Fort d’une belle connivence avec un public déjà sous le charme avant même qu’il ouvre la bouche, Sam Breton a découpé avec la vitesse d’élocution d’un Louis-José Houde de multiples tranches de vie. Rarement au scalpel, le plus souvent à la tronçonneuse.

Sam Breton: manque de gouvernail

CRITIQUE / Pour son premier «one-man-show», Sam Breton a décidé de jouer la carte de l’authenticité, lui qui s’est frayé un chemin dans le monde de l’humour à force d’acharnement. Dans le langage courant, on parle de travailler «au pic et à pelle». D’où le titre de ce premier spectacle qui a su combler ses fans, malgré plusieurs numéros échevelés.

Dans une salle (Albert-Rousseau) qu’il fréquentait adolescent en rêvant un jour de s’y produire, le sympathique artiste originaire de Laurier-Station a puisé à deux mains dans sa poche d’anecdotes, passées évidemment au tamis de la romance, pour déclencher les rires. D’entrée de jeu, il précise : «Tu m’entends parler? Ça sent pas les diplômes.»

Fort d’une belle connivence avec un public déjà sous le charme avant même qu’il ouvre la bouche, il a découpé avec la vitesse d’élocution d’un Louis-José Houde de multiples tranches de vie. Rarement au scalpel, le plus souvent à la tronçonneuse.

On souhaite que la mère de l’humoriste ait le même sens de l’humour que fiston, car celui-ci s’est fait un malin plaisir d’en faire sa tête de Turc. Au deuxième degré, bien entendu, car il l’adore «cette crisse-là». N’empêche, ça volait parfois un peu bas. «Tu peux rire de ma mère, je m’en contre-suce le cul.»

À l’occasion, la découverte de l’année au dernier gala des Olivier s’aventure avec un certain succès sur des sujets tabous pour susciter la réflexion. Comme sa volonté exprimée, à sa conjointe et lui, de ne pas vouloir d’enfant. Ou encore lorsqu’il parle de suicide.

«Du coq à la truie»

L’humoriste l’avoue lui-même, il saute souvent «du coq à la truie», avec comme résultat que le spectacle souffre de l’absence de fil conducteur. En jargon nautique, on dira beaucoup de voile, peu de gouvernail. Des numéros tombent à plat sans aller très loin (son manque d’habileté dans les travaux manuels), alors que d’autres s’étirent à n’en plus finir (la mésaventure du chihuahua de son «cousin efféminé» qui connaîtra un triste sort dans une étable).

Breton fait aussi le coup des automobilistes qui s’amusent à frôler de près les cyclistes pour les intimider. Rien de nouveau sous le soleil : des animateurs de radio avaient déjà montré la voie...

Bien entendu, comme dans trop de shows d’humour, impossible d’échapper aux sempiternels gags en bas de la ceinture. Son numéro sur l’envie soudaine de sa blonde de faire pipi dans la voiture n’est pas un monument de subtilité. Sans faire étalage d’une vulgarité mur à mur, il aurait gagné à faire preuve de plus de retenue dans les mots d’église.

On pose la question à Sam Breton et à d’autres membres de sa confrérie : pourquoi ce besoin de niveler par le bas pour faire rire?

Sam Breton sera de retour en supplémentaire à la salle Albert-Rousseau les 17 avril et 14 mai.