«Avec le monolithe, j’évoque comment on sacralise le privilège masculin, mais en utilisant des codes liés aux arts décoratifs et à la maison», explique Sarah Thibault.

Sarah Thibault: simulacres et ornements

Ces dernières semaines, deux expositions permettaient de découvrir le travail de Sarah Thibault. D’abord à Regart, où l’installation Embourgeoiser le sauvage occupe tout l’espace d’exposition, puis à l’Espace Parenthèses, où Garden Party a égayé les visites à la bibliothèque des étudiants du cégep de Sainte-Foy jusqu’à vendredi.

Embourgeoiser le sauvage invite à la déambulation. On avise d’abord une sculpture ronde et aplanie, entourée de fleurs artificielles, puis des rideaux de verdure — en fait de simples panneaux de contreplaqués où a été peinte une tapisserie luxuriante — qui nous invitent à avancer vers le fond de la salle, au bout de l’espace en «L».

On y découvre un monolithe, un totem, un menhir, un roc, un pic, une péninsule; un phallus d’or serti d’une couronne de fleurs artificielles. L’alcôve pourrait servir de décor à quelque rituel païen ou à une pièce comique se moquant de la parade des nobles dans les jardins de Versailles, que l’artiste a visités. «Le contrôle de l’humain sur cet aménagement paysager est simplement ridicule! Les arbres coupés à l’équerre, les formes géométriques, ce n’est pas du tout naturel», indique-t-elle.

Embourgeoiser le sauvage, présenté à Regart, invite à la déambulation.

Celle-ci a voulu créer une procession entre la première et la deuxième sculpture, masses scintillantes à la chair de carton-pâte. «Je travaille beaucoup avec les matériaux qu’on utilise pour les décors de théâtre. C’est construit en papier mâché, que je viens ensuite ornementer avec du doré, pour donner une apparence luxueuse ou ostentatoire», explique-t-elle.

Ses sculptures sont aussi, en quelque sorte, des bijoux magnifiés (Sarah Thibault a une formation en joaillerie). «Je me souviens d’un projet, où on devait faire un serti avec l’or et de platine, qui sont des métaux vraiment précieux, sur un objet de notre choix. Je suis allée chercher un caillou dans le stationnement. Ça a été un peu le début de ma démarche», raconte-t-elle. Elle cite aussi le travail du Français Hubert Duprat, qui utilise des trichoptères, des insectes qui se construisent des coquilles de pierre, pour créer des bijoux précieux.


« Je travaille beaucoup avec les matériaux qu’on utilise pour les décors de théâtre. C’est construit en papier mâché, que je viens ensuite ornementer avec du doré, pour donner une apparence luxueuse ou ostentatoire. »
Sarah Thibault

Ce décor de théâtre est en fait, pour l’artiste, une mise en scène du pouvoir, qui évoque aussi la mise en scène de soi. «Ici, avec le monolithe, j’évoque comment on sacralise le privilège masculin, mais en utilisant des codes liés aux arts décoratifs et à la maison», note-t-elle. «Le slogan féministe ‘‘Le personnel est politique’’, m’a beaucoup influencée.»

Autour de l’oblongue sculpture, une foule de petits ornements muraux, plantés dans le sol, ressemble à des fleurs en liesse et forme un parterre admiratif.

En revenant sur nos pas, on voit l’envers du décor, le bois nu, les supports. «C’est une manière de mettre à nu les stratégies de présentation.»

Garden Party

À l’Espace Parenthèses, l’installation Garden Party était plus intime, mais toujours dans les mêmes eaux esthétiques et symboliques. L’artiste a créé une pièce où devaient passer les visiteurs. «J’y ai installé un banc de parc. Il y a encore des fleurs, du tapis, et une grosse fontaine», décrit-elle. 

Embourgeoiser le sauvage est présenté jusqu’au 22 octobre à Regart.

L’installation Garden Party à l’Espace Parenthèses

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Ivan Binet et la poésie des patinoires

Lorsqu’on entre à l’Arpidrome de Charlesbourg, on peut voir une des photographies de la série Patinoires, d’Ivan Binet. L’artiste traque ces miroirs posés un peu partout sur le paysage québécois, des montagnes de Charlevoix à la forêt gaspésienne, et en fait ressortir la beauté des lignes, l’incongruité paysagère et tous les jeux de reflets.

Ivan Binet expose jusqu’à dimanche à la galerie Lacerte (donc hâtez-vous…) une sélection de ses plus beaux spécimens de patinoires extérieures. «Celle de Kamouraska, on dirait qu’elle est peinte au rouleau. Ça déteignait un peu, ça donne de belles textures», observe le photographe devant le cliché saisi au printemps. «Puis je suis tombé sur celle des Éboulements, pleine d’eau à cause de la fonte, et je me suis mis à la recherche des patinoires. Toutes les villes en ont, mais les belles sont rares.»

But, 164 X 109 cm (2016)

À Saint-Yvon, en Gaspésie, la patinoire toute neuve trônait dans des montagnes de sable, pendant ses vacances d’été. «J’aime le jeu des patinoires dans le paysage, les bandes deviennent des balises. C’est toujours un peu la même, mais le décor change. Je cherche l’abstraction, le minimalisme», explique le photographe. «Les objets abandonnés, on dirait que ça veut parler.»

Jouant avec les filets, les lignes, les asymétries, le photographe a capté sous tous les angles les terrains de jeu déserts, abandonnés au soleil. Il laisse, comme pour sa série sur les Îles-de-la-Madeleine, une grande place aux humeurs du ciel et aux lignes d’horizon. Ces visions sont étonnamment intéressantes, révélant la poésie des patinoires.

Le photographe a d’autres œuvres dans ses cartons. Des bandes blanches où l’accumulation des marques de rondelles crée un paysage hivernal, par exemple, et où on ne devine plus l’infrastructure sportive. L’exposition est présentée jusqu’au 8 octobre au 1, côte Dinan, Québec.

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Un doublé Québec à la Foire Saint-Lambert

Non seulement le trio BGL lancera-t-il la 8e Foire d’art contemporain de Saint-Lambert, mais c’est la Galerie 3, qui les représente, qui est la galerie invitée cette année. 

La ville de Québec y sera donc doublement à l’honneur. On pourra découvrir la nouvelle extravagance socio-politico-absurde de Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière lors du vernissage du jeudi 19 octobre à 18h. La Foire se tiendra quant à elle jusqu’au dimanche 22 octobre. 

La Galerie 3 y amène notamment des œuvres de Paryse Martin (qui vient tout juste de se joindre à la bande de la rue Saint-Vallier) et du duo Cooke-Sasseville, dont l’œuvre La rencontre trône majestueusement devant le Centre Vidéotron. 

Trente-cinq autres artistes professionnels en peinture, sculpture, photographie, illustration et arts multidisciplinaires présenteront également leurs plus récentes œuvres au Centre multifonctionnel de Saint-Lambert.  

Info : www.lafacdesaintlambert.com