Pierre Niney joue un pompier défiguré qui doit se reconstruire après la tragédie.

Sauver ou périr: Surmonter ses blessures ***

CRITIQUE / Frédéric Tellier s’est inspiré d’une triste histoire vraie pour Sauver ou périr, celle d’un pompier brûlé lors d’une intervention. En s’imaginant l’impact dévastateur sur la victime, mais aussi son entourage. Bien qu’il force un peu trop la note, son drame porté avec beaucoup de grâce par Pierre Niney offre son lot de moments poignants.

Le réalisateur français a dédié son film à ceux qui trouvent la force de se relever. La pente est raide pour Franck (Niney), un sapeur-pompier gravement brûlé en tenant de sauver ses hommes. D’autant que sa femme Cécile (Anaïs Demoustier) vient d’accoucher de jumelles…

La tragédie a l’effet d’un révélateur pour le couple. Le spectateur a eu le temps de voir que Franck, beau gosse courageux et dévoué, n’en a que pour son devoir (et la camaraderie de la caserne, le film est aussi un hommage aux soldats du feu). Et que Cécile joue, tant bien que mal, son rôle d’épouse dévouée.

Mais ça, c’est avant que Franck soit défiguré et entame une longue convalescence. Tellier (L'affaire SK1) a eu le flair d’opposer les deux chemins de croix de ses personnages. L’homme est tourmenté par un sentiment d’injustice, sa peur de l’avenir et un stress post-traumatique qui le rend dépressif (les scènes de cauchemar sont bien rendues). Et ses blessures : il se considère comme un monstre.

On ne se surprendra guère qu’il repousse sa femme. Cécile, qui le supporte sans coup férir, ne reconnaît plus son homme et doute de son amour…

Sur le long chemin de la réadaptation, le blessé a parfois des mots terribles, notamment quand il confie son désespoir à une infirmière. Franck a perdu plus que sa beauté — son identité aussi. Il doit apprendre à se reconstruire comme survivant.

Impossible de rester indifférent face à ce combat de tous les instants, malgré des longueurs qui détendent l’arc dramatique — par ailleurs assez prévisible. La mise en scène de Tellier est correcte, sans plus. Et il a tendance à appuyer un peu trop sur le mélo.

L’intérêt est ailleurs. Dans la dynamique de la relation, bien sûr. Dans le courage et la résilience. Mais aussi dans la question du regard que l’on pose sur la différence, la laideur (qui est très subjective).

Nous ne sommes pas dans L’homme-éléphant (1980) de Lynch. Franck apparaît plus souvent derrière un masque, d’abord opaque puis transparent, une métaphore du travail intérieur qui s’amorce en lui (Cécile n’a pas cette peur de se mettre à nu, au propre comme au figuré).

Mais cette émouvante chronique ne serait pas ce qu’elle est sans le jeu impeccable des deux acteurs et leur complicité évidente (ils forment un couple splendide, autant dans le bonheur que dans la douleur).

Pierre Niney (Yves Saint Laurent, Frantz...), très crédible en pompier le corps sculpté au couteau, réussit à ne pas surjouer dans son rôle d’éclopé. Sa gestuelle hésitante, son élocution difficile, sa détresse intérieure, tout concorde à une composition réussie. Quant à Anaïs Demoustier (Une nouvelle amie, Jalouse...), toujours aussi pétillante, elle démontre une fragilité émouvante et une force renversante.

«Sauver ou périr» est la devise des pompiers de Paris. Mais, ici, c’est plutôt à Franck qu’elle s’applique. Il doit se sauver s’il ne veut pas périr...

Au générique

Cote : ***

Titre : Sauver ou périr

Genre : Drame

Réalisateur : Frédéric Tellier

Acteurs : Pierre Niney, Anaïs Demoustier

Classement : Général

Durée : 1h56

On aime : le récit souvent poignant. La chimie des acteurs. Les valeurs véhiculées.

On n’aime pas : le scénario trop prévisible. Le mélo un peu forcé.