laisse à Paris son mari, l’auteur Romain Gary (Yvan Attal), et son fils pour une audition à Los Angeles.

Sur le vol, elle fait la connaissance d’Hakim Jamal (Anthony Mackie), cousin de Malcom X et activiste des droits civiques. Les deux entreprendront rapidement une liaison, ce qui attire l’attention du FBI et de son programme COINTELPRO.

Or, le long métrage manque dès lors singulièrement de perspective pour expliquer les tenants et aboutissants de ce programme secret et illégal qui avait pour objectif d’enquêter sur les organisations politiques dissidentes, dont les Panthères noires, et de perturber leurs activités.

Le scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse choisi aussi de mettre autant d’emphase sur les états d’âme de Jack Solomon (Jack O’Connell) que sur Seberg. L’ambitieux jeune agent chargé de sa surveillance va bientôt comprendre qu’il a placé sa main dans un engrenage d’immoralité qui l’entraîne vers le bas.

Jack Solomon (Jack O’Connell), l’ambitieux jeune agent chargé de la surveillance de Seberg.

À l’inverse, le film dépeint l’actrice bien intentionnée comme une naïve et une impulsive, avec une nature autodestructrice — elle n’écoute pas Hamal lorsqu’il la prévient qu’elle joue avec le feu… Jean Seberg s’enfonce alors dans la paranoïa, accentuée par sa consommation d’alcool.

Tout ça est souligné et répété, le film manquant singulièrement d’amplitude et d’une réalisation conséquente de la part du dramaturge australien Benedict Andrews. Sans parler des dialogues qui sonnent creux et du coéquipier réactionnaire caricatural de Solomon.

Ce qui rend d’autant plus remarquable la performance de Stewart (Personnal Shopper, Charlie’s Angel), capable d’être aussi sexy et glamour pour les séances de photo de Seberg que désespérée dans l’intimité de la jeune femme. Le film ne lui permet toutefois pas de projeter la noirceur requise pour cette tragédie sauf dans les derniers moments.

Reste que Seberg a l’intérêt de lever le voile sur cet épisode de la vie de l’actrice, décédée en 1979 dans des circonstances très troublantes, à tout juste 40 ans.

Seberg est présenté en vidéo sur demande et sur Apple TV

Au générique

Cote : ** 1/2
Titre : Seberg
Genre : Drame biographique
Réalisateur : Benedict Andrews
Acteurs : Kristen Stewart, Jack O’Connell, Anthony Mackie
Durée : 1h42